Bernard Minier – Glacé

Suspense glacial

Glacé

Court résumé: Dans un coin perdu des Pyrénées, le corps sans tête d’un cheval est retrouvé suspendu à une centrale hydroélectrique. Le commandant Servaz est désigné pour mener cette enquête, qui va se révéler particulièrement étrange.

Mon avis: Lorsque « Glacé » est sorti, il y a quelques années, il m’a tout de suite intéressé. Mais comme c’était un premier roman, je ne me suis pas précipité les yeux fermés. J’ai décidé d’attendre les suivants pour voir si l’engouement pour cet auteur perdurerait dans le temps. Vérification faite, Bernard Minier venait de faire paraître son quatrième roman, c’était le moment !

Pour cette première enquête du commandant Martin Servaz, on est totalement dépaysé par l’ambiance gelée et blanche de la montagne des Pyrénées. Au milieu de ce froid, une succession de cadavres d’animaux et d’êtres humains vont nous entraîner à travers la région dans les lieux les plus insolites et les plus inquiétants. Tout au long de l’histoire, le passé dramatique qui était depuis longtemps enfoui dans les mémoires, va refaire surface. Le mystère, qui oscille entre folie et perversité, va s’épaissir au fil des pages, pour mieux se révéler sur le final plein de surprises.

J’ai été convaincu par ma première approche de Bernard Minier. Son écriture est fluide et facile d’accès. Les péripéties s’enchaînent bien avec l’intervention de personnages multiples. Le commandant et la gendarme qui mènent les investigations sont assez attachants et je me suis inquiété de leur destin. L’ambiance et le suspense sont maintenus jusqu’au bout. Grâce à la mise en place de fausses pistes, j’ai été constamment dans le flou et impatient de poursuivre l’aventure. Le dénouement est un peu tiré par les cheveux, mais il m’a surpris et c’est bien ça l’essentiel.
Premier coup d’essai réussi ! J’ai déjà prévu de m’atteler aux autres épisodes de la série…

Pocket 725 pages

16/20

Laurent Binet – La septième fonction du langage

Loufoquerie intellectuelle

La septieme fonction du langage1

Court résumé: En 1980, Roland Barthes est renversé par une camionnette de blanchisserie alors qu’il sort d’un diner avec François Mitterrand. Un inspecteur est persuadé que c’est un meurtre. Il part donc en quête de vérité, accompagné d’un jeune professeur.

Mon avis: J’avais entendu beaucoup de bien de ce roman dans les médias. Il était présenté comme un polar sur l’intelligentsia française des années 80. Partant d’un fait réel, la mort de Roland Barthes, Laurent Binet imaginait la suite sur fond de complot.
J’ai débuté la lecture avec ces seules informations, donc dans le brouillard complet, ne sachant pas du tout à quoi m’attendre. Et même à la fermeture du livre, je n’y vois pas plus clair, j’aurais du mal à le définir. C’est à la fois, un texte intelligent, érudit, plein de références et à la fois une histoire complètement imaginaire et barrée. Et c’est peut-être ce mélange peu ordinaire qui m’a dérangé. En effet, je n’ai jamais accroché à l’assemblage de réel et de fiction dans la littérature.

Laurent Binet invente une aventure qui n’a de véritable intérêt que parce qu’elle engage des personnalités connues. On pense pouvoir apprendre des choses sur eux et on s’intéresse à leur destin. Mais j’ai très vite compris que le scénario était inventé, et qu’à aucun moment, on ne peut différencier ce qui est véridique de ce qui ne l’est pas dans les personnages et leurs relations. Je me pose donc la question : Pourquoi avoir utilisé des gens célèbres pour en définitive travestir leur caractère et leurs actes…des personnages de fiction auraient suffi!
De plus, les fameux personnages utilisés font partie d’une élite pas forcément connue de tout le monde (je parle pour moi…). Étant né en 1979 et ne côtoyant pas le gradin parisien, j’avais déjà entendu ces noms, mais sans vraiment les connaître. Je n’ai donc ressenti aucune empathie pour eux. Ce qui faisait l’originalité du livre a été pour moi son plus gros défaut.

Ceci étant dit, ce fut tout de même un bon moment de lecture. Le polar est plein de surprises. Les scènes sont toutes plus cocasses et décalées les unes que les autres. Certaines resteront d’ailleurs dans mon esprit comme des moments d’anthologie. L’écriture de Laurent Binet est atypique mais maîtrisée. J’ai finalement appris certaines choses sur la crème de cette époque et sur la sémiologie (science qui m’était complètement inconnue). Je réserverai mon jugement sur Laurent binet après la lecture d’un autre roman…

Grasset 496 pages

14/20

John Grisham – L’ombre de Gray Mountain

Justice rurale

L'ombre de gray Mountain

Court résumé: Samantha Kofer perd son job dans un grand cabinet d’avocats de New York. Pour patienter, elle décide de travailler bénévolement durant un an pour un centre d’aide juridique situé en Virginie, dans une petite ville minière.

Mon avis: Je savais que John Grisham était, de par son passé dans un cabinet d’avocats, un spécialiste des polars juridiques. C’est un genre que je connais peu mais que j’apprécie en général lorsque c’est bien fait. Et autant dire tout de suite, que cet auteur ne faillit pas à sa réputation.

Le monde de la justice est bien représenté, bien expliqué et rendu accessible pour les lecteurs novices dans ce domaine (comme moi !). De plus, l’atmosphère de la vie dans les Appalaches apporte son lot de dépaysement. L’ambiance, le décor et les personnages sont bien approfondis et j’ai aimé découvrir cette communauté de résistants. J’ai été témoin du quotidien de ses défenseurs qui combattent aux côtés des plus démunis. L’objectif de montrer du doigt les grandes firmes du charbon et leurs dérives capitalistes est parfaitement réussi. Sans rentrer dans des explications trop techniques, John Grisham nous apprend beaucoup de choses sur ce business peu connu et pourtant dévastateur pour la nature.
Ce que je peux peut-être reprocher à ce roman, c’est son manque de tension et de suspense. Car malgré l’attachement aux acteurs de cette histoire qui naît progressivement, leurs aventures sont intéressantes mais pas assez entraînantes. J’ai eu comme l’impression d’assister au premier épisode d’une série basée sur la justice rurale, et qu’une fois le contexte posé, les prochains volumes rentreraient dans le vif du sujet.

C’est un roman instructif avec une forte prise de position, parfois un peu mièvre. C’est bien écrit et j’ai passé un agréable moment même si, vous l’avez compris, je suis un peu resté sur ma faim.

JC Lattès 477 pages

15/20

Donato Carrisi – L’écorchée

Bonne suite

L'ecorchée

Court résumé: Un individu disparu et considéré comme « Une victime potentielle d’homicide » réapparaît et tue…Mila Vasquez, qui fait maintenant partie du département des personnes disparues, semble la mieux placée pour s’occuper de cette affaire et de ses suites.

Mon avis: « Le Chuchoteur » m’avait emballé. J’étais donc impatient quand est venu le temps d’attaquer la suite. Donato Carrisi a une nouvelle fois centré son aventure sur Mila Vasquez, son personnage aussi tourmenté qu’attachant. Dans la continuité de la première enquête, elle a évolué dans sa carrière et dans sa vie personnelle même si ces démons la poursuivent toujours. A ses côtés, on retrouve un nouveau protagoniste, Simon Berish, dont le passé est trouble et qui possède lui aussi sa part d’ombre. Ce duo apparaît tellement abîmé par le destin qu’on se retrouve en empathie avec lui et qu’on le suit les yeux fermés dans toutes ses péripéties. Le lien avec le livre précédent apporte plusieurs nuances supplémentaires, c’est pour cela que je conseillerais de le lire avant.

En ce qui est de l’histoire, l’auteur utilise des mêmes ficelles qui ont fait son succès. Chaque scène de crime sert d’indice pour découvrir un autre crime, comme si tout était lié. A la manière d’un magicien, quand on tire sur un foulard, un nouveau foulard apparaît. Et malgré l’utilisation de procédés identiques, ça marche encore! Grâce à cette mécanique bien huilée, j’ai été entraîné en tournant frénétiquement les pages, dans le but de lever le voile sur l’instigateur de cette machination. Cette suite est toujours aussi mystérieuse et angoissante. Le moins que je puisse dire, c’est que Donato Carrisi a encore réussi son effet sur moi. Il a mis en place un scénario particulièrement efficace. L’écriture est fluide et le récit n’a pas de pause. Je n’ai pas lâché le livre jusqu’à la fin, qui ouvre de nouvelles portes.

Souvent les thrillers se ressemblent un peu et me surprennent de moins en moins. Allez savoir pourquoi ceux de cet écrivain fonctionnent aussi bien sur moi ? Je vous dirai peu importe et je serai de ceux qui se presseront d’acheter le troisième.

Le livre de poche 517 pages

17/20

Sorj Chalandon – Profession du père

Troublants souvenirs

profession du pere2

Court résumé: Armand Choulans est un affabulateur. Il s’invente mille et une vie diiférentes. Il élève son fils avec ses croyances, l’entraînant avec lui dans ses délires.

Mon avis: En général, les autobiographies contemporaines me fatiguent. Écrire sur soi et sur son intimité, c’est pour moi, comme croire que sa vie va intéresser les autres. Et dans la plupart des cas, le quotidien et le passé d’un écrivain ne me captive pas. Ça n’a souvent d’intérêt que pour celui qui se raconte. D’ailleurs je ne vais vers ce genre de récit que lorsque l’on me l’offre ou me le propose, jamais de moi-même.
Mais cette fois-ci, j’ai fait une exception. J’ai pris cette décision pour la simple et bonne raison que c’était Sorj Chalandon qui s’y collait. Cet auteur m’avait passionné quand je l’ai découvert avec « Mon traître » et « Retour à Killybegs », son diptyque sur l’IRA. Il m’avait ensuite secoué et bouleversé avec son théâtral et guerrier « Quatrième mur », à tel point que je m’étais promis de lire tous ces écrits à venir. Et autant vous dire tout de suite que j’ai bien fait.

Comme souvent chez lui, l’histoire qu’il partage avec nous, n’est pas totalement autobiographique, car il utilise des prénoms fictifs, des métiers fictifs. Mais on sent bien à la fermeture du livre qu’il a voulu se raconter lui-même à travers une fiction un peu romancée. L’écriture de Sorj Chalandon est toujours aussi précieuse. Sans fioritures et composée de phrases courtes, elle nous plonge dans le cerveau du narrateur pour nous en faire ressentir toutes les émotions. Et comme dans ses romans précédents, les sentiments qui transpirent de ce texte, ne sont jamais excessifs. L’auteur fait une nouvelle fois preuve d’une extrême justesse, comme s’il ne voulait ou ne pouvait pas tricher et c’est ça qui rend son œuvre si captivante.

Le récit est divisé en deux parties qui résument l’état d’esprit du narrateur par rapport au comportement de son père. Une première est consacrée à son enfance qui fait la part belle à l’innocence, à la naïveté mais aussi à la tyrannie. La seconde s’attache à son âge adulte où il est surtout question de détresse et de tristesse. Grâce au talent de Sorj Chalandon, j’ai vécu à ses côtés toutes ces émotions, souvent le cœur serré et je réitère donc ma promesse…vivement le prochain !

Grasset 316 pages

17/20

Maxime Chattam – Que ta volonté soit faite

Le Mal personnifié

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Court résumé: A Carson Mills, on va suivre durant toutes les étapes de sa vie, le destin de Jon Petersen, un pervers psychopathe.

Mon avis: J’affectionne beaucoup Maxime Chattam lorsqu’il s’attaque à un thriller. Contrairement à ces histoires pour adolescents, il sait hausser son niveau d’écriture pour ses romans noirs. C’est donc avec une certaine impatience, que j’ai abordé la lecture de ce livre.

Dès le départ, le ton est donné et autant dire qu’il est sombre, très sombre. Maxime Chattam nous dresse le portrait d’un individu qui réunit à lui seul, tout ce que l’être humain peut avoir de pire. Il est le Mal personnifié. On le suit dans ses excès, dans ses violences, dans ses agressions, dans ses pensées noires et ses manigances. L’auteur nous place dans le rôle de témoin privilégié du destin de cet homme. Il met devant nos yeux tous les éléments nous permettant de nous faire notre idée sur ce personnage vraiment dérangeant.

J’ai feuilleté cette histoire sans réellement comprendre où elle me menait. La redondance de la cruauté du « monstre » aurait même failli me lasser si je n’avais pas appris, avant ma lecture, que les dernières pages du roman avaient un grand intérêt. En effet j’avais lu ici et là que la conclusion était vraiment singulière et donnait à réfléchir. Et effectivement, j’ai été surpris par cet épilogue qui ne laisse pas indifférent. Mais contrairement à beaucoup, elle ne m’a pas enthousiasmé outre mesure. J’ai même trouvé que l’auteur enfonçait des portes ouvertes, en voulant philosopher sur les croyances et les décisions des gens, mais je ne vais pas trop en dire pour vous laisser la surprise !

Dans son ensemble, j’ai apprécié le vingtième ouvrage de Maxime Chattam. Je trouve qu’il reste un maître dans le domaine du lugubre. Sa plume chirurgicale m’a permis d’entrer dans l’esprit de ce psychopathe. Seule la fin, pourtant originale, m’a paru un peu trop moralisatrice…mais je lui pardonne car j’ai pris du bon temps, coincé entre les mains du diable.

Albin Michel 360 pages

15/20