Sorj Chalandon – Le quatrième mur

Magnifique!

Ma lecture actuelle...

Court résumé: Samuel avait un rêve fou: Monter la pièce « Antigone » de Jean Anouilh dans Beyrouth en guerre. Et cela en prenant comme acteurs, des fils et des filles de chaque camp.

Mon avis: Sorj Chalandon reprend comme à son habitude le thème du mentor et du parcours initiatique. Le narrateur a croisé le chemin de Samuel et depuis ce jour, il est devenu pour lui un genre de maître à penser. Admiratif devant son passé révolté, il va lier son destin aux convictions de cet homme. Toutes ses actions et ses décisions vont alors passer par la validation de Samuel.

Sous prétexte de théâtre, on est transporté au Liban, melting-pot de toutes les cultures. On découvre dans des paysages de désolation, des personnages de religions différentes qui vont s’illustrer par une bonté et une générosité à toutes épreuves. Une fois sur place, la puissance du roman nous explose au visage lorsque l’insouciance candide des occidentaux rencontre la déchirante réalité de ce pays. Sorj Chalandon nous emporte au cœur d’une guerre civile au milieu des balles et des bombes. La dureté et la soudaineté des assauts nous prennent à la gorge et on passe certaines scènes comme asphyxié. On reste en apnée, en manque d’air en espérant que ça passe. Sorj Chalandon est au sommet de son art avec une plume magnifique.

Témoin privilégié des conflits de par son ancien métier, il a su retranscrire le réalisme de ces guerres et je suis ressorti groggy de cette expérience qui navigue entre poésie et carnage avec dextérité.

Le livre de poche 327 pages

18/20

Ce livre fait partie de la sélection Prix des lecteurs littérature du Livre de Poche

Gilles Leroy – Le monde selon Billy Boy

Ses origines

Le monde selon Billy Boy

Fin des années 50, Eliane a vingt ans quand elle tombe enceinte. Seulement le futur père, André, lui n’a que dix sept ans et ses parents s’opposent au mariage.

L’œuvre de Gilles Leroy oscille entre des biographies de femmes illustres et des romans aux inspirations autobiographiques. Avec « Le monde selon Billy Boy », il revient sur un thème qu’il a déjà abordé et qui lui tient à cœur : Il nous fait entrer dans l’intimité de sa mère. Il nous raconte le changement de trajectoire du destin de cette femme, le jour où elle a rencontré le père de son enfant. Pour ce faire, il associe des faits réels à des éléments romancés pour fluidifier le récit et pour s’approcher au plus près de la réalité vécue par sa famille. Grâce à la qualité de l’écriture de Gilles Leroy, on devient alors partie intégrante du corps d’Eliane et on ressent ses hésitations, ses doutes, ses blessures mais aussi ses joies. Les sentiments et les sensations corporelles de cette fille, abandonnée de tous, sont parfaitement retranscrits.
C’est un texte plein d’amour et de tendresse mais qui pâtit des défauts inhérents aux autobiographies. Il agit comme un exutoire pour l’auteur. C’est une manière de s’interroger lui-même sur ses origines. Il semble vouloir se rassurer sur le fait qu’être un enfant non désiré ne fait pas forcément de lui un être mal aimé. Et que malgré les obstacles, l’amour d’une mère est plus fort que tout. En dépit d’un très beau style d’écriture, cette histoire somme toute ordinaire me parait donc plus indispensable à Gilles Leroy qu’à ses lecteurs.

Mercure de France 250 pages

13/20

Pierre Lemaître – Alex

Genres variés

Alex

Court résumé: Alex, jeune femme séduisante, se retrouve enfermée dans une cage, après avoir été enlevée en pleine rue. Le commissaire Verhoeven se retrouve responsable de l’enquête. Il va alors découvrir des éléments qui vont remettre en cause toutes les hypothèses.

Mon avis: Le roman peut être découpé en trois parties. Chaque partie tient d’un genre différent. Ça débute comme un thriller d’enfermement, ça dérive sur une poursuite policière et ça s’achève sur un polar psychologique. On passe donc par différentes émotions tout au long de cette histoire.

On est tout d’abord oppressé par des scènes de séquestration, puis angoissé par une chasse à l’homme effrénée et finalement déstabilisé lors d’un interrogatoire chargé de manipulations mentales. Chaque section est parfaitement réussie mais finit sur une déception. En effet, les sentiments déclenchés sont à chaque fois déçus par le changement de genre qui nous laisse dans une forme de frustration. On est embarqué dans l’énigme en cours et d’un coup tout est remis à zéro.

Mais Pierre Lemaître maîtrise tellement son sujet que le ressenti global reste très positif. Je suis passé par de multiples états de stress et c’est bien ça l’essentiel ! Moins puissant que « Robe de marié », mais tout même efficace !

Le Livre de Poche 397 pages

15/20

Dennis Lehane – Sacré

Un peu de lumière…

Ma lecture actuelle

Court résumé: Le milliardaire Trevor Stone, atteint d’un cancer, veuf depuis peu, engage Patrick Kenzie et Angela Gennaro pour retrouver sa fille qui a disparu.

Mon avis: « Sacré » est bien la suite des aventures de Kenzie et Gennaro mais il sort un peu des sentiers battus. En effet, ce titre répand une ambiance beaucoup plus fraîche et plus légère que les épisodes précédents. Contrairement à ses habitudes, Dennis Lehane délaisse l’esprit roman noir pour nous proposer un polar plus classique. Boston apparaît alors moins sombre, moins malsain, mais que les aficionados se rassurent, les personnages sont toujours aussi barrés et dangereux et la violence reste toujours la pratique préférée des différents protagonistes.

Les personnages, qui s’approfondissent au fil des opus, sont une nouvelle fois un élément déterminant dans la réussite de cette série policière. Ils sont souvent torturés et mélancoliques mais savent aussi être tendres et incroyablement humains. On s’attache donc de plus en plus à Angela, Patrick, Bubba… Les nombreux échanges verbaux pleins de réparties de nos enquêteurs préférés apporte une bonne touche d’humour. On se délecte alors avec sourire de chaque dialogue et de chaque scène.

Avec une grande maîtrise, Dennis Lehane semble une nouvelle fois parfaitement à son aise dans cette version plus soft et prouve s’il en était encore besoin, qu’il sait vraiment tout faire. Je me félicite d’avoir décidé de lire l’intégrale de l’œuvre de ce grand auteur et je me réjouis à l’idée qu’il m’en reste beaucoup d’autres à découvrir.

Rivages Noir (poche) 411 pages

16/20

Ken Follett – Les piliers de la terre

Pavé romanesque

Les piliers de la terre

Angleterre 12ème siècle, tout  le monde vit au rythme de la construction de la cathédrale du prieur de Kingsbridge.

Ken Follett nous entraîne au Moyen Age où le monde était dépendant des conflits qui découlaient des ambitions personnelles. Ces ambitions qui pouvaient tout aussi bien être des désirs de puissance et de richesse que simplement un besoin de travail ou de nourriture. Mais pour arriver à leurs fins, les protagonistes mettaient tout en œuvre engendrant à coup sûr des dommages collatéraux. L’égoïsme de chaque individu créant une succession d’événements qui se soldaient souvent par des drames.
Fort d’une reconstitution très réaliste, l’auteur nous fait découvrir un univers dans lequel se croise une pléiade de personnages qui représentent chacun une classe sociale de l’époque. Alternant les points de vue, on suit des membres du clergé, des seigneurs puissants, des chevaliers sanguinaires, des pauvres travailleurs, une princesse déchue ou un roi en dilettante… Ken Follett aborde ainsi tous les thèmes liés à cette période de l’Histoire entre pouvoir religieux, décisions politiques et influence du peuple. Les relations plutôt tendues entre les différents clans et la multitude de péripéties m’ont permis de rester absorbé par l’histoire jusqu’au bout. Les personnages sont constamment confrontés à l’injustice humaine et je me suis même pris d’affection pour certains personnages très attachants.
Peut-être un peu trop manichéen sur l’ensemble et répétitif sur la fin, « Les piliers de la terre » n’en reste pas moins une œuvre considérable tant dans le travail qu’elle a dû demander que dans la réalité historique à laquelle elle nous fait participer. J’ai passé un long et grand moment ce pavé entre les mains et garderais un bon souvenir de cette fresque romanesque imbibée d’Histoire. Je conseille donc à tout le monde de se lancer dans ce Ken Follett, d’une grande puissance littéraire.

Le livre de poche 1050 pages

17/20

David Foenkinos – Charlotte

Mise en lumière d’une artiste oubliée

Lecture en cours

Court résumé: Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre injustement oubliée, de sa jeunesse en Allemagne jusqu’à sa mort tragique à l’âge de vingt six ans.

Mon avis: Pour nous narrer l’existence de cette femme au destin peu commun, David Foenkinos a choisi un style particulier proche du poème, fait de courtes phrases, avec un retour à la ligne à la fin de chacune d’elle. Ce mode original qui demande un temps d’adaptation, rend tout de même la lecture fluide même si le rythme en ressort légèrement saccadé par moment.

Il a aussi décidé de synthétiser cette courte mais foisonnante vie, dans un roman très court lui aussi. La brièveté de l’ouvrage a pour conséquence de passer trop rapidement sur les faits en omettant d’approfondir les sentiments associés. De plus, David Foenkinos écrivait jusque-là des textes plutôt légers et cela semble le desservir lorsqu’il s’agit de traiter d’un sujet beaucoup plus grave. En effet, les évènements présentés transpirent la dureté ambiante de l’époque, mais le déficit de profondeur m’a empêché d’être absorbé par le drame. J’ai suivi toute la vie de Charlotte, j’ai lu ses douleurs mais je ne les ai pas ressenties. Pour sa défense, l’auteur en était à son coup d’essai. Et comme dirait un professeur « C’est encourageant ! » car il a eu le courage de sortir de ses frivolités habituelles, au risque de déplaire à son lectorat, pour se lancer sur ce thème véritablement dérangeant.

Ce changement de cap me donne l’espoir qu’il persévérera dans ce sens parce que j’ai malgré tout beaucoup apprécié cette courte et ambitieuse plongée dans le passé tragique de Charlotte Salomon.

Gallimard 224 pages

15/20