Carole Martinez – Le coeur cousu

Styliste poétique

Court résumé: Dans un village Andalou, une lignée de femmes se transmet une boîte mystérieuse de génération en génération. Son tour venu, Frasquita y découvre des fils et des aiguilles aux pouvoirs magiques. Suite à divers évènements, elle se retrouve à errer à travers la région, accompagnée de ces enfants pourvus eux aussi de dons surnaturels.

Mon avis: Ce roman écrit par une femme, qui raconte l’histoire de femmes avec leurs préoccupations de femmes et qui semble donc destiné à un lectorat féminin, n’avait à priori pas les critères requis pour me plaire. Mais suite à une chaude recommandation, je me suis laissé tenter par ce conte initiatique féminin. Et mes inquiétudes chargées de préjugés furent balayées dès les premières pages et la magie a immédiatement opéré. Carole Martinez possède un style d’écriture qui procure à lui seul un intense plaisir de lecture. Le génie de sa plume m’a emporté dans les contrées ensoleillées hors du temps et les aventures parsemées de magie m’ont envouté jusqu’à la fin.

Je pense que si j’avais été une femme et de surcroit une maman, j’aurais sûrement considéré ce livre comme un chef d’oeuvre car il est vrai que le thème des relations maternelles reste malheureusement un peu étranger à mon esprit d’homme, et n’a peut être pas eu la résonance qu’il aurait méritée.

Ce détail mis à part, je dis bravo Mme Martinez, vous entrez dans mon cercle des très grand(e)s auteur(e)s grâce à votre écriture Haute-Couture!

Folio (poche) 440 pages

17/20 

Suzanne Collins – Hunger games 2 "L’embrasement"

De bonnes idées…

Court résumé: Après avoir triomphé des Hunger Games en défiant le Capitole, Katniss et Peeta entament la tournée de la victoire dans les différents districts. La révolte semble naître dans les rangs du peuple de Panem pendant que le président Snow veut effacer l’affront que les deux adolescents ont fait au Capitole.

Mon avis: Comme dans le premier tome, l’histoire est écrite comme un scénario de film et l’adaptation cinématographique va sûrement en être une nouvelle fois facilitée. Les scènes se suivent, l’action est omniprésente (un peu moins que dans le précédent) et le tout nous entraîne avec toujours autant de plaisir dans une aventure au rythme effréné où les rebondissements sont souvent inattendus. L’évolution des évènements qui se trament en dehors des sessions d’Hunger Games, ralentissent un peu la tournure du récit, ce qui me fait craindre pour le troisième volume.

Le bémol réside dans le jeune lectorat visé par ce genre de romans, et donc dans une histoire trop manichéenne à mon goût. Les personnages sont sans aucune nuance et presque caricaturaux. Katniss est d’ailleurs tellement lisse dans ses sentiments qu’elle en devient déroutante et parfois même agaçante. Elle ne prend aucune décision, elle regarde les choses se dérouler et laisse finalement tous les protagonistes et le lecteur dans une frustration continue.

Cet épisode est un bon roman pour adolescents avec sa part de fantastique et d’héroïsme. On peut bien sûr lui reprocher son manque de profondeur, mais ce n’est peut être pas l’essentiel et le but de ce genre de littérature.
Bon moment, à suivre…

Pocket Jeunesse 399 pages

15/20

J.M. Coetzee – Disgrâce

Disgrâces multiples

Court résumé: David Lurie, 52 ans, enseignant d’université va se retrouver accusé de harcèlement sexuel par une de ses conquêtes, une étudiante. Après avoir démissionné, David va alors s’installer chez sa fille, dans une maison à la campagne, où il va être confronté aux dérives de l’Afrique du sud contemporaine.

Mon avis: On suit dans ce roman les aventures de David Lurie, personnage insipide qui va être confronté à un monde en plein changement dans l’Afrique du sud post-apartheid. Durant les évènements, il va errer comme un fantôme spectateur de l’injustice des hommes, des différences de générations, de races ou de catégories sociales. Il va alors subir les décisions des autres sans arriver à s’adapter ou à imposer ses choix. Il comprend que les lois ont changé et qu’il doit pâtir de cette nouvelle existence où l’illégalité s’est inversée dans certains milieux ruraux.

J’ai eu beaucoup de mal à avoir de l’empathie pour ce personnage tant sa capitulation est déconcertante mais à travers ces tribulations, JM Coetzee analyse l’Afrique du Sud de cette époque pour mettre le doigt sur une réalité peu ragoutante. C’est un livre qui agit après sa fermeture et qui apporte plus d’importances aux idées transmises qu’à l’histoire proprement dite.

Avec un écriture agréable, l’auteur nous convie à cette perte d’espoir croissante dans un monde où les puissants ne sont plus les mêmes.

Points (poche) 273 pages

16/20

Ce livre a reçu le prix Booker Price 1999

JM Coetzee a reçu le prix nobel de littérature en 2003

Raymond Domenech – Tout seul

Football et décadences

Court résumé: Se basant sur un journal de bord qu’il a tenu durant ses années en tant que sélectionneur de l’équipe de France de football, Raymond Domenech revient sur les évènements qui ont marqué sa vie et celle des supporters du ballon rond.

Mon avis: Avant toute chose, ce livre ne peut être apprécié que par les amateurs de football tant il est ponctué d’allusions au monde du foot.

Raymond Domenech profite de ce livre pour nous raconter sa version des faits dans son périple de 6 ans à la tête de l’équipe de France. De sa nomination, en passant par son apogée, pour s’achever dans une chute brutale et violente. Son voyage avec les bleus a tout de même été jalonné par le retour des anciens (Zidane, Thuram…), la finale de coupe du monde, le choc des générations de joueurs, la main d’Henry, l’affaire Zahia et le bus de Knysna, tout en composant avec des joueurs hauts en couleur (pas dans le jeu mais dans la tête!).

Après tout ça, Raymond Domenech ne cherche pas à se déculpabiliser et accepte ses erreurs même si les faits ne sont décrits que de son point de vue personnel, et qu’ils ne sont peut être pas aussi objectifs qu’on pourrait l’espérer.
Dans une écriture très accessible, il nous explique ses quelques moments de joie et ses nombreuses blessures dans ce monde footballistique de moins en moins collectif.

Bon moment de vérité pour un amateur de foot!

Flammarion 364 pages

15/20

Gillan Flynn – Les lieux sombres

Crimes de famille

Court résumé: Dans les années 80, la mère et les deux soeurs de Libby Day 7 ans, sont sauvagement assassinées dans la ferme familiale. Le coupable est rapidement identifié: son frère aîné Ben 15 ans qui est envoyé en prison. Vingt-cinq ans plus tard, aidée par des personnes passionnées par l’affaire, Libby va relancer l’enquête.

Mon avis: Le roman navigue entre deux époques: 1985 et aujourd’hui.

1985, l’auteur utilise une manière originale de raconter les évènements avec le point de vue des différents acteurs qui se sont succédés pour reconstituer, comme un puzzle, la vérité sur le drame qui s’est déroulé ce soir là.
Et aujourd’hui, l’auteur utilise une narration linéaire pour nous conter, Libby le personnage principal, désagréable, associable et paresseuse, qui va mener par nécessité sa propre enquête sur la mort de toute sa famille.
L’envie de connaître le fin mot de l’histoire est une vraie motivation pour tourner les pages et les secrets gardés par tous les protagonistes ajoutent une part de suspense très bien entretenue. L’écriture de Gillian Flynn est très accessible et nous entraîne dans l’univers malsain de la pauvreté, des croyances et des préjugés. La fin un peu tirée par les cheveux met un petit bémol au plaisir simple que m’a procuré ce livre.

Au sortir de ce roman, je garde un sentiment plaisant de ce divertissement sans grandes prétentions…un bon livre de vacances!

Livre de poche 506 pages

15/20

Sorj Chalandon – Retour à Killybegs

IRA poétique

Court résumé: Tyrone Meehan, activiste important et vétéran de l’IRA, revient dans la maison de son enfance, pour se souvenir et expliquer pourquoi il a trahi la cause en laquelle il croyait, avant que la sentence ne tombe.

Mon avis: Après la lecture de « Mon traître », j’avais hâte de m’attaquer au pendant de cette histoire. Mais plus qu’un autre point de vue sur l’affaire, « Retour à Killybegs » devient presque un complément au récit précédent. Il remplit les trous, répond aux questions et nous permet d’avoir enfin une vue d’ensemble sur les évènements.

Sorj Chalandon aime l’Irlande, se passionne pour sa cause et ça se sent une nouvelle fois. Grâce à des phrases saisissantes, on éprouve la guerre et le combat de ces hommes, poussés par les convictions de leur passé. Après avoir creusé au plus profond de l’être blessé, il explore cette fois l’aspect moins répandu de la souffrance de la personne qui blesse. Cette nouvelle vision, basée uniquement sur un désir de paix, nous fait relativiser l’histoire telle qu’on pensait la connaître.

Le style épuré mais toujours aussi juste de Sorj chalandon fait merveille, dans ce roman sombre, dur par les faits qu’il rapporte, mais tellement poétique.

Le livre de poche 332 pages

17/20

Ce roman a reçu le Grand Prix de l’Académie Française 2011