(#217) Jo Nesbo – Le fils

Mystérieuses vengeances

Le fils

Court résumé: Sonny Lofthus est un prisonnier sans histoires et résigné. Mais son calme apparent va être remis en question lorsqu’il va apprendre la vérité sur la mort de son père. Son existence va prendre alors une autre voie: la vengeance.

Mon avis: Un nouveau livre de Jo Nesbo, un roman noir sans Harry Hole, une édition Série Noire avec une couverture inquiétante…tout était réuni pour attirer mon attention. Dès que je l’ai vu, je n’ai eu qu’une obsession, l’acquérir et me jeter dedans.

Au premier abord, Jo Nesbo nous offre une histoire de vengeance des plus classiques. Un homme, accusé et banni par la société, part à la poursuite des responsables de son malheur, afin de les faire disparaître de la surface de la terre et ainsi rendre sa justice. Un écrivain lambda aurait pris parti dans son récit. Il aurait choisi de le diriger soit du côté de la justice primaire soit du côté du pacifisme bien-pensant. Il aurait aussi pris le risque de se mettre une partie de ses lecteurs à dos. Mais Jo Nesbo, lui, a décidé de rendre son personnage principal beaucoup plus ambigu et flou. Il ne nous donne jamais accès à ses pensées. On suit ce protagoniste dans tous ses mouvements avec les yeux de ceux qu’il croise. Les différents points de vue alternent au fil de l’évolution de l’histoire. Ainsi chaque lecteur peut se faire sa propre opinion et avoir ses propres convictions par rapport aux actes de Sonny. Ce mode de narration construit un champ de mystère autour de la personnalité et du fonctionnement de ce vengeur.

J’ai été emballé par Joe Nesbo et ce nouveau coup de maitre. L’atmosphère est sombre, les personnages hétéroclites et les enquêteurs sympathiques. J’ai pris un certain plaisir à infiltrer le milieu mafieux avec son système organisé et sa corruption. En dépit de sa violence, j’ai pris fait et cause pour Sonny Lofthus et son destin m’a tenu en haleine jusqu’à la fin. J’ai eu malgré moi de l’empathie pour cet antihéros plutôt taiseux, dont je ne savais finalement pas grand-chose. Et c’est peut-être ça la force de ce livre : Donner de la place au jugement personnel du lecteur pour qu’il participe au ressenti général… et avec une bonne intrigue en prime !

Série Noire Gallimard 515 pages

17/20

(#216) Olivier Norek – Code 93

Tout est vrai

Code 93

Court résumé: Victor Coste et son équipe enquêtent sur des affaires plutôt originales. Ils se retrouvent dans le même temps avec un cadavre émasculé qui se réveille lors de son autopsie, un cadavre qui a subit une auto combustion et des lettres anonymes qui les mettent sur la piste d’un mystérieux code 93…

Mon avis: Il y a deux trois ans, patientant dans une file d’attente pour une dédicace, j’ai échangé avec une dame qui m’a fait des éloges d’Olivier Norek. Selon elle, il avait deux qualités : Il était de sa région, la Seine St Denis et produisait des polars très efficaces. Cette fin d’année, lors d’un salon, j’ai donc enfin suivi ses conseils et j’ai fait la connaissance de ce lieutenant de police, écrivain. D’emblée, je lui ai demandé qu’elle était sa particularité. Il m’a répondu que dans ses romans, contrairement aux autres, tout était réellement arrivé !

A la fermeture de « Code 93 », je peux confirmer que c’est bien ce rapport à la réalité qui fait la différence. En effet si cette aventure était simplement sortie de l’imagination de l’auteur, elle aurait moins d’impact. Les événements nous apparaissent beaucoup plus surprenants si l’on sait qu’ils se sont produits dans la vraie vie. Les scènes de crimes sont aussi plus percutantes, le déroulement des faits est plus malsain et les personnages sont plus attirants, s’ils transportent une part de vérité.

J’ai passé un moment sympathique dans les coulisses de la SDPJ du 93. J’ai découvert un univers plein d’humanité, de tensions, de mystères et de surprises. Le scénario est compliqué mais bien ficelé. Les protagonistes ont chacun leur caractère et leur passé, mais forment une équipe intéressante dont j’ai aimé partager le quotidien.
Je mettrai tout de même un petit bémol à tout cet enthousiasme. Je trouve qu’il manque un peu de suspense pour que cette histoire m’emballe complètement. La découverte du coupable se fait de nombreuses pages avant la fin. Ainsi la pression retombe lourdement car le seul objectif reste alors de connaître l’enchaînement des éléments qui ont mené à ces drames. Je trouve que cette forme de finish ralentit un peu le rythme et l’intérêt mais globalement ça n’enlève rien à la tenue correcte de ce livre.

J’ai l’impression que ce polar est un hommage d’un policier à son métier. Je retournerai sûrement dans les bureaux de la Police judiciaire pour mener une nouvelle enquête aux côtés de cette équipe de choc.

Pocket 355 pages

15/20

(#215) Dennis Lehane – Ce monde disparu

Bon roman, petit Lehane

Ce monde disparu

Court résumé: Joe Coughlin s’est retiré des affaires et c’est maintenant Dion Bartolo qui a pris la direction des opérations. Jusqu’au jour où une personne vient lui annoncer qu’un contrat pèse sur sa tête. La retraite tranquille de Joe semble alors terminée…

Mon avis: L’arrivée d’un nouveau Dennis Lehane, ça ne se rate pas, d’autant plus si ce nouvel opus vient finir une trilogie que j’apprécie énormément. J’avais gardé un très bon souvenir de « Ils vivent la nuit » et j’avais hâte de poursuivre les aventures de Joe Coughlin.

Dans le précédent volume, l’histoire nous narrait l’ascension de Joe dans ce milieu dangereux. Les évènements étaient rectilignes avec quelques soubresauts violents. L’intérêt du livre résidait dans l’évolution du personnage principal dans son environnement. Dans ce volume où l’on suit le déclin et la chute de ce monde qui semble révolu, l’intrigue est plus creusée et le suspense plus présent. On est tenu en haleine par le contrat qui menace la tête de notre héros.
L’univers de l’époque est une nouvelle fois parfaitement retranscrit et le milieu mafieux particulièrement réaliste. Comme d’habitude, les protagonistes sont bien travaillés. Ils sont complexes et l’auteur nous fait découvrir leurs différentes facettes. Derrière les attitudes dures et sans complaisance se cache souvent une sensibilité, qui rend ces personnages beaucoup plus humains et attachants. On comprend alors mieux leurs comportements malgré leur violence répétée et souvent dépourvue d’émotion. Et surtout Joe Coughlin s’affirme définitivement comme un personnage charismatique, qu’on adore et qu’on respecte quelle que soit la situation.

Ce genre de livre me fait penser à la série télévisée « Les Soprano ». Elle évolue dans le même milieu mais surtout on passe de tels bons moments avec ces hors-la-loi que l’on n’a pas envie que ça s’arrête. J’ai l’impression qu’on pourrait suivre leurs aventures indéfiniment.

Cependant je ressors avec un peu de déception de ce dernier tome. J’ai trouvé le livre trop court et donc pas assez traité en profondeur. Pour moi, cette histoire aurait pu être une simple partie du scénario global, mais ne se suffit pas à elle-même pour prétendre être à la hauteur des précédents.

Au final, ce roman aurait été un très bon roman de gangsters s’il avait été produit par un écrivain quelconque. Pour Dennis Lehane, c’est un livre moyen et j’en attendais plus. Mais rassurez-vous : Quand je parle de moyen pour lui, c’est déjà gage d’une qualité supérieure par rapport à la plupart des écrits de ce genre.

Rivages 348 pages

16/20

Carole Martinez – La terre qui penche

La plume qui ensorcèle

La terre qui penche

Court résumé: Blanche est morte en 1361, mais sa vieille âme continue d’exister. Elle se souvient que tout à commencer quand son père, qu’elle déteste, l’a contrainte à se marier.

Mon avis: Étant manifestement un homme, avec des goûts masculins, il m’est souvent difficile d’appréhender les histoires centrées sur les femmes. On ne réfléchit pas et on ne ressent pas de la même manière, et j’ai souvent moins d’empathie pour un roman féminin. Comme je l’ai maintes fois répété, je n’apprécie pas non plus les contes fantastiques dans lesquels j’ai du mal en général à me projeter. Alors allez savoir pourquoi, j’adore ce que fait Carole Martinez !

J’avais déjà crié haut et fort tout le bien que je pensais de son « Cœur cousu » et la magie a encore fonctionné sur moi. Peut-être parce que son écriture est particulièrement belle et poétique. Elle utilise des formulations exigeantes et des phrases d’une grande richesse, pour nous transporter dans le temps et dans l’espace. On laisse alors de côté son quotidien et on se laisse porter par la beauté de la langue dans ce monde onirique.

Carole Martinez nous entraîne au XIVème siècle pour nous narrer le destin tout aussi extraordinaire que dramatique de Blanche. Afin d’être plus objective, elle alterne entre deux points de vue. Blanche, petit fille, nous raconte ses aventures de l’époque comme elle les a vécu et des années plus tard sa vieille âme apporte, avec du recul, son souvenir des évènements passés. Cette double vision donne une image d’ensemble de cette vie, qui couplée avec la plume ensorcelante de l’auteure, m’a complétement conquis.
Ce conte transpire tout autant d’amour et d’innocence que de violence et de perversité. Tout l’être humain nous apparaît dans son ensemble, avec ses forces et ses faiblesses. Avec une certaine légèreté et une certaine magie, l’ensemble des émotions passe dans ce texte, qui n’est finalement qu’un portrait de la société de ce siècle.

C’est une légende féminine et féérique, et ça m’a pourtant beaucoup plu. Grâce à un style hors du commun et parfaitement adapté au thème développé, c’est à la fois beau, poétique, humain… c’est Carole Martinez !

Gallimard 368 pages

17/20

Sire Cédric – De fièvre et de sang

Thriller surnaturel

De fièvre et de sang

Court résumé: Eva Svärta, policière albinos, et le commandant Vauvert ont mis fin aux meurtres atroces perpétrés par les frères Salaville. Mais les atrocités continuent et semblent suivre les rites d’une vieille croyance historique.

Mon avis: Lors de divers salons, j’ai souvent croisé le visage gothique aux yeux sombres et à la longue chevelure noire de Sire Cédric. Ses romans m’intriguaient depuis longtemps. J’ai franchi le pas.

A la fermeture du premier épisode de cette trilogie, je me suis fait mon propre avis. Sire Cédric est à classer avec tous les spécialistes de thrillers français tels que Franck Thilliez, Maxime Chattam, Bernard Minier, Karine Giebel , Jean Christophe Grangé, etc… Mais s’ils pratiquent le même art, chacun de ces auteurs apporte sa touche personnelle, sa marque de fabrique. Celle de Sire Cédric, c’est le fantastique. Autour d’une histoire aux multiples rebondissements, il fait régner sur son aventure un vent de sorcellerie. Je ne suis pas en général un adepte de surnaturel mais je dois bien avouer que je n’ai pas lâché ce livre. La petite touche d’irrationnel ajoute finalement du suspense supplémentaire. J’ai été constamment sous pression tant le déroulement des événements est incontrôlable et peut partir dans tous les sens.

L’écriture est facile d’accès et fluide. Les personnages sont un peu caricaturaux mais sont assez marquants pour que l’on s’y attache. L’aventure est réellement prenante et ne souffre d’aucun temps mort. Attention tout de même aux âmes sensibles, les scènes de tortures et de meurtres sont détaillées de manière exhaustive, sans filtre. Ça ne me dérange pas personnellement, me plaît plutôt mais certaines personnes pourraient être choquées par ces descriptions très gores.

Je continuerai donc l’œuvre de Sire Cédric car j’ai pris un plaisir certain dans son univers noir et efficace. Ce fut un bon moment de détente. De plus, l’ayant rencontré récemment, cet auteur est vraiment accueillant et sympathique, tout l’opposé de son livre!

Pocket (583 pages)

16/20

Philippe Jaenada – La petite femelle

Longue plaidoirie

La petite femelle

Court résumé: En 1953 s’ouvre le procès de Pauline Dubuisson, accusée d’avoir assassiné son amant. Mais son jugement va surtout être l’occasion pour la France entière de découvrir le passé tumultueux et contrarié de cette petite femelle.

Mon avis: Depuis « Sulak », Philippe Jaenada s’intéresse à des personnages réels peu connus, mais qui ont marqué l’Histoire à leur manière et qui ont surtout vécu une vie des plus romanesques. Le destin de Pauline Dubuisson avait déjà attiré mon attention lors de la sortie du roman « Je vous écris dans le noir » que lui avait consacré Jean-Luc Seigle en début d’année. Je n’avais pas pu lire celui-ci et l’arrivée de Jaenada sur ce thème m’a convaincu.

Car cet auteur possède une vraie qualité que j’apprécie beaucoup quand il s’agit de biographie : Au contraire des autres, il n’invente rien ! Il travaille en profondeur le sujet, il le décortique, pour ne nous livrer que le factuel et ainsi ne pas déformer la réalité. Même s’il reste toujours une part de subjectivité, ses propos sont étayés par un gros travail d’investigation et de documentation. Ainsi on ne sent pas floué ou dérouté entre le vrai et le peut-être. Et si par moment, il ne connaît pas les évènements, il ne romance pas et précise au lecteur que c’est son ressenti personnel.

Donc une nouvelle fois, l’histoire dramatique de cette fille m’a passionné. Philippe Jaenada a pris le parti de la défense de Pauline. Il a surtout voulu mettre en exergue l’acharnement et la mauvaise foi des juges et des médias, qui ont tout fait pour détruire cette fille. Les digressions au récit que Philippe Jaenada parsème, sont comme toujours, pleines d’humour et apporte un peu de fraîcheur. Certains passages sont d’ailleurs truculents et j’ai beaucoup ri.

Le seul défaut que je peux trouver concerne le cœur de cette œuvre. Au milieu du roman, lors du descriptif du meurtre et du procès, les faits sont ressassés avec un grand nombre de répétitions et de redites. J’ai eu l’impression de tourner en rond comme si tout avait déjà été dit. Je me suis donc un peu ennuyé jusqu’à ce que l’histoire redémarre sur la fin.

En conclusion, j’ai pris beaucoup de plaisir à décortiquer la vie de cette incomprise avec le style signé Jaenada. Ce livre est très long et parfois un peu trop dirigé par l’affect de l’auteur pour son héroïne, mais Pauline Dubuisson méritait bien que quelqu’un s’attarde sur sa tragédie sans préjugés, avec pour une fois de bonnes intentions.

Julliard 703 pages

16/20