Franck Thilliez – Gataca

Origine de la violence

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Court résumé: Une étudiante en biologie est retrouvée morte dans la cage d’un singe. Le commissaire Sharko va enquêter. Lucie Henebelle, partie de la police, va se retrouver elle aussi entraînée par ce mystère autour des origines de la violence.

Mon avis: Au fil de mes lectures, j’ai l’impression que Franck Thilliez utilise la même formule pour ses épisodes qui concernent le duo Lucie Henebelle et Franck Sharko. Il nous propose plusieurs crimes qui n’ont en apparence aucun lien entre eux. L’inspecteur et le commissaire enquêtent chacun de leur côté. Chaque scène apporte des indices pour envoyer l’investigation sur la scène suivante, jusqu’au dénouement final. Et c’est à la toute fin que l’auteur nous assène un coup par surprise, grâce à une information déstabilisante sur les personnages principaux, afin de nous laisser en suspens et nous encourager à lire la suite.

Cette mise en scène récurrente mise à part, l’objectif de nous tenir constamment en haleine, est une nouvelle fois respecté dans « Gataca ». Grâce au développement de connaissances, relevant d’un véritable travail en amont, Franck Thilliez nous fait découvrir des théories génétiques qui m’ont autant fasciné qu’inquiété. Comme à son habitude, il a su parfaitement allier ces faits réels et les évènements romanesques autour des protagonistes toujours aussi attachants et torturés. Cette mine d’informations passionnante fait de cet opus un livre enrichissant et dont certains points scientifiques laisseront des traces dans ma mémoire.

Je continuerai bien sûr les aventures de Lucie et Franck, notre couple tourmenté, mais dorénavant je rechercherai de l’originalité dans les livres one-shot de Mr Thilliez, qui sont souvent plus percutants.

Pocket 603 pages

16/20

Giacometti et Ravenne – Apocalypse

Mystère occulte

Apocalypse

Court résumé: Antoine Marcas, commissaire et franc-maçon, prend en flagrant délit un receleur de d’art en possession d’un dessin original de Nicolas Poussin. Suivant cette piste, il va découvrir des secrets ancestraux et se retrouver engager dans une dangereuse aventure.

Mon avis: Je ne suis pas un adepte des polars ésotériques (je n’ai lu jusqu’à présent qu’un Glenn Cooper qui m’a d’ailleurs beaucoup plu), mais je voulais depuis longtemps m’essayer à un livre de Giacometti et Ravenne. Et je ressors de cette première expérience avec un certain plaisir pour plusieurs raisons.

Les auteurs ont réussi à créer un héros charismatique avec des facettes intéressantes. Il surnage au milieu de personnages très sombres et déterminés par leurs missions divines. Tout ce petit monde entre en interaction sur fonds de croyances, fantasmes religieux et théories de complots. Et le résultat fonctionne à merveille.
Le côté franc-maçon de l’histoire m’a permis de développer mes connaissances dans le domaine et d’ajouter une touche de mystère dans l’enquête du commissaire. Particulièrement bien informés et bien documentés, Giacometti et Ravenne nous transportent d’une époque à une autre dans le labyrinthe d’un secret enfui à travers le temps.

J’ai passé un bon moment avec cette aventure occulte et je me laisserai donc tenter par une autre enquête d’Antoine Marcas, quand une envie d’ésotérisme réapparaîtra.

Pocket (poche) 466 pages

16/20

Philippe Jaenada – Sulak

Gentleman voyou

Ma lecture actuelle

Court résumé: Dans les années 80, Bruno Sulak fut l’homme le plus recherché de France. Spécialiste des braquages audacieux, il fit tourner les têtes des autorités pendant une longue période.

Mon avis: Philippe Jaenada se propose de nous présenter une biographie de Bruno Sulak le braqueur. Remontant à ses origines polonaises, il nous fait découvrir ce personnage avec un grand P. Car oui Sulak (peu de gens s’en souviennent) a été un personnage à part entière dans le paysage des malfrats des années 80. Sous la plume de l’auteur, il devient même une sorte de gentleman braqueur dont on se fait une belle idée. Il est ambitieux, galant, excentrique et insolant. Malgré ses multiples méfaits, il nous apparaît comme un homme poli plein de principes et presque sympathique. On suit donc avec délectation sa vie mouvementée, ses aventures à répétition et sa fin mystérieuse.

L’écriture de Jaenada est agréable et j’ai particulièrement apprécié l’humour avec laquelle il intervient dans l’histoire pour placer des petites parenthèses personnelles. Elles sont peu fréquentes et n’handicapent pas le récit mais permettent des petits clins d’œil et des sourires bien venus.

En conclusion, j’ai beaucoup aimé le style pétillant de Philippe Jaenada et l’histoire improbable de ce gangster haut en couleurs. Le roman est parfois répétitif dans la description des nombreux délits perpétrés, mais notre Bruno Sulak national méritait bien ça, pour rétablir une vérité sur ce destin hors du commun.

Point (poche) 504 pages

16/20

Eric Reinhardt – L’amour et les forêts

Poignant

Ma lecture actuelle

Court résumé: L’auteur décide un jour de rencontrer une de ses lectrices. Lors de leur rencontre, elle va se livrer et faire des confidences sur ses relations familiales et amoureuses. L’auteur va alors découvrir le destin tragique de cette femme.

Mon avis: Le moins que je puisse dire c’est que l’écriture de Eric Reinhardt m’a énormément plu. Il y a comme un soupçon de poésie et de beauté dans ses lignes. Le roman, qui raconte les différents déboires de la vie amoureuse d’une femme, aurait dû me laisser insensible. Seulement la langue utilisée par l’auteur et sa manière de me faire entrer au sein du drame m’ont littéralement atteint en plein cœur. J’ai ressenti chaque scène, chaque moment et participé avec une grande émotion aux bonheurs et malheurs de Bénédicte.

En changeant de narrateurs, Eric Reinhardt nous apporte des angles de vue différents sur les aventures sentimentales de l’héroïne et nous brosse ainsi un tableau complet sur l’existence d’une femme dont le harcèlement est le quotidien. L’impuissance de l’auteur à intervenir dans le destin tragique qu’il nous raconte, ajoute à la dramaturgie. A travers ses phrases, on observe sans pouvoir agir et c’est réellement déroutant.

Même si parfois l’histoire est un peu manichéenne, la puissance du texte m’a transporté et je tenterai sûrement une autre œuvre de Monsieur Reinhardt avec ma gourmandise des beaux mots.

Gallimard 368 pages

17/20

Emmanuel Carrère – Le Royaume

La version Carrère

Ma lecture actuelle

Court résumé: Emmanuel Carrère a été un chrétien pratiquant pendant trois ans. Plusieurs années plus tard, il décide de relire ses notes de l’époque et de nous offrir sa version d’enquêteur et de romancier sur les chemins de Nouveau Testament.

Mon avis: Je me faisais une joie de me lancer dans une nouvelle exploration littéraire aux côtés d’Emmanuel Carrère. J’avais hâte de découvrir ce qu’il était capable d’apporter au thème si peu attrayant et tellement périlleux de l’histoire du Christianisme.

Autant rassurer rapidement les fans, sa plume est toujours aussi affûtée. Extrêmement documenté, il tente de nous faire partager sa vision de la naissance de cette religion. Mais « Chassez le naturel, il revient au galop » et dès le début, Emmanuel Carrère retombe dans ses travers. Sous couvert d’exposer les conditions dans lesquelles il a décidé d’écrire ce récit, il nous impose à outrance sa vie privée. J’apprécie le fait qu’il agrémente son enquête d’éléments personnels, mais les 150 premières pages d’anecdotes, qui n’appartiennent qu’à lui, ont failli me lasser.

Heureusement la véritable histoire débute ensuite. Et là, le style et l’érudition de l’auteur font leur effet et je suis entré avec plaisir dans les rouages passionnants de l’Histoire et de ses rapporteurs. Paul et Luc sont des personnages intéressants et le récit de la propagation de cette croyance est vraiment instructif. Comme d’habitude Emmanuel Carrère bouche les trous de l’Histoire pour nous faire partager sa propre version et ça fonctionne. L’analyse intelligente de l’auteur permet d’appréhender le sujet avec un peu de hauteur et de neutralité, et son écriture agréable permet de suivre ces aventures comme un roman historique. Malheureusement je n’ai pas eu les révélations importantes auxquelles je m’attendais à l’ouverture de ce pavé. Pas vraiment de surprises !

Je suis donc globalement déçu par rapport à mes attentes, mais je ressors comme toujours grandi de la lecture du prétentieux Emmanuel Carrère.

P.O.L 630 pages

15/20

Ron Rash – Serena

Quelle femme!

Ma lecture actuelle

Court résumé: Dans les années 30, George Pemberton, riche exploitant forestier revient en Caroline du Nord après un séjour à Boston. Il ramène de ce voyage Serena, qui va devenir sa femme. Ensemble, ils vont tout faire pour développer leur activité et accroître leur fortune.

Mon avis: Tout l’art de Ron Rash réside dans le fait que lorsqu’on le lit, on fait partie intégrante de son monde et on participe malgré nous à l’aventure qu’il nous propose. Dans cette nouvelle immersion au milieu des Appalaches, il nous dépeint les portraits d’une poignée de personnes aux ambitions multiples, dont la très remarquée et remarquable Serena.

Actrice de second rôle au début de l’histoire, elle fait rapidement ses preuves et devient la pierre angulaire de toute la communauté. Grâce à un caractère fort et déterminé, elle est la maîtresse qui décide du sort des autres. Quand Serena veut, Serena obtient et peu importe la manière. Autour de ce personnage froid et pragmatique, on découvre les décors d’étendues boisées. La vie quotidienne y est rude et dangereuse. Les hommes travaillent dur par tous les temps. Mais l’avenir de cette région reste dépendant des conflits commerciaux, financiers et même sentimentaux des riches propriétaires et donc de…Serena!

L’écriture dense et agréable de Ron Rash a réussi une nouvelle fois tous ses effets sur moi. Outre une femme inoubliable, elle a créé une ambiance, un univers qui m’a déconnecté de la réalité le temps de sa lecture. Je me suis évadé dans les forêts de la Caroline du Nord des années 30, et j’ai respiré…

Le livre de poche 523 pages

17/20