Jérôme Camut / Nathalie Hug – W3 le sourire des pendus

Efficacement cru!

W3

Court résumé: Lara Mendes, chroniqueuse télé, disparaît alors qu’elle enquêtait sur le milieu du sexe et de ses déviances. Devant la faible réactions des autorités, son frère, aidé par des proches et des connaissances, va tout mettre en œuvre pour la retrouver.

Mon avis: J’avais depuis assez longtemps l’envie de lire la trilogie « Les voies de l’ombre » de Jérôme Camut et Nathalie Hug, qui était fortement recommandée par les lecteurs de thrillers. L’occasion m’a été donné par hasard de découvrir ces auteurs par « W3 », une autre série, qui bénéficiait aussi d’une bonne réputation.

Au premier contact, j’ai été refroidi par l’écriture qui m’a paru particulièrement simple. J’ai mis cette impression sur le dos de la qualité littéraire des romans que je venais de finir, et je me suis lancé.

Autant prévenir tout de suite, le thème du livre et le milieu dans lequel il évolue, procurent des scènes de sexe et de violence nombreuses, particulièrement détaillées et crues. Les auteurs n’y vont pas par quatre chemins. Ce n’a pas été une gêne pour moi mais risque d’en choquer quelques-uns ou quelques-unes.
L’histoire suit plusieurs personnages principaux. Le fil conducteur est le même pour tout le monde mais chacun vit son aventure propre. Ce premier tome permet aux auteurs de mettre les protagonistes dans leur contexte afin de mieux nous les présenter. Présentation faite, ils sont ensuite confrontés à des drames qui vont mettre à rude épreuve leur caractère pourtant bien trempé. Ils ne sont pas traités en profondeur mais je me suis tout de même attaché à eux. Je les ai donc suivis dans leurs péripéties avec attention.

Le scénario est bon, les scènes s’enchaînent très bien et le suspense est constamment attisé. J’ai tourné les pages, impatient de découvrir le fin mot de cette histoire malsaine. C’est une véritable réussite sur le plan de la construction, un peu moins dans le style, mais l’essentiel est que j’ai avalé ce pavé sans interruption. Et je me prévois déjà de lire le deuxième tome pour connaitre le destin de cette fine équipe.

Le livre de poche 884 pages

16/20

Virginie Despentes – Vernon Subutex 1

Jungle urbaine

Vernon Subutex

Court résumé: Vernon Subutex est un ancien disquaire et se retrouve expulsé de son appartement. Pour son salut, il a en sa possession l’enregistrement d’une interview d’un ami, star adulée aujourd’hui décédée.

Mon avis: Cela faisait plusieurs années que Virginie Despentes me faisait de l’œil. Son passé sulfureux et son talent controversé m’intriguaient. « Vernon Subutex » a donc été le déclic pour que je franchisse le pas.

Dans ce premier volume, on suit le destin plutôt chaotique de Vernon. De jours en jours, on assiste aux évènements qui vont modifier le cours de sa vie, le tirer vers le bas et enfin l’entraîner dans la déchéance. L’originalité de ce roman est la multitude de points de vue que l’auteure utilise. A chaque chapitre, on passe d’un personnage à un autre. On entre dans l’esprit de chacun. J’ai eu un peu de mal au départ à me faire à cette narration décousue, mais une fois maîtrisée, elle apporte un véritable plus dans la mise en scène de cette jungle urbaine.

Virginie Despentes nous décrit une micro société où toutes les catégories sont présentes. On rencontre successivement des individus pauvres, des riches, des communistes, des racistes, des homosexuels, des transsexuels, des écolos, des drogués, des hackers…On peut ainsi voir le monde d’aujourd’hui avec des yeux différents.

Mais ce qui m’a le plus plu dans ce livre, c’est la plume de l’auteure. Elle écrit bien…même avec un couteau entre les dents. Car à l’intérieur de l’esprit de chaque protagoniste, les pensées les plus inavouables sont retranscrites sans aucun filtre. Cela crée des passages d’une grande violence psychologique et des monologues percutants. Elle ouvre la tête des gens pour en faire ressortir, parfois avec caricature, tous les pensées extrémistes. Elle nous propose ainsi un portrait au vitriol de notre société moderne et de ses débordements.

Ce tome 1 de la trilogie ne développe quasiment pas l’intrigue mais positionne les personnages et le contexte. Avec tous ces éléments en place, la suite apportera, je l’espère, un peu plus de péripéties au récit. Cela dit, j’ai adoré cette analyse au scalpel de l’humanité urbaine de notre temps et attends avec impatience la suite.

Grasset 397 pages

17/20

Sandra Labastie – Les papillons rêvent-ils d’éternité?

Rancœur ou réalité dangereuse?

Les papillons revent-ils d'eternité

Court résumé: Une jeune fille de 13 ans fait partie d’une famille gouvernée par la bible, et va trouver des bribes de réponses à ses questions en consultant un dictionnaire.

Mon avis: Sandra Labastie prend la voix d’une petite fille pour nous narrer cette histoire. Elle nous décrit le quotidien d’une famille dans laquelle la religion a une place primordiale. A travers ses yeux d’enfants, on comprend que le destin de ces gens est entièrement dépendant de leurs croyances. D’abord avec naïveté, puis petit à petit avec discernement, elle va mettre le doigt sur les incohérences de ce mode de vie et en subir les dommages collatéraux.

J’ai passé un bon moment avec ce très court roman. En connaissant le sujet abordé et le passé de l’auteure (issue d’une éducation religieuse extrémiste), je m’attendais à apprendre certaines choses, certains secrets. Mais au sortir de ce texte, je n’ai retenu que des banalités comme une sorte de condensé de tous les débordements de la religion.

Même si ce récit semble valider toutes les idées reçues sur ce thème, il m’a donné l’impression d’être un pamphlet, un brin caricatural. J’ai senti que Sandra Labastie voulait tourner la page en remplissant sa déposition et ainsi se laver les mains de sa participation contrainte à cette secte. Mais si tout ce qu’elle raconte est réellement objectif et sans aucune rancœur, il faut alors surveiller ces énergumènes parce qu’ils sont très dangereux !

Roman court, peut-être trop, qui m’a donner une grande envie de profiter de ma liberté de penser!

Le livre de poche 185 pages

14/20

Ce roman fait partie du prix des lecteurs Livre de poche 2015

Sahar Delijani – Les enfants du Jacaranda

Triste humanité

Les enfants du jacaranda

Court résumé: 1983, Téhéran: Evin donne naissance à sa fille en prison, Omid assiste à l’arrestation de ses parents…Vingt ans plus tard, ces enfants de prisonniers vivent leurs propres destins.

Mon avis: Sahar Delijani nous fait revivre une partie sombre de l’histoire récente de l’Iran. A travers trois générations d’hommes et de femmes de ce pays, elle met au grand jour les destins tragiques réservés aux opposants du pouvoir. Sous le joug de l’extrémisme politique et religieux, ces personnes éprises de liberté ont été confronté, à différentes époques, à la rigidité et à la cruauté des « redresseurs de torts ».

L’auteur met en place une toile de fond des plus dramatiques, devant laquelle se révèlent des êtres d’une grande humanité. Les émotions sont exacerbées par le danger perpétuel, les liens se créent dans la douleur. La famille, l’amitié et l’amour deviennent les seules armes permettant sinon de combattre mais au moins de vivre mieux dans cet univers de cauchemar.
J’ai compris qu’avec ce roman, Sahar Delijani voulait non seulement témoigner et dénoncer les méfaits dont elle a été victime, mais aussi démontrer le rôle prépondérant que joue le passé sur le futur. Les enfants subissent les résonances de leurs parents et héritent de leur douleur. Ainsi l’Histoire à venir est modifiée par le testament sentimental laissé par les anciens.

C’est un roman bouleversant autant par la souffrance que par l’indignation qu’elle procure. J’ai été emporté par ces sentiments qui ne sont finalement que les fondamentaux de la révolution. « Les enfants du Jacarandas » sont de terribles pages de l’Histoire mais de belles pages d’humanité. Un livre libérateur pour l’auteur, nécessaire pour le lecteur, mais profondément triste. J’ai donc été soulagé de sortir de cet enfer et de revenir à mon quotidien.

Le livre de poche 356 pages

16/20

Ce roman fait partie du prix des lecteurs Livre de poche 2015

Duong Thu Huong – Les collines d’eucalyptus

Drames humains au Vietnam

Les collines d'eucalyptus

Court résumé: Thanh est homosexuel. Il va fuir sa famille pour suivre un mauvais garçon jusqu’à Saïgon.

Mon avis: Le neveu de Duong Thu Huong a disparu sans raison. Dès lors elle s’est appliquée, dans deux romans dont celui-ci, à établir des hypothèses pour expliquer son absence. La sexualité du jeune homme semble être le point de départ des deux histoires. Dans « Les collines d’Eucalyptus », Thanh va partir de lui-même pour échapper à sa famille et ses préjugés. Tout le roman nous narre les pérégrinations de ce jeune homme tourmenté par sa nature et qui ne va pas toujours faire les bons choix.

Lorsque j’ai découvert ce gros livre de presque 900 pages, je ne vous cache pas que j’ai eu un peu peur. Mais l’auteur(e) m’a très vite rassuré. Avec une belle écriture empreinte d’une certaine poésie, elle a rapidement étalé ses talents de conteuse. Utilisant le jeu du passé et du présent, j’ai découvert à travers le parcours de Thanh, une quantité d’individus tous plus attachants les uns que les autres. Chaque contact avec un nouveau protagoniste est un alibi pour nous narrer le drame qui le caractérise. J’ai donc assisté à un florilège d’histoires personnelles qui forment dans son ensemble un tableau du Vietnam et de sa culture.

J’ai vraiment pris énormément de plaisir durant ce pavé, car Duong Thu Huong sait raconter des histoires et sait créer des personnages approfondis. Je pourrais juste lui reprocher son angélisme sur le dénouement, mais ça représente probablement une forme d’espoir pour elle. Elle m’a transporté dans son pays, elle m’a fait découvrir des tragédies, elle a touché mon humanité, elle m’a ému et elle m’a révolté. Cela méritait bien 900 pages.

Le livre de poche 872 pages

17/20

Ce roman fait partie du prix des lecteurs Livre de poche 2015

Gwendoline Hamon – Les dieux sont vaches

Faire le deuil

Les dieux sont vaches

Court résumé: Le monde de Zélie s’écroule le jour où elle apprend que sa mère n’a plus que deux mois à vivre.

Mon avis: Lorsque survient la maladie de sa mère, Gwendoline Hamon est choquée et dépassée par la brutalité de la nouvelle. Comme au crépuscule d’une vie, elle revoit défiler tous les évènements marquants de son existence. Alors elle nous raconte l’histoire de cette Caroline, personne hors normes, qui fut une mère vraiment différente et parfois difficile à vivre. Souvent fantasque et controlée par des croyances occultes, cette maman a souvent eu un contact difficile avec sa famille proche, et particulièrement avec sa fille. Mais les mystères de la famille sont immuables et il ressort de ce récit une affection et un amour à toutes épreuves.

Gwendoline Hamon profite aussi de cette rétrospective pour se raconter elle-même en tant que fille, en tant que femme et en tant que mère. Tous les moments passés aux côtés de sa maternelle vont lui permettre de faire un point sur son rapport à la famille.
J’ai apprécié cette lecture. L’écriture est simple et parfois drôle. Il y a dans ce texte quelque chose de nostalgique avec un brin de regrets. J’ai suivi avec tendresse les dernières pages de cette vie.

Cependant, comme dans tous les romans autobiographiques, l’intérêt principal ne concerne que celui ou celle qui l’écrit. C’est son histoire, ses souvenirs et Gwendoline Hamon avait surement besoin de les mettre noir sur blanc, comme un exutoire. C’était nécessaire pour elle, peut-être un peu moins pour nous.

Le livre de poche 230 pages

14/20

Ce roman fait partie du prix des lecteurs Livre de poche 2015