Sorj Chalandon – Profession du père

Troublants souvenirs

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Court résumé: Armand Choulans est un affabulateur. Il s’invente mille et une vie diiférentes. Il élève son fils avec ses croyances, l’entraînant avec lui dans ses délires.

Mon avis: En général, les autobiographies contemporaines me fatiguent. Écrire sur soi et sur son intimité, c’est pour moi, comme croire que sa vie va intéresser les autres. Et dans la plupart des cas, le quotidien et le passé d’un écrivain ne me captive pas. Ça n’a souvent d’intérêt que pour celui qui se raconte. D’ailleurs je ne vais vers ce genre de récit que lorsque l’on me l’offre ou me le propose, jamais de moi-même.
Mais cette fois-ci, j’ai fait une exception. J’ai pris cette décision pour la simple et bonne raison que c’était Sorj Chalandon qui s’y collait. Cet auteur m’avait passionné quand je l’ai découvert avec « Mon traître » et « Retour à Killybegs », son diptyque sur l’IRA. Il m’avait ensuite secoué et bouleversé avec son théâtral et guerrier « Quatrième mur », à tel point que je m’étais promis de lire tous ces écrits à venir. Et autant vous dire tout de suite que j’ai bien fait.

Comme souvent chez lui, l’histoire qu’il partage avec nous, n’est pas totalement autobiographique, car il utilise des prénoms fictifs, des métiers fictifs. Mais on sent bien à la fermeture du livre qu’il a voulu se raconter lui-même à travers une fiction un peu romancée. L’écriture de Sorj Chalandon est toujours aussi précieuse. Sans fioritures et composée de phrases courtes, elle nous plonge dans le cerveau du narrateur pour nous en faire ressentir toutes les émotions. Et comme dans ses romans précédents, les sentiments qui transpirent de ce texte, ne sont jamais excessifs. L’auteur fait une nouvelle fois preuve d’une extrême justesse, comme s’il ne voulait ou ne pouvait pas tricher et c’est ça qui rend son œuvre si captivante.

Le récit est divisé en deux parties qui résument l’état d’esprit du narrateur par rapport au comportement de son père. Une première est consacrée à son enfance qui fait la part belle à l’innocence, à la naïveté mais aussi à la tyrannie. La seconde s’attache à son âge adulte où il est surtout question de détresse et de tristesse. Grâce au talent de Sorj Chalandon, j’ai vécu à ses côtés toutes ces émotions, souvent le cœur serré et je réitère donc ma promesse…vivement le prochain !

Grasset 316 pages

17/20

Maxime Chattam – Que ta volonté soit faite

Le Mal personnifié

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Court résumé: A Carson Mills, on va suivre durant toutes les étapes de sa vie, le destin de Jon Petersen, un pervers psychopathe.

Mon avis: J’affectionne beaucoup Maxime Chattam lorsqu’il s’attaque à un thriller. Contrairement à ces histoires pour adolescents, il sait hausser son niveau d’écriture pour ses romans noirs. C’est donc avec une certaine impatience, que j’ai abordé la lecture de ce livre.

Dès le départ, le ton est donné et autant dire qu’il est sombre, très sombre. Maxime Chattam nous dresse le portrait d’un individu qui réunit à lui seul, tout ce que l’être humain peut avoir de pire. Il est le Mal personnifié. On le suit dans ses excès, dans ses violences, dans ses agressions, dans ses pensées noires et ses manigances. L’auteur nous place dans le rôle de témoin privilégié du destin de cet homme. Il met devant nos yeux tous les éléments nous permettant de nous faire notre idée sur ce personnage vraiment dérangeant.

J’ai feuilleté cette histoire sans réellement comprendre où elle me menait. La redondance de la cruauté du « monstre » aurait même failli me lasser si je n’avais pas appris, avant ma lecture, que les dernières pages du roman avaient un grand intérêt. En effet j’avais lu ici et là que la conclusion était vraiment singulière et donnait à réfléchir. Et effectivement, j’ai été surpris par cet épilogue qui ne laisse pas indifférent. Mais contrairement à beaucoup, elle ne m’a pas enthousiasmé outre mesure. J’ai même trouvé que l’auteur enfonçait des portes ouvertes, en voulant philosopher sur les croyances et les décisions des gens, mais je ne vais pas trop en dire pour vous laisser la surprise !

Dans son ensemble, j’ai apprécié le vingtième ouvrage de Maxime Chattam. Je trouve qu’il reste un maître dans le domaine du lugubre. Sa plume chirurgicale m’a permis d’entrer dans l’esprit de ce psychopathe. Seule la fin, pourtant originale, m’a paru un peu trop moralisatrice…mais je lui pardonne car j’ai pris du bon temps, coincé entre les mains du diable.

Albin Michel 360 pages

15/20

Jérôme Camut / Nathalie Hug – W3 le sourire des pendus

Efficacement cru!

W3

Court résumé: Lara Mendes, chroniqueuse télé, disparaît alors qu’elle enquêtait sur le milieu du sexe et de ses déviances. Devant la faible réactions des autorités, son frère, aidé par des proches et des connaissances, va tout mettre en œuvre pour la retrouver.

Mon avis: J’avais depuis assez longtemps l’envie de lire la trilogie « Les voies de l’ombre » de Jérôme Camut et Nathalie Hug, qui était fortement recommandée par les lecteurs de thrillers. L’occasion m’a été donné par hasard de découvrir ces auteurs par « W3 », une autre série, qui bénéficiait aussi d’une bonne réputation.

Au premier contact, j’ai été refroidi par l’écriture qui m’a paru particulièrement simple. J’ai mis cette impression sur le dos de la qualité littéraire des romans que je venais de finir, et je me suis lancé.

Autant prévenir tout de suite, le thème du livre et le milieu dans lequel il évolue, procurent des scènes de sexe et de violence nombreuses, particulièrement détaillées et crues. Les auteurs n’y vont pas par quatre chemins. Ce n’a pas été une gêne pour moi mais risque d’en choquer quelques-uns ou quelques-unes.
L’histoire suit plusieurs personnages principaux. Le fil conducteur est le même pour tout le monde mais chacun vit son aventure propre. Ce premier tome permet aux auteurs de mettre les protagonistes dans leur contexte afin de mieux nous les présenter. Présentation faite, ils sont ensuite confrontés à des drames qui vont mettre à rude épreuve leur caractère pourtant bien trempé. Ils ne sont pas traités en profondeur mais je me suis tout de même attaché à eux. Je les ai donc suivis dans leurs péripéties avec attention.

Le scénario est bon, les scènes s’enchaînent très bien et le suspense est constamment attisé. J’ai tourné les pages, impatient de découvrir le fin mot de cette histoire malsaine. C’est une véritable réussite sur le plan de la construction, un peu moins dans le style, mais l’essentiel est que j’ai avalé ce pavé sans interruption. Et je me prévois déjà de lire le deuxième tome pour connaitre le destin de cette fine équipe.

Le livre de poche 884 pages

16/20

Virginie Despentes – Vernon Subutex 1

Jungle urbaine

Vernon Subutex

Court résumé: Vernon Subutex est un ancien disquaire et se retrouve expulsé de son appartement. Pour son salut, il a en sa possession l’enregistrement d’une interview d’un ami, star adulée aujourd’hui décédée.

Mon avis: Cela faisait plusieurs années que Virginie Despentes me faisait de l’œil. Son passé sulfureux et son talent controversé m’intriguaient. « Vernon Subutex » a donc été le déclic pour que je franchisse le pas.

Dans ce premier volume, on suit le destin plutôt chaotique de Vernon. De jours en jours, on assiste aux évènements qui vont modifier le cours de sa vie, le tirer vers le bas et enfin l’entraîner dans la déchéance. L’originalité de ce roman est la multitude de points de vue que l’auteure utilise. A chaque chapitre, on passe d’un personnage à un autre. On entre dans l’esprit de chacun. J’ai eu un peu de mal au départ à me faire à cette narration décousue, mais une fois maîtrisée, elle apporte un véritable plus dans la mise en scène de cette jungle urbaine.

Virginie Despentes nous décrit une micro société où toutes les catégories sont présentes. On rencontre successivement des individus pauvres, des riches, des communistes, des racistes, des homosexuels, des transsexuels, des écolos, des drogués, des hackers…On peut ainsi voir le monde d’aujourd’hui avec des yeux différents.

Mais ce qui m’a le plus plu dans ce livre, c’est la plume de l’auteure. Elle écrit bien…même avec un couteau entre les dents. Car à l’intérieur de l’esprit de chaque protagoniste, les pensées les plus inavouables sont retranscrites sans aucun filtre. Cela crée des passages d’une grande violence psychologique et des monologues percutants. Elle ouvre la tête des gens pour en faire ressortir, parfois avec caricature, tous les pensées extrémistes. Elle nous propose ainsi un portrait au vitriol de notre société moderne et de ses débordements.

Ce tome 1 de la trilogie ne développe quasiment pas l’intrigue mais positionne les personnages et le contexte. Avec tous ces éléments en place, la suite apportera, je l’espère, un peu plus de péripéties au récit. Cela dit, j’ai adoré cette analyse au scalpel de l’humanité urbaine de notre temps et attends avec impatience la suite.

Grasset 397 pages

17/20

Sandra Labastie – Les papillons rêvent-ils d’éternité?

Rancœur ou réalité dangereuse?

Les papillons revent-ils d'eternité

Court résumé: Une jeune fille de 13 ans fait partie d’une famille gouvernée par la bible, et va trouver des bribes de réponses à ses questions en consultant un dictionnaire.

Mon avis: Sandra Labastie prend la voix d’une petite fille pour nous narrer cette histoire. Elle nous décrit le quotidien d’une famille dans laquelle la religion a une place primordiale. A travers ses yeux d’enfants, on comprend que le destin de ces gens est entièrement dépendant de leurs croyances. D’abord avec naïveté, puis petit à petit avec discernement, elle va mettre le doigt sur les incohérences de ce mode de vie et en subir les dommages collatéraux.

J’ai passé un bon moment avec ce très court roman. En connaissant le sujet abordé et le passé de l’auteure (issue d’une éducation religieuse extrémiste), je m’attendais à apprendre certaines choses, certains secrets. Mais au sortir de ce texte, je n’ai retenu que des banalités comme une sorte de condensé de tous les débordements de la religion.

Même si ce récit semble valider toutes les idées reçues sur ce thème, il m’a donné l’impression d’être un pamphlet, un brin caricatural. J’ai senti que Sandra Labastie voulait tourner la page en remplissant sa déposition et ainsi se laver les mains de sa participation contrainte à cette secte. Mais si tout ce qu’elle raconte est réellement objectif et sans aucune rancœur, il faut alors surveiller ces énergumènes parce qu’ils sont très dangereux !

Roman court, peut-être trop, qui m’a donner une grande envie de profiter de ma liberté de penser!

Le livre de poche 185 pages

14/20

Ce roman fait partie du prix des lecteurs Livre de poche 2015

Sahar Delijani – Les enfants du Jacaranda

Triste humanité

Les enfants du jacaranda

Court résumé: 1983, Téhéran: Evin donne naissance à sa fille en prison, Omid assiste à l’arrestation de ses parents…Vingt ans plus tard, ces enfants de prisonniers vivent leurs propres destins.

Mon avis: Sahar Delijani nous fait revivre une partie sombre de l’histoire récente de l’Iran. A travers trois générations d’hommes et de femmes de ce pays, elle met au grand jour les destins tragiques réservés aux opposants du pouvoir. Sous le joug de l’extrémisme politique et religieux, ces personnes éprises de liberté ont été confronté, à différentes époques, à la rigidité et à la cruauté des « redresseurs de torts ».

L’auteur met en place une toile de fond des plus dramatiques, devant laquelle se révèlent des êtres d’une grande humanité. Les émotions sont exacerbées par le danger perpétuel, les liens se créent dans la douleur. La famille, l’amitié et l’amour deviennent les seules armes permettant sinon de combattre mais au moins de vivre mieux dans cet univers de cauchemar.
J’ai compris qu’avec ce roman, Sahar Delijani voulait non seulement témoigner et dénoncer les méfaits dont elle a été victime, mais aussi démontrer le rôle prépondérant que joue le passé sur le futur. Les enfants subissent les résonances de leurs parents et héritent de leur douleur. Ainsi l’Histoire à venir est modifiée par le testament sentimental laissé par les anciens.

C’est un roman bouleversant autant par la souffrance que par l’indignation qu’elle procure. J’ai été emporté par ces sentiments qui ne sont finalement que les fondamentaux de la révolution. « Les enfants du Jacarandas » sont de terribles pages de l’Histoire mais de belles pages d’humanité. Un livre libérateur pour l’auteur, nécessaire pour le lecteur, mais profondément triste. J’ai donc été soulagé de sortir de cet enfer et de revenir à mon quotidien.

Le livre de poche 356 pages

16/20

Ce roman fait partie du prix des lecteurs Livre de poche 2015