Frank Bill – Donnybrook

Sniffer une ligne de testostérones

Donnybrook

Court résumé: « Donnybrook » est un tournoi de combats à mains nues qui se déroule sur un terrain de cinq cents hectares dans les forêts du sud de l’Indiana. Différents personnages guidés par leurs propres obsession, vont se diriger irrémédiablement vers ce haut lieu de la drogue, de la violence, de l’argent et du sexe…

Mon avis: Si vous cherchez à faire monter votre adrénaline et laisser s’exprimer vos pulsions les plus primaires, laissez votre cerveau au vestiaire et lancez vous dans « Donnybrook »!

Dès l’ouverture du livre, vous recevez un coup de poing…suivi d’un coup de genou, d’une rafale de balles et d’une bouffée de méthamphétamines. On y suit plusieurs personnages, plusieurs destins en quête d’argent ou de vengeance, qui vont se croiser avec étincelles dans différentes scènes d’actions violentes. Le but ultime de tous ces têtes brûlées est d’arriver à Donnybrook pour remplir leurs objectifs respectifs. Cela ne passe ni par la poésie, ni par la finesse, ni par l’introspection mais par un déferlement de colère et de baston.

J’ai pris beaucoup de plaisir avec cet éventail de personnalités atypiques et cette démonstration de violence percutante qui m’ont secoué sans interruption du début à la fin. Moins, cela aurait été frustrant, plus, cela aurait été trop, mais 200 pages de testostérones, ça déchausse vraiment les dents!

Gallimard 234 pages

16/20

James Ellroy – Le dahlia noir

Sombre cité des anges

Le Dahlia noir

Court résumé: Betty Short, jeune fille sulfureuse et toujours vêtue en noir, est retrouvée assassinée dans un terrain vague de Los Angeles. Son corps a été mutilé et coupé en deux. Deux flics Bucky et Lee, boxeurs ennemis dans la vie, vont faire équipe et essayer de démêler l’énigme de ce meurtre ignoble.

Mon avis: Dans cette aventure, James Ellroy nous dévoile sa part d’ombre. Il nous ouvre les portes secrètes de son âme, obnubilée par son passé meurtrier. L’histoire de sa mère et celle de ce fait divers sont fortement liées et il se devait d’exorciser ces drames par ce roman.

Plusieurs facettes de ce « Dahlia Noir » m’ont beaucoup plu. La plume de Ellroy est incisive et donne du rythme aux événements. Il crée un univers très sombre où le noir est omniprésent et envahit les moindres recoins de Los Angeles. Dans ces rues, il y place des protagonistes torturés d’une grande profondeur. En nous faisant entrer dans l’esprit de ces personnages, il nous les rend touchants et attachants et on se sent fortement concerné par leurs destins.

J’ai été entraîné avec inquiétude mais aussi délectation dans cette fresque meurtrière et familiale. Ce fût d’ailleurs une découverte plutôt angoissante du côté obscur de la nature humaine et de ses secrets.
C’était ma première lecture du maître, envoyez la suite!

Rivages/noir (poche) 505 pages

17/20

Erik Orsenna – Mali O’ Mali

L’Afrique selon Orsenna

Ma lecture actuelle

Court résumé: Mme Bâ est appelée par ses compatriotes du Mali pour venir en aide à son pays. Elle part donc de France, avec son petit-fils, pour lutter contre les djihadistes et la condition du peuple africain.

Mon avis: Dans ce livre, Erik Orsenna utilise d’abord les yeux et surtout les oreilles de Madame Bâ pour faire le constat de la situation politique et sociale d’une région de l’Afrique. Ensuite, il se sert du franc parler de la dame, gonflé d’arrogance, pour essayer d’apporter des bribes de solutions aux problèmes rencontrés par ces pays. Les origines maliennes de Madame Bâ et son quotidien de résidente française, permettent à Orsenna d’aborder les maux de l’Afrique avec une certaine neutralité, et de ne pas se transformer en donneur de leçons.

Je connaissais le Erik Orsenna médiatique, érudit et passionnant et j’espérais retrouver cette force dans ce roman. Sur le fond, sa connaissance des pays, sa passion pour ce continent et le langage utilisé, ont été à la hauteur de mes attentes. Seulement sur la forme, j’ai été un peu déçu. Je m’étais préparé psychologiquement à lire une sorte de conte africain avec une pincée de fantastique. Oui mais voilà: le récit se rapprochant plus de l’essai que du roman, je n’ai pas été embarqué dans cette histoire dénuée de fil conducteur. Je n’y ai vu qu’un prétexte pour traiter les thèmes délicats que l’auteur avait choisi de développer.

Pour ma prochaine lecture d’un livre d’Erik Orsenna, je passerai en mode »essai » pour profiter au mieux de sa sagesse qui nous apporte tellement.

Stock 416 pages

14/20

Merci MyBoox

Michel Bussi – Un avion sans elle

Polar agréable

Un avion sans elle

Court résumé: 23 Décembre 1980, un avion s’écrase dans les montagnes du Jura. Une petite fille de 3 mois est retrouvée mais deux familles vont se disputer l’enfant. 18 ans plus tard, un détective va trouver la vérité mais va être assassiné, laissant derrière lui un carnet de notes racontant son enquête…

Mon avis: Grâce à une bonne idée de départ, Michel Bussi nous entraîne dans une quête identitaire où chaque camp va défendre ses intérêts selon ses moyens propres. Il va retracer pas à pas l’enquête menée par le détective embauché pour découvrir les secrets sur les origines de Lylie. Je me suis laissé porter par ce scénario alambiqué et ses événements parfois peu crédibles même si deux éléments ont un peu gâché la lecture de ce roman. Premièrement les personnages sont beaucoup trop manichéens et sentimentalement insipides. Et deuxièmement, 18 ans après le drame, la recherche de la vérité ne m’a pas paru indispensable, vu que le mal était déjà fait, et j’ai donc suivi le déroulement des événements sans le moindre suspense.

Écriture simple, histoire légère, personnages caricaturaux, « Un avion sans elle » est à classer dans la catégorie roman de gare (ou d’avion!). Ce n’est pas un avis totalement  péjoratif car j’ai passé un bon moment, mais le roman pêche par manque de profondeur et de force dramatique et ne marquera pas mon esprit.

Pocket (poche) 573 pages

15/20

Barbara Abel – Derrière la haine

Malaise psychologique…

Derriere la haine

Court résumé: D’un côté de la haie, il y a Tiphaine et Sylvain, de l’autre Laetitia et David. Ces deux couples de voisins sont devenus de véritables amis et vivent ensemble dans une harmonie parfaite. Mais un jour…

Mon avis: La vie est un long fleuve tranquille. Les deux couples voisins s’entendent merveilleusement bien. Toutes les événements participent à leur béatitude. Au début de son roman, Barbara Abel nous convie à une relation de voisinage édulcorée, presque insipide. Tout va pour le mieux jusqu’à ce qu’un grain de sable, un énorme grain de sable vienne enrayer cette mécanique du bonheur. Et là, la joie de vivre et les bons sentiments laissent une place brutale à la tristesse et la suspicion.

Grâce à des scènes terriblement malsaines (celle de l’enterrement en tête), l’auteur nous plonge dans une dimension beaucoup plus sombre, dénuée de sérénité. Et la proximité, source de tous les bons moments amicaux, devient un cauchemar qui va petit à petit gangrener le quotidien de ces deux familles.

Barbara Abel maîtrise avec sobriété le sens de la tension psychologique et j’ai été happé par le malaise progressif qu’elle a su créé. Son écriture est peut-être un peu simple mais l’effet désiré fonctionne à merveille. J’avais comme souvent une envie de noirceur. Avec « Derrière la haine » elle a répondu à mes attentes…

Fleuve Noir 317 pages

17/20

Thomas H. Cook – Au lieu dit Noir-Etang

Mystère noir pour belle histoire

Ma lecture actuelle

Court résumé: En 1926 dans une petite ville de Nouvelle-Angleterre, le jeune Henry assiste à la naissance d’une idylle entre Mlle Channing et Mr Reed, deux professeurs de son école . Seulement ce dernier est marié et cette relation adultérine va mener tout ce petit monde vers la tragédie. Cinquante ans après Henry se souvient.

Mon avis: En revenant dans le passé pour nous narrer une histoire qui a bouleversé sa vie, le narrateur nous place dans les yeux d’un témoin du drame, rôle qui a été le sien à l’époque. On est alors transporté dans une atmosphère noire et sombre d’une petite bourgade perdue du début du 20ème siècle. On va y rencontrer les personnages aussi attachants qu’intrigants que l’on va suivre dans une histoire d’amour tragique et les rumeurs qu’elle va engendrer.
Passant constamment de 1926 à des dizaines d’années plus tard, ce roman raconte aussi la naïveté et l’insouciance de la jeunesse, qui manque de recul et d’expérience pour prendre les bonnes décisions. Le narrateur découvre avec l’âge, le rôle qu’il a peut-être joué malgré lui dans ce terrible fait divers, aveuglé qu’il était par ses croyances innocentes d’enfant.

Racontée dans une langue simple et agréable, Thomas H Cook imagine un décor extrêmement visuel, avec ses mystères et son ambiance noire mélancolique, où l’amour n’a d’issue que dans les profondeurs des marécages du lieu dit Noir-Etang. Très beau roman noir sur fond de passion amoureuse!

Points ( poche) 378 pages

16/20