Davis Grossman – Une femme fuyant l’annonce

Grand écrivain…

Court résumé: Ora, une femme israélienne séparée de son mari depuis peu, décide de partir en voyage en Galilée, après que son deuxième fils Ofer se soit engagé pour une opération militaire en Palestine. Dans sa fuite de l’annonce de la mort de son fils, elle entraîne Avram, son amour de jeunesse.

Mon avis: David Grossman nous décrit, tout au long de ce voyage et à travers de longs dialogues, le destin poignant de cette famille israélienne. Ora veut s’éloigner de la nouvelle qu’elle redoute et en profite pour faire un flashback et ainsi retracer sa vie, en se confiant à Avram, un des personnages essentiels de sa destinée. On y découvre ses amours, ses mystères, ses espérances et ses regrets… comme si le fait de revenir dans le passé pouvait retarder le futur.
C’est un livre bouleversant d’humanité, qui m’a saisi, malgré sa longueur mais grâce à une écriture vraiment exceptionnelle, très exigeante.

Plus qu’un grand livre (élu meilleur livre de 2011 par le magazine Lire), j’ai découvert un grand écrivain.

16/20

Morgan Sportes – Tout, tout de suite

Essentiel…

Court résumé: En 2006, un fait divers va bouleversé la France: Une bande de banlieue, décide de kidnapper un jeune juif, pour récolter un rançon auprès de ses proches. Il sera séquestré pendant 24 jours. Cette histoire vraie et sa genèse sont relatées sans jugement par Morgan Sportes.

Mon avis: Ce roman est vraiment structuré comme un gros article de presse. Morgan Sportes nous délivre les évènements tels qu’ils se sont vraisemblablement déroulés, grâce aux témoignages de chacun des protagonistes. Le style d’écriture est simple, un peu répétitif mais assez plaisant.
Pour nous narrer les faits, l’auteur reste quasiment neutre: Pas besoin d’en rajouter sur la forme, car en terme d’émotion, l’histoire réelle se suffit à elle-même. Cette objectivité nous permet d’appréhender comment on peut en arriver là.

Avant la lecture, on imagine que l’antisémitisme, la rébellion ou l’animosité sont à l’origine d’un tel drame. A la fermeture de ce livre, on se rend compte finalement que le simple manque d’instruction voire le vide intellectuel, dans un environnement défavorisé, peuvent conduire à des évènements à la limite de l’inhumanité. Une belle remise au point…

15/20

Gabriel Garcia Marquez – Cent ans de solitude

50ème CRITIQUE

José, Arcadio, Aureliano…et les autres

Court résumé: « Cent ans de solitude », c’est l’histoire de la famille Buendia sur six générations, dans un petit village de Macondo en Amérique du sud. Guerre révolutionnaire, catastrophes naturelles, naissances, morts et éléments surnaturels sont parsemés tout au long de cette fresque familiale.

Mon avis: Pour ma recherche de culture personnelle, il me faut lire les plus grands, et quoi de plus grand qu’un prix Nobel de littérature. Après Albert Camus le français, je me suis donc attelé à Gabriel Garcia Marques, le colombien.

Petit conseil: Avant de débuter ce roman, il faut se munir d’une feuille et d’un stylo pour pouvoir suivre l’arbre généalogique que nous déroule Gabriel Garcia Marquez. La famille et sa descendance portent tous, avec quelques exceptions, des noms identiques (José, Arcadio, Aureliano, Ursula et Remedios). Donc difficile de s’y retrouver, quand en plus, les personnages se ressemblent sur le plan de leur caractère et de leur destinée.
L’histoire est attrayante, parfois déroutante, mais pâtit de cette succession de personnages, qui nous empêche de s’attarder et donc de s’attacher à cette famille.

Grâce à son écriture fluide et agréable, avec quelques fantaisies (une phrase de quatre pages!), l’auteur nous intéresse à son épopée mais sans nous passionner.

PS: Ne pas lire la quatrième de couverture de l’édition « Points », qui révèle une partie du dénouement de l’histoire!

12/20

Franck Thilliez – La chambre des morts

Un simple thriller

Court résumé: Vigo et Sylvain, deux amis, vont renverser par accident un homme avec leur voiture. A côté de lui, un sac rempli d’argent: Que faire? Ils ont choisi, mais leur décision va peut-être avoir plus de conséquences qu’ils ne l’auraient imaginé.

Mon avis: Avant de m’attaquer à « La chambre des morts », j’avais rencontré Franck Thilliez grâce à « L’anneau de Moebius » et « La mémoire fantôme ». Autant dire que mon impression pâtit de la comparaison: Ces deux romans étaient d’un tel niveau, que postérieurement celui-ci paraît manquer cruellement de saveur. L’écriture et l’intrigue sont toujours efficaces, le rythme est toujours élevé, on est toujours pendu à la plume de l’auteur, mais il nous manque le brin l’originalité qui fait la différence.

C’est donc un bon thriller sombre, plein de rebondissements, qui pêche toutefois pour sortir du lot et nous marquer à vie, comme sait si bien le faire Franck Thilliez. 

J’ai tout de même pris beaucoup de plaisir à découvrir les débuts de Lucie et de ses secrets, et je vais poursuivre…

14/20

Albert Camus- L’étranger

Etranger: « Qui n’appartient pas à un groupe »

Court résumé: Le narrateur s’appelle Meursault et il vit en Algérie française. Il va successivement assister à l’enterrement de sa mère, rencontrer une femme, et crée des liens avec son voisin, avant de commette l’irréparable et d’être jugé devant un tribunal.

Mon avis: Ce roman est composé de deux parties égales en volume, qui m’ont procuré chacune un sentiment distinct.

La première partie, écrite avec un langage simpliste, est une succession d’actes vécus et même subits par le narrateur. Il nous décrit ce qu’il lui arrive, sans sentiments, comme un passager de son corps. Il assiste à l’enterrement de sa mère, crée une relation avec une femme et avec son voisin, mais tout ceci  sans le moindre soupçon d’émotion. On ne porte alors aucune opinion, si ce n’est du mépris, sur ce personnage pour le moins insipide.

La seconde partie, beaucoup plus travaillée dans le style, nous raconte le procès de cet homme sans coeur. Et à cet instant, la magie opère, le message d’Albert Camus passe et nous fait réfléchir sur notre relation aux autres. On comprend que cet homme qui nous paraissait sans coeur, est tout simplement différent, étranger à nos règles sentimentales. Il n’est donc pas jugé pour son crime, mais pour ne pas avoir eu les attitudes de circonstance.
Faut-il, dans ce cas, le bannir parce qu’il ne veut pas suivre les règles de bienséance imposées par la communauté?

La qualité de ce roman passe par le message de la différence qui est apporté avec intelligence par Albert Camus, à travers les yeux de cet homme que personne ne comprend et qui donc dérange. Ce n’est pas pour moi un chef d’oeuvre mais il a le mérite de faire méditer…

14/20

Sorj Chalandon – Mon traître

Dépaysement prenant!

Court résumé: Tony, luthier à Paris, fait la connaisssance à Belfast de Tyrone Meehan. Celui-ci est un membre reconnu de l’IRA et un combattant important de sa cause. Tony va se sentir très proche de Tyrone jusqu’à la fin des conflits. Mais son adoration pour cet homme va prendre un coup lorsque celui-ci va avouer avoir trahi ses compatriotes depuis des années.

Mon avis: Sorj Chalandon nous emmène découvrir un pays, ses traditions, sa beauté et son côté sombre. Et dans ce côté obscur, il nous fait participer au quotidien de ces militants de l’ombre, combattants unis pour leur liberté. Lui, le parisien, va alors rencontrer des personnages, qui vont devenir sa famille, sa raison de vivre et finalement la cause de ses malheurs.

A travers son écriture, il réussit à nous faire ressentir tout le mal que son ami traître a pu lui infliger, et on ne regarde plus les évènements seulement avec ses yeux mais aussi avec son coeur.
Sorj Chalandon semble vouloir nous livrer ses blessures pour mieux les panser.

A mon goût, ce roman est un peu court, et j’aurais aimé m’imprégner un peu plus de cette atmosphère et de ce drame. Mais le résultat est tout de même vraiment prenant…

16/20