Cours résumé: Île de la Jamaïque, 1831. Antoinette Cosway, créole de bonne famille, s’éprend d’Edward Rochester, un Anglais aussi impénétrable que fascinant. Mais à la séduction enflammée succèdent rapidement des scènes vénéneuses, où les baisers sont des blessures, où toute une société livre la jeune femme à son bourreau…
Mon avis:
Je remercie les éditions Gallimard pour cette lecture!
En littérature, s’attaquer à un chef d’œuvre comme « Jane Eyre » de Charlotte Brontë, relève tout autant de l’audace que de l’hérésie. Ce texte fondateur a marqué tellement de lectrices qu’il semble inconscient de vouloir s’en approcher. Lilia Hassaine a pris ce pari fou en tentant de faire vivre un personnage secondaire de ce classique.
Elle met sur le devant de la scène l’ex-femme de Rochester. Jusque-là, on la connaissait uniquement pour ses excès de folie et de violence. Mais surtout, son profil ne nous était défini que par l’intermédiaire d’Edward, une opinion pas vraiment objective. L’autrice a décidé de lui donner une voix afin qu’elle nous raconte son passé et les circonstances qui l’ont conduite dans sa situation critique.
L’époque victorienne et l’ambiance des lieux (en Jamaïque et en Angleterre) sont parfaitement retranscrites. L’écrivaine nous expose aussi aux mœurs de l’époque et à l’omerta qui règne autour de l’héroïne. Avec une plume magnifique qui se hisse au niveau du challenge, elle met en exergue le patriarcat, les violences physiques et surtout morales infligées à Bertha. Tous les actes subis vont petit à petit impacter sa psyché, sans que personne n’intervienne. Ces mésaventures nous montrent les mécanismes de la manipulation qui sont à l’œuvre dans l’ombre et qui débouchent sur les drames de la fin.
Je pense que certaines passionnées auront du mal avec cette histoire (On ne touche pas à Jane Eyre !). En effet, elle remet en cause l’histoire originelle et la vision qu’on avait des personnages. L’image de chaque acteur est fortement écornée. C’est pourquoi, pour le bien de votre lecture, je vous conseille d’avoir lu « le vrai » avant de lancer dans cette variante. Vous pourrez alors apprécier les deux sans altérer le message initial. Un beau livre, une belle plume, une belle lecture !
Gallimard, 251 pages
Paru le 20 août 2026, 21€


