Duong Thu Huong – Les collines d’eucalyptus

Drames humains au Vietnam

Les collines d'eucalyptus

Court résumé: Thanh est homosexuel. Il va fuir sa famille pour suivre un mauvais garçon jusqu’à Saïgon.

Mon avis: Le neveu de Duong Thu Huong a disparu sans raison. Dès lors elle s’est appliquée, dans deux romans dont celui-ci, à établir des hypothèses pour expliquer son absence. La sexualité du jeune homme semble être le point de départ des deux histoires. Dans « Les collines d’Eucalyptus », Thanh va partir de lui-même pour échapper à sa famille et ses préjugés. Tout le roman nous narre les pérégrinations de ce jeune homme tourmenté par sa nature et qui ne va pas toujours faire les bons choix.

Lorsque j’ai découvert ce gros livre de presque 900 pages, je ne vous cache pas que j’ai eu un peu peur. Mais l’auteur(e) m’a très vite rassuré. Avec une belle écriture empreinte d’une certaine poésie, elle a rapidement étalé ses talents de conteuse. Utilisant le jeu du passé et du présent, j’ai découvert à travers le parcours de Thanh, une quantité d’individus tous plus attachants les uns que les autres. Chaque contact avec un nouveau protagoniste est un alibi pour nous narrer le drame qui le caractérise. J’ai donc assisté à un florilège d’histoires personnelles qui forment dans son ensemble un tableau du Vietnam et de sa culture.

J’ai vraiment pris énormément de plaisir durant ce pavé, car Duong Thu Huong sait raconter des histoires et sait créer des personnages approfondis. Je pourrais juste lui reprocher son angélisme sur le dénouement, mais ça représente probablement une forme d’espoir pour elle. Elle m’a transporté dans son pays, elle m’a fait découvrir des tragédies, elle a touché mon humanité, elle m’a ému et elle m’a révolté. Cela méritait bien 900 pages.

Le livre de poche 872 pages

17/20

Ce roman fait partie du prix des lecteurs Livre de poche 2015

Gwendoline Hamon – Les dieux sont vaches

Faire le deuil

Les dieux sont vaches

Court résumé: Le monde de Zélie s’écroule le jour où elle apprend que sa mère n’a plus que deux mois à vivre.

Mon avis: Lorsque survient la maladie de sa mère, Gwendoline Hamon est choquée et dépassée par la brutalité de la nouvelle. Comme au crépuscule d’une vie, elle revoit défiler tous les évènements marquants de son existence. Alors elle nous raconte l’histoire de cette Caroline, personne hors normes, qui fut une mère vraiment différente et parfois difficile à vivre. Souvent fantasque et controlée par des croyances occultes, cette maman a souvent eu un contact difficile avec sa famille proche, et particulièrement avec sa fille. Mais les mystères de la famille sont immuables et il ressort de ce récit une affection et un amour à toutes épreuves.

Gwendoline Hamon profite aussi de cette rétrospective pour se raconter elle-même en tant que fille, en tant que femme et en tant que mère. Tous les moments passés aux côtés de sa maternelle vont lui permettre de faire un point sur son rapport à la famille.
J’ai apprécié cette lecture. L’écriture est simple et parfois drôle. Il y a dans ce texte quelque chose de nostalgique avec un brin de regrets. J’ai suivi avec tendresse les dernières pages de cette vie.

Cependant, comme dans tous les romans autobiographiques, l’intérêt principal ne concerne que celui ou celle qui l’écrit. C’est son histoire, ses souvenirs et Gwendoline Hamon avait surement besoin de les mettre noir sur blanc, comme un exutoire. C’était nécessaire pour elle, peut-être un peu moins pour nous.

Le livre de poche 230 pages

14/20

Ce roman fait partie du prix des lecteurs Livre de poche 2015

Guillaume Jan – Traîne Savane

Voyages voyages

Ma lecture actuelle

Court résumé: 150 ans après David Livingstone, Guillaume Jan se lance dans un périple dans la jungle du Congo.

Mon avis: D’ordinaire, je ne ressors jamais enthousiasmé d’un roman de voyage. L’idée première de découvrir de nouvelles contrées me plaît. Seulement la forme avec laquelle elle est présentée me pose en général problème. De longues pages de description mêlées à des péripéties souvent banales, font souvent de ces histoires des expériences soporifiques qui ne régalent que celui qui l’a vécue.

Guillaume Jan évite ce piège en partageant son récit son expérience personnelle à celle d’un grand découvreur : David Livingston. Successivement, il raconte les deux aventures qui sont distantes d’un siècle et demi. J’ai donc pu découvrir le paysage, les coutumes mais aussi l’histoire du Congo. J’ai pu comprendre les relations plutôt malsaines de l’Europe avec ce pays. Mais j’ai surtout été transporté dans un milieu sauvage, hostile à l’homme où les mentalités et le niveau de vie sont en décalage complet avec ce que l’on peut connaitre dans nos pays civilisés. Grâce à ce roman, j’ai pu observer ce pays lointain avec des yeux d’européens et me rendre compte à la fois de tous les ravages commis sur cette terre mais aussi de toutes les merveilles dont elle regorge.

Avec sa partie historique débordante d’informations instructives et sa partie aventureuse presque improvisée et pleine d’humour, Guillaume Jan m’a séduit. Je n’ai pas lâché ce livre dépaysant jusqu’à la dernière page. J’ai senti que l’auteur était comme son prédécesseur, amoureux de l’Afrique et il a su me communiquer à travers sa plume, tout son émerveillement et sa passion.

Je ne suis toujours pas fan de ce genre littéraire mais « Traîne Savane » est un des meilleurs bouquins de voyage que j’ai pu lire.

Le livre de poche 325 pages

15/20

Ce roman fait partie du prix des lecteurs Livre de poche 2015

Hoai Huong Nguyen – L’ombre douce

Romantisme simple

 L'ombre douce

Court résumé: 1954, Mai soigne les blessés dans un hôpital militaire de Hanoi. Elle rencontre alors un jeune soldat breton.

Mon avis: Hoai Huong Nguyen veut nous dépeindre les sentiments humains mis à l’épreuve de la guerre. Pour ce faire, elle nous propose un très court roman qui remplit parfaitement son contrat. Il nous parle des moments tragiques et des violences du conflit avec une grande poésie. Enveloppé dans une belle langue romantique, le récit n’en reste pas moins percutant. Malgré le drame omniprésent, l’amour paraît plus fort que tout. A moins que le destin soit déjà écrit et que l’issue soit inévitable…

J’ai beaucoup aimé ce petit roman qui possède une véritable âme et m’a fait vivre le temps de quelques heures, la tragédie humaine dans toutes ses contradictions. On y découvre dans le même temps l’amour irrationnel et la cruauté sans bornes. Je suis passé tour à tour par toutes les émotions.

Hoai Huong Nguyen réalise un joli premier coup d’essai qui en appelle d’autres. J’espère qu’elle pensera à étoffer en nombre de pages ces futures œuvres car la beauté de son écriture mériterait une histoire plus approfondie. Ça lui permettrait de marquer encore plus les esprits.

Le livre de poche 183 pages

16/20

Ce roman fait partie du prix des lecteurs Livre de poche 2015

Jan-Philipp Sendker – L’art d’écouter les battements du coeur

L’art de me surprendre

L'art d'écouter les battements

Court résumé: Julia, avocate de New York, va se rendre en Birmanie pour chercher des informations sur son père disparu. Elle va alors découvrir une histoire exceptionnelle.

Mon avis: Encore un roman que je n’aurais pas choisi par moi-même ! Le titre et la couverture « Feel good » ne m’aurait pas du tout attiré voire rebuté. Débordant de préjugés, je suis donc entré avec une certaine retenue dans la lecture. Au premier abord, le style m’a beaucoup plu, mais le récit prenait bien l’orientation mystique que j’imaginais. Les protagonistes qui inspirent la compassion, un environnement empreint de spiritualité, tout semblait réuni pour valider mes craintes.

Puis, au fil des pages, un peu comme un enchantement, j’ai été emporté par l’histoire d’amour de ces deux êtres hors du commun. Je suis tombé en admiration devant ces personnages atypiques qui sont débordants de bonté, de pudeur, sans une once de malhonnêteté. Dans un monde où la différence est montrée du doigt, leurs handicaps physiques bouleversent les situations et transcendent les sentiments. De par leur fragilité apparente, les émotions semblent alors décuplées et m’ont littéralement pris au cœur.

Sans faire de misérabilisme, Jan-Philipp Sendker nous expose à un grand moment de romantisme contrarié par le difficile tourbillon de la vie. Quand le destin s’en mêle, ça rend les histoires plus tragiques et l’amour encore plus puissant. Je n’apprécie généralement les romances que lorsqu’elles sont dures et poignantes et j’ai été servi.

Participer à un jury de lecteurs m’aura permis de faire des découvertes dont « L’art d’écouter les battements… » est une des plus touchantes.

Le livre de poche 332 pages

17/20

Ce roman fait partie du prix des lecteurs Livre de poche 2015

Bo Baker – Une saison à Longbourn

En parallèle

Ma lecture en cours

Court résumé: La famille Bennet vit sur le domaine de Longbourn. Leurs cinq filles recherchent des hommes à marier. Mais à l’étage inférieur, les domestiques ont eux aussi leurs propres vies et leurs propres destins.

Mon avis: Ce roman se déroule en parallèle de l’histoire de « Orgueil et préjugés » de Jane Austen. Depuis longtemps, je souhaite lire ce grand classique mais je n’ai jamais pris le temps. Pour le compte du prix des lecteurs du Livre de poche, je me suis retrouvé à lire « Une saison à Longbourn » sans avoir lu l’original. Mon avis est donc celui d’un non initié.

Ne connaissant ni les personnages, ni le déroulé des événements, j’ai parfois été un peu perdu avec tous les noms et j’ai sûrement manqué beaucoup d’allusions. Mais globalement je n’ai pas été handicapé dans ma lecture par ces lacunes, tant l’aventure principale apparaît juste en pointillés.
L’écriture de Bo Baker est d’un très bon niveau et l’atmosphère des domestiques de cette époque a parfaitement été retranscrite. J’ai suivi avec tendresse le destin de ces employés de maison. De l’autre côté des portes de cette demeure bourgeoise, j’ai découvert une micro société qui dégage les mêmes sentiments et les mêmes passions. Les conditions de vie de ces hommes et de ces femmes sont juste beaucoup plus rudes, ce qui rend leurs émotions d’une sincérité souvent touchante. Dans la misère, il n’y a pas la place aux faux semblants.

Je ne suis pas un grand adepte des romances, mais celle-ci m’a plu car elle est teintée de pauvreté et d’innocence. Les personnages sont attachants et surtout d’une honnêteté plutôt rare.

En débutant cette version dérivée, j’avais le crainte d’en apprendre trop sur la version principale. Bo Baker a réussi à me raconter une histoire qui se situe dans la maison de « Orgueil et préjugés » sans me dévoiler de véritables éléments de ce livre. Il me reste de cette romance un bon moment dans les fourneaux et les écuries, où l’amour a aussi sa place.

Le livre de poche 452 pages

15/20

Ce roman fait partie du prix des lecteurs Livre de poche 2015