John Irving – Le monde selon Garp

Longue analyse

Court résumé: L’infirmière Jenny Fields ne veut pas d’homme dans sa vie, et voilà comment naît Garp. Le destin de cet enfant aux origines insolites, va être jonché d’évènements et de personnages plus excentriques les uns que les autres.

Mon avis: Basé sur des éléments autobiographiques, ce roman nous conte la vie de l’écrivain S.T. Garp de sa conception peu banale jusqu’à sa mort, et même après.

John Irving utilise un personnage à part entière pour étudier de près les comportements humains et toute leur complexité. Sous ses airs de vie banale, celle de Garp regorge de scènes surréalistes où l’auteur met le doigt sur les failles de l’être humain dans notre monde.

Par exemple, Garp va être marqué et accompagné constamment par une multitude de femmes, qui vont faire ressortir  chacune, une facette de sa personnalité. La place de la femme dans la société masculine de l’époque, est caricaturée pour mieux décortiquer le manque de compréhension et l’inévitable incompatibilité des deux sexes.
Le personnage de Garp n’est pas forcément attachant mais les protagonistes qui l’entourent, le sont. Certaines scènes deviendront inoubliables même si le tout reste un peu longuet, sans autre fil conducteur que la vie de cette personne fictive. Son destin étant créé de toutes pièces, j’ai eu des difficultés à me passionner pour son sort.
L’écriture de John Irving n’est pas désagréable, mais il semble avoir tout de même une image peu optimiste de la nature humaine.

Un autre roman de cet auteur sera nécessaire pour affiner mon jugement.

Points (poche) 649 pages

14/20

Caryl Férey – Zulu

Violente réalité

Court résumé: Ali Neuman, chef zoulou de la police criminelle de Cape Town, doit faire face à la découverte d’un cadavre de fille blanche massacrée, après avoir été droguée. Grâce à deux collègues, il va tenter de découvrir la vérité. Mais le passé des personnages et la violence des rues vont rendre l’enquête extrêmement dangereuse.

Mon avis: Après avoir lu Deon Meyer et maintenant « Zulu », je ne crois pas que je vais m’offrir de si tôt un voyage en Afrique du Sud. Grâce à une atmosphère lourde, chaude et surtout extrêmement malsaine,  Caryl Ferey nous fait parfaitement ressentir le sentiment d’insécurité et de violence qui règne sur ce pays à jamais meurtri par l’Apartheid.

A ce malaise, il se permet d’y ajouter des personnages tourmentés, à moitié perdus, qui traînent leurs souffrances intérieures dans les rues malfamées. Tous ces éléments réunis, saupoudrés de scènes d’action et de violence rare, contribue à faire de ce « Zulu » un roman réaliste sombre et désarçonnant.

Caryl Ferey se sert comme dans « Mapuche » de l’excuse d’un thriller, pour imposer à nos yeux une réalité plutôt triste que nous souhaitions jusque là ignorer. Mais réduire cet auteur à un moraliste ou revendicateur, serait beaucoup trop réducteur, tant la qualité de sa plume apporte de l’épaisseur à l’histoire qu’il nous conte.

Folio (poche) 455 pages

16/20

Joe R. Lansdale – Diable rouge

Avec le sourire…

Court résumé: Hap Collins et Leonard Pine, deux amis et détectives privés texans, sont embauchés pour enquêter sur une affaire classée de double homicide. Au cours de leurs recherches, ils vont relier plusieurs scènes de crimes où le dessin d’un diable rouge apparaît.  

Mon avis: Sans jamais se prendre au sérieux, dans un style très simple, accessible à tout le monde, Joe R. Lansdale nous entraîne dans une enquête truffée de scènes d’actions et de fusillades.

Il nous propose des personnages singuliers, des dialogues drôles et un rythme toujours tenu par une succession de séquences mouvementées. Cette première approche du « vieux couple » Hap et Leonard m’a donné l’envie de connaître leurs aventures précédentes, pour mieux appréhender certains éléments et certains personnages liés à leur passé et pour étoffer ma connaissance de cette amitié si particulière. Je serais davantage enthousiaste si l’humour omniprésent, qui fait la singularité de ce polar, est autant présent dans les autres opus. J’ai d’ailleurs pris quelques petits fous rires lors de la lecture de certains échanges verbaux entre les deux protagonistes, qui exèlent dans l’art de la cocasserie et la répartie.

Joe R. Lansdale ne révolutionne pas le monde du roman policier dans sa structure et l’enquête n’a d’ailleurs que peu d’intérêt. Mais il apporte une bonne touche de sourire qui fait de ce « Diable rouge » un divertissement très sympathique à lire.

Denoël 318 pages

16/20

Merci à MyBOOX

Karine Giebel – Juste une ombre

Sur la brèche!

Court résumé: Chloé est une femme dynamique avec un caractère fort, de grosses responsabilités et un véritable pouvoir de manipulation. Elle se sent invincible jusqu’à ce qu’elle fasse une rencontre dans une rue, qui va l’obséder à en bouleverser sa vie.

Mon avis: L’écriture de Karine Giebel est comme toujours très abordable et j’ai donc été très facilement absorbé par les évènements, au point de me retrouver comme un boxeur acculé dans les cordes, incapable de réagir.

Car tout l’art de cette auteure réside dans sa façon de nous mettre en empathie profonde avec l’héroïne et de ressentir avec force tous ses sentiments les plus variés. Elle nous fait continuellement naviguer entre la certitude du complot et les troubles de la paranoïa, et crée une tension permanente qui nous étouffe dans les scènes les plus stressantes et reste latente dans les passages plus calmes. La lumière n’a pas lieu d’être dans le tunnel de l’obsession et j’ai sombré avec plaisir.

Karine Giebel se positionne une nouvelle fois comme la reine du thriller psycholoqique. Elle surpasse même les grands spécialistes du genre, dans sa manière de repousser les limites, de ne pas retenir ses coups et de nous assommer sans tenir compte de la morale.
Grande claque!

Pocket (poche) 604 pages

18/20

David Vann – Sukkwan Island

Malaise

Court résumé: Jim décide d’emmener pendant un an, son fils de 13 ans sur une île sauvage de sud de l’Alaska, pour vivre dans une cabane isolée et essayer de se redécouvrir.

Mon avis: Oh my god! Voilà à peu près les mots qui me viennent à la fermeture de cet OLNI (Objet littéraire Non Identifié). J’ai assez souvent été confronté à la noirceur et à la rudesse de certaines scènes et c’est d’ailleurs une facette que j’apprécie particulièrement dans certains romans, mais là… j’ai peut-être pour la première fois, été véritablement choqué à la lecture de certains passages.

Dans la première partie du roman, c’est l’ennui qui s’installe et je me voyais déjà revivre le calvaire que j’avais subi en lisant « La route » de Mc Carthy. Mais au milieu du livre survient un évènement ( que je ne peux bien sûr pas dévoiler), qui va retourner l’histoire. Et d’un ennui profond, je suis passé à une phase de malaise profond. J’ai rarement été aussi mal à l’aise un livre entre les mains: voilà donc ce qu’est le noir absolu. Les protagonistes ne sont que de simples observateurs de leurs propres déchéances et on les accompagne dans cette descente sans espoirs vers le gouffre de leur existence.

Ce roman, bien écrit, restera dans mon esprit avec un goût d’écœurement… Peut-être prendra-t-il une autre dimension avec le temps, ou peut-être pas!

Gallmeister (poche) 200 pages

13/20

Ce livre a reçu le prix Médicis étranger 2010

Dennis Lehane – Ils vivent la nuit

100ème CRITIQUE

Grand roman noir

Court résumé: 1926, à Boston, en pleine période de prohibition, Joe Coughlin, le fils du commissaire adjoint, va tout faire pour gagner sa place dans la mafia qui contrôle le marché de l’alcool dans tout le pays. De délits en délits, son destin va se construire.

Mon avis: Dennis Lehane nous fait suivre avec intérêt la genèse, l’évolution puis l’envol d’un jeune dans le système mafieux. Même si intrinsèquement on ne valide à aucun moment le choix de carrière de Joe, on se prend au jeu et les péripéties de ce délinquant notoire nous fascinent jusqu’à la dépendance. Dans le milieu sous haute tension de la pègre, son côté humain le rend plus accessible qu’il ne voudrait le faire paraître et en fait un personnage finalement attachant. Ses faiblesses émotionnelles, surtout liées aux femmes, le conduisent toujours sur la brèche et plus il prend du grade, plus il prend le risque de perdre tout ce qu’il a gagné et tout ce qu’il aime. Mais son destin semble inexorablement tracé et ses actes sans retours dans ce milieu de batailles et de trahison.

Cette fresque initiatique se déroule à la période particulière de la prohibition en Amérique, qui constitue un tableau idéal pour les aventures criminelles de Joe Coughlin.
« Ils vivent la nuit » est la suite « d’un pays à l’aube » mais peut se lire indépendamment et j’ai d’ailleurs hâte de lire ce premier opus tant les éloges sont nombreuses à son sujet.

Dennis Lehane ne semble plus être seulement un très bon auteur de polars mais aussi un très grand conteur de roman noir.

Rivages 525 pages

17/20