Joann Sfar – L'éternel

Immoral

Ma lecture en cours

Résumé: Ionas, violoniste juif, meurt au combat en 1917. Il ressuscite en vampire et n’a qu’une seule obsession: retrouver Hiéléna sa bien aimée. Mais c’est sans compter sur ses nouveaux besoins.

Mon avis: Par expérience, je sais que je déteste les contes fantastiques. L’histoire et les personnages irréels m’empêchent de d’entrer en empathie et de m’identifier. Et surtout, ces histoires ont généralement pour objectif de passer un message ou nous faire la morale. C’est souvent pompeux, grotesque et un peu trop sentimental pour moi.

Joann Sfar utilise donc cette base pour créer son conte. Mais là où il fait la différence, c’est qu’il ne respecte rien. Contrairement aux autres, sa fable n’est pas politiquement correcte, elle est même irrévérencieuse. Il laisse son imagination prendre les commandes et s’éclate à démonter toutes les valeurs et à froisser toutes les susceptibilités. La religion, les vampires, l’amour, le sexe, tous les thèmes sont persécutés à outrance. Les protagonistes volontairement caricaturaux, font juste ressortir les côtés les plus sombres de l’Homme, qui placé dans des situations inconfortables, va automatiquement faire appel à ses instincts les plus primaires. Et c’est assez jouissif de sortir des sentiers battus avec autant de désinvolture.

Joann Sfar nous propose une aventure haute en couleurs, très imagée (on imagine d’ailleurs facilement une BD ou un dessin animé) avec une écriture esthétique. Même si ça manque parfois un peu de rythme, il a réussi à me faire entrer dans son univers et à me faire aimer pour une fois ce genre littéraire, grâce à un esprit délirant et beaucoup d’humour.

Le livre de poche 448 pages

16/20

Ce roman fait partie du prix des lecteurs Livre de poche 2015

Nicolas Barreau – Le sourire des femmes

Romantisme affligeant

Le sourire des femmes

Résumé: A la suite d’une rupture, Aurélie, propriétaire d’un restaurant, va tomber par hasard sur un roman dont elle est l’héroïne. Elle va alors tout faire pour rencontrer l’auteur de ce livre.

Mon avis: Comme le laissaient présager le titre et la couverture du livre, on a affaire à une comédie romantique. Et comme en général, je n’accroche pas à ce genre de romance, on peut dire que je n’ai pas été déçu.

Avant même d’ouvrir les premières pages, je pensais trouver un scénario assez mièvre avec des situations et des quiproquos improbables mais qui finissent toujours bien. J’imaginais aussi des personnages sans profondeur et caricaturaux, qui font évoluer leur caractère et leurs sentiments au besoin de l’histoire, qui se doit d’être belle. Je me serais douté que l’auteur n’aurait fait aucune distinction entre la psychologie féminine et masculine. Et finalement j’aurais parié sur une écriture simple pour accrocher le lecteur mais sans fantaisie…et bien je peux confirmer que Nicolas a parfaitement rempli sa mission! Même le milieu de l’édition, dans lequel se déroulent les faits et qui faisait l’originalité du roman, n’est pas approfondi et n’apporte donc aucune plus-value.

Autant vous dire que je vais très vite oublier cette parenthèse « enchantée ». Les scènes sont tellement invraisemblables, les dialogues tellement irréels que je n’y ai jamais cru. N’ayant plus 14 ans et ma naïveté d’enfant, je n’ai pas du tout adhéré à cette pseudo histoire d’amour édulcorée et bourrée de guimauve.

Le livre de poche 330 pages

7/20

Ce roman fait partie du prix des lecteurs Livre de poche 2015

Pauline Chen – Dans le pavillon rouge

Tradition déréglée

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Résumé: « Rêve du pavillon rouge » de Cao Xueqin est un grand roman chinois du 18ème siècle. Pauline Chen se réapproprie cette histoire: Sous la dynastie Qing, la jeune Daiyu va rejoindre la famille de sa mère après la mort de celle-ci. Elle va alors découvrir la culture aristocratique chinoise et ses règles rigoureuses.

Mon avis: Pauline Chen m’a transporté dans un pays et une époque que je connaissais très peu. Le voyage a été d’autant plus dépaysant. Je suis entré derrière les portes de ce grand palais de Pékin au cœur de cette illustre famille. Ce qui m’a d’abord intéressé, c’est cette culture asiatique du 18ème siècle, très stricte et ordonnée. Chaque personne a un statut propre selon sa naissance ou son mariage et chacun doit rester dans son rôle quoi qu’il arrive. Les destins semblent déjà tout tracés et toute improvisation n’a pas sa place dans ce système bien huilé.

Mais au cœur de ces traditions, ce sont des hommes et surtout des femmes qui interagissent. Et là, le roman devient véritablement passionnant. Dans les appartements de femmes, les ambitions et les désirs des protagonistes vont déchaîner les passions. De la femme de ménage omniprésente à la grand-mère impératrice en passant par la bru dévouée ou la petite fille débrouillarde, Pauline Chen nous dépeint le portrait de ces dames du siècle. De manigances en trahisons, elles vont déterrer des secrets les plus enfouis et dérégler cette aristocratie jusque-là immaculée.

Les différentes intrigues pleines de manipulations, m’ont enthousiasmé du début à la fin. Les personnages ne sont pas vraiment approfondis mais le fait de les suivre alternativement permet de connaître les tenants et les aboutissants de chaque épisode. Les événements historiques qui vont intervenir au cours du récit, vont eux aussi permettre de découvrir le véritable visage de ces femmes devant leur destinée.

Pauline Chen a une belle écriture qu’elle met au service de cette réinterprétation d’un classique chinois. Je me suis délecté de cette fresque familiale dans laquelle les sentiments prennent le dessus sur les convenances et les femmes le dessus sur la fatalité.

Points 571 pages

17/20

Ce roman fait partie de la sélection du meilleur roman 2015 des éditions Points

Fiona McFarlane – L'invité du soir

Dérive attachante

Ma lecture en cours...

Résumé: Ruth est une veuve australienne de 75 ans. Depuis peu, elle entend la nuit un tigre qui arpente dans son salon. Jusqu’au jour où Frida, une femme de ménage, lui est envoyée par les services sociaux.

Mon avis: Le thème de départ du livre n’est pas vraiment accrocheur. Les « aventures » d’une personne âgée, cloîtrée dans sa maison après la mort de son mari. Les premières pages confirment mes appréhensions. Mais au fil de l’histoire, l’atmosphère devient de plus en plus angoissante. Plus j’avance, plus j’entre dans la tête de Ruth. Et autant dire que dans la tête de cette brave dame, au départ c’était déjà bien dérangé mais avec l’arrivée de la femme de ménage, rien ne de va plus. Dès lors, chaque petit événement nous balance entre réalité, paranoïa et délire. On ne sait plus très bien comment interpréter tout ce qui lui arrive. Est-ce que c’est réel, est-ce qu’elle divague ou est-ce qu’on la manipule ? Et c’est là toute la force de ce roman.

Sans être romanesque, il nous plonge en introspection. On n’est jamais réellement dans un état stationnaire et constamment déstabilisé. J’ai été témoin de scènes rocambolesques et improbables, j’ai essayé de comprendre, de trouver des explications mais finalement je me suis laisser entraîner sans opposition dans cet univers sombre et dérangeant.

Sous ses airs de roman gentillet sur la vieillesse et ses dérives, Fiona Mc Farlane nous propose un véritable voyage dans les tréfonds d’un esprit fragile. Grâce à des ficelles efficaces, elle m’a enfumé le cerveau, et je me suis régalé dans cette folie.

Points 305 pages

16/20

Ce roman fait partie de la sélection du meilleur roman 2015 des éditions Points

Titiou Lecoq – Chroniques de la débrouille

Chroniques légères

Chroniques de la débrouille

Résumé: Comment survivre à une rupture amoureuse, à un déménagement, à des rencontres, à des voisins, à des accidents, à des soirées, à un chef, à des collègues…à un enfant!

Mon avis: En réunissant ses propres expériences et celles des contributeurs de son blog, Titiou Lecoq nous offre les tranches de vie d’une génération. Elle veut nous donner ses impressions et les tendances du monde d’aujourd’hui. Pour ce faire, elle campe une trentenaire confrontée à tous les aléas du quotidien et qui collectionne les galères sentimentales, professionnelles et domestiques.

J’ai quasiment le même âge qu’elle, donc je suis par définition la cible idéale. Je me suis reconnu dans ses questionnements et dans ses préoccupations, moins dans ses aventures. Ma vie n’a aucune similitude avec la sienne. Mais ça n’a pas d’importance car ce livre possède un gros atout : Il m’a fait beaucoup rire. Il n’est qu’une succession de situations rocambolesques et de réflexions drolatiques. Dans chaque scène se cache un effet comique. Sans véritable fil conducteur, il perd un peu de crédibilité au fil des pages tant on ne peut croire que toutes ses situations arrivent à une seule personne, mais c’est tout de même très agréable à lire parce qu’on se marre.

Titiou Lecoq écrit simplement. Elle jouit d’une liberté dans son style et dans son ton qui rend la lecture facile d’accès. Malheureusement, en essayant de paraître naturelle dans ses propos, elle dépasse parfois certaines limites et tombe dans la vulgarité. Certains mots ou expressions m’ont même choqué, surtout venant de la plume d’une femme. Je ne suis du genre à être outré facilement, mais ça n’apporte rien à l’histoire, c’est juste obscène et pour le coup pas drôle du tout.
Outre ces petits écarts de langage (je parle comme un ancien !), j’ai pris beaucoup de plaisir dans ce recueil de chroniques, avec quelques fous rires à la clé.
C’est léger, sans prétentions et ça a assez bien fonctionné sur moi.

Le livre de poche 278 pages

15/20

Ce roman fait partie du prix des lecteurs Livre de poche 2015

Philippe Delerm – Elle marchait sur un fil

Dans l’intime

Elle marchait sur un fil

Résumé: Par le jeu de la vie, Marie a cinquante ans et se retrouve seule. Elle trouve un échappatoire le jour où elle rencontre un groupe de comédiens avec qui elle va monter le spectacle de ses rêves.

Mon avis: Je n’avais jamais eu l’occasion de lire un livre de Philippe Delerm. Je ne connaissais donc pas son style. J’avais simplement entendu parler de ses nouvelles qui racontaient de courts instants de la vie quotidienne, et qu’il magnifiait avec talent, selon les critiques. A la fermeture de ce roman, je comprends ce que les gens aiment chez cet auteur. Il est juste. Il arrive à incarner une situation de manière à nous la faire vivre presque physiquement. Il décrit un moment, une pensée, une sensation en plusieurs pages là où d’autres n’auraient utilisé qu’une ligne. Il crée ainsi une empathie particulièrement forte.

Seulement, les qualités qui font de lui un artiste de la nouvelle, deviennent moins convaincantes lorsqu’il s’attaque au format roman. Plusieurs scènes, même de qualité, mises bout à bout, ne font pas forcément un grand roman. J’ai bien ressenti les émotions du personnage, je suis rentré dans son intimité mais son histoire ne m’a pas passionnée. Je n’ai pas adhérer au scénario, empli de clichés et de raccourcis, et dépourvu de romanesque. Racontant les petites contrariétés de comédiens, je l’ai trouvé un peu trop excluant et malgré sa petite taille, je me suis ennuyé vers la fin.

Je garderai le souvenir d’un grand décrypteur de l’instant et je retenterai ma chance avec Philippe Delerm dans ses petites histoires, qui semblent lui correspondre un peu mieux.

Points 201 pages

13/20

Ce roman fait partie de la sélection du meilleur roman 2015 des éditions Points