Sire Cédric – De fièvre et de sang

Thriller surnaturel

De fièvre et de sang

Court résumé: Eva Svärta, policière albinos, et le commandant Vauvert ont mis fin aux meurtres atroces perpétrés par les frères Salaville. Mais les atrocités continuent et semblent suivre les rites d’une vieille croyance historique.

Mon avis: Lors de divers salons, j’ai souvent croisé le visage gothique aux yeux sombres et à la longue chevelure noire de Sire Cédric. Ses romans m’intriguaient depuis longtemps. J’ai franchi le pas.

A la fermeture du premier épisode de cette trilogie, je me suis fait mon propre avis. Sire Cédric est à classer avec tous les spécialistes de thrillers français tels que Franck Thilliez, Maxime Chattam, Bernard Minier, Karine Giebel , Jean Christophe Grangé, etc… Mais s’ils pratiquent le même art, chacun de ces auteurs apporte sa touche personnelle, sa marque de fabrique. Celle de Sire Cédric, c’est le fantastique. Autour d’une histoire aux multiples rebondissements, il fait régner sur son aventure un vent de sorcellerie. Je ne suis pas en général un adepte de surnaturel mais je dois bien avouer que je n’ai pas lâché ce livre. La petite touche d’irrationnel ajoute finalement du suspense supplémentaire. J’ai été constamment sous pression tant le déroulement des événements est incontrôlable et peut partir dans tous les sens.

L’écriture est facile d’accès et fluide. Les personnages sont un peu caricaturaux mais sont assez marquants pour que l’on s’y attache. L’aventure est réellement prenante et ne souffre d’aucun temps mort. Attention tout de même aux âmes sensibles, les scènes de tortures et de meurtres sont détaillées de manière exhaustive, sans filtre. Ça ne me dérange pas personnellement, me plaît plutôt mais certaines personnes pourraient être choquées par ces descriptions très gores.

Je continuerai donc l’œuvre de Sire Cédric car j’ai pris un plaisir certain dans son univers noir et efficace. Ce fut un bon moment de détente. De plus, l’ayant rencontré récemment, cet auteur est vraiment accueillant et sympathique, tout l’opposé de son livre!

Pocket (583 pages)

16/20

Philippe Jaenada – La petite femelle

Longue plaidoirie

La petite femelle

Court résumé: En 1953 s’ouvre le procès de Pauline Dubuisson, accusée d’avoir assassiné son amant. Mais son jugement va surtout être l’occasion pour la France entière de découvrir le passé tumultueux et contrarié de cette petite femelle.

Mon avis: Depuis « Sulak », Philippe Jaenada s’intéresse à des personnages réels peu connus, mais qui ont marqué l’Histoire à leur manière et qui ont surtout vécu une vie des plus romanesques. Le destin de Pauline Dubuisson avait déjà attiré mon attention lors de la sortie du roman « Je vous écris dans le noir » que lui avait consacré Jean-Luc Seigle en début d’année. Je n’avais pas pu lire celui-ci et l’arrivée de Jaenada sur ce thème m’a convaincu.

Car cet auteur possède une vraie qualité que j’apprécie beaucoup quand il s’agit de biographie : Au contraire des autres, il n’invente rien ! Il travaille en profondeur le sujet, il le décortique, pour ne nous livrer que le factuel et ainsi ne pas déformer la réalité. Même s’il reste toujours une part de subjectivité, ses propos sont étayés par un gros travail d’investigation et de documentation. Ainsi on ne sent pas floué ou dérouté entre le vrai et le peut-être. Et si par moment, il ne connaît pas les évènements, il ne romance pas et précise au lecteur que c’est son ressenti personnel.

Donc une nouvelle fois, l’histoire dramatique de cette fille m’a passionné. Philippe Jaenada a pris le parti de la défense de Pauline. Il a surtout voulu mettre en exergue l’acharnement et la mauvaise foi des juges et des médias, qui ont tout fait pour détruire cette fille. Les digressions au récit que Philippe Jaenada parsème, sont comme toujours, pleines d’humour et apporte un peu de fraîcheur. Certains passages sont d’ailleurs truculents et j’ai beaucoup ri.

Le seul défaut que je peux trouver concerne le cœur de cette œuvre. Au milieu du roman, lors du descriptif du meurtre et du procès, les faits sont ressassés avec un grand nombre de répétitions et de redites. J’ai eu l’impression de tourner en rond comme si tout avait déjà été dit. Je me suis donc un peu ennuyé jusqu’à ce que l’histoire redémarre sur la fin.

En conclusion, j’ai pris beaucoup de plaisir à décortiquer la vie de cette incomprise avec le style signé Jaenada. Ce livre est très long et parfois un peu trop dirigé par l’affect de l’auteur pour son héroïne, mais Pauline Dubuisson méritait bien que quelqu’un s’attarde sur sa tragédie sans préjugés, avec pour une fois de bonnes intentions.

Julliard 703 pages

16/20

Bernard Minier – Glacé

Suspense glacial

Glacé

Court résumé: Dans un coin perdu des Pyrénées, le corps sans tête d’un cheval est retrouvé suspendu à une centrale hydroélectrique. Le commandant Servaz est désigné pour mener cette enquête, qui va se révéler particulièrement étrange.

Mon avis: Lorsque « Glacé » est sorti, il y a quelques années, il m’a tout de suite intéressé. Mais comme c’était un premier roman, je ne me suis pas précipité les yeux fermés. J’ai décidé d’attendre les suivants pour voir si l’engouement pour cet auteur perdurerait dans le temps. Vérification faite, Bernard Minier venait de faire paraître son quatrième roman, c’était le moment !

Pour cette première enquête du commandant Martin Servaz, on est totalement dépaysé par l’ambiance gelée et blanche de la montagne des Pyrénées. Au milieu de ce froid, une succession de cadavres d’animaux et d’êtres humains vont nous entraîner à travers la région dans les lieux les plus insolites et les plus inquiétants. Tout au long de l’histoire, le passé dramatique qui était depuis longtemps enfoui dans les mémoires, va refaire surface. Le mystère, qui oscille entre folie et perversité, va s’épaissir au fil des pages, pour mieux se révéler sur le final plein de surprises.

J’ai été convaincu par ma première approche de Bernard Minier. Son écriture est fluide et facile d’accès. Les péripéties s’enchaînent bien avec l’intervention de personnages multiples. Le commandant et la gendarme qui mènent les investigations sont assez attachants et je me suis inquiété de leur destin. L’ambiance et le suspense sont maintenus jusqu’au bout. Grâce à la mise en place de fausses pistes, j’ai été constamment dans le flou et impatient de poursuivre l’aventure. Le dénouement est un peu tiré par les cheveux, mais il m’a surpris et c’est bien ça l’essentiel.
Premier coup d’essai réussi ! J’ai déjà prévu de m’atteler aux autres épisodes de la série…

Pocket 725 pages

16/20

Laurent Binet – La septième fonction du langage

Loufoquerie intellectuelle

La septieme fonction du langage1

Court résumé: En 1980, Roland Barthes est renversé par une camionnette de blanchisserie alors qu’il sort d’un diner avec François Mitterrand. Un inspecteur est persuadé que c’est un meurtre. Il part donc en quête de vérité, accompagné d’un jeune professeur.

Mon avis: J’avais entendu beaucoup de bien de ce roman dans les médias. Il était présenté comme un polar sur l’intelligentsia française des années 80. Partant d’un fait réel, la mort de Roland Barthes, Laurent Binet imaginait la suite sur fond de complot.
J’ai débuté la lecture avec ces seules informations, donc dans le brouillard complet, ne sachant pas du tout à quoi m’attendre. Et même à la fermeture du livre, je n’y vois pas plus clair, j’aurais du mal à le définir. C’est à la fois, un texte intelligent, érudit, plein de références et à la fois une histoire complètement imaginaire et barrée. Et c’est peut-être ce mélange peu ordinaire qui m’a dérangé. En effet, je n’ai jamais accroché à l’assemblage de réel et de fiction dans la littérature.

Laurent Binet invente une aventure qui n’a de véritable intérêt que parce qu’elle engage des personnalités connues. On pense pouvoir apprendre des choses sur eux et on s’intéresse à leur destin. Mais j’ai très vite compris que le scénario était inventé, et qu’à aucun moment, on ne peut différencier ce qui est véridique de ce qui ne l’est pas dans les personnages et leurs relations. Je me pose donc la question : Pourquoi avoir utilisé des gens célèbres pour en définitive travestir leur caractère et leurs actes…des personnages de fiction auraient suffi!
De plus, les fameux personnages utilisés font partie d’une élite pas forcément connue de tout le monde (je parle pour moi…). Étant né en 1979 et ne côtoyant pas le gradin parisien, j’avais déjà entendu ces noms, mais sans vraiment les connaître. Je n’ai donc ressenti aucune empathie pour eux. Ce qui faisait l’originalité du livre a été pour moi son plus gros défaut.

Ceci étant dit, ce fut tout de même un bon moment de lecture. Le polar est plein de surprises. Les scènes sont toutes plus cocasses et décalées les unes que les autres. Certaines resteront d’ailleurs dans mon esprit comme des moments d’anthologie. L’écriture de Laurent Binet est atypique mais maîtrisée. J’ai finalement appris certaines choses sur la crème de cette époque et sur la sémiologie (science qui m’était complètement inconnue). Je réserverai mon jugement sur Laurent binet après la lecture d’un autre roman…

Grasset 496 pages

14/20

John Grisham – L’ombre de Gray Mountain

Justice rurale

L'ombre de gray Mountain

Court résumé: Samantha Kofer perd son job dans un grand cabinet d’avocats de New York. Pour patienter, elle décide de travailler bénévolement durant un an pour un centre d’aide juridique situé en Virginie, dans une petite ville minière.

Mon avis: Je savais que John Grisham était, de par son passé dans un cabinet d’avocats, un spécialiste des polars juridiques. C’est un genre que je connais peu mais que j’apprécie en général lorsque c’est bien fait. Et autant dire tout de suite, que cet auteur ne faillit pas à sa réputation.

Le monde de la justice est bien représenté, bien expliqué et rendu accessible pour les lecteurs novices dans ce domaine (comme moi !). De plus, l’atmosphère de la vie dans les Appalaches apporte son lot de dépaysement. L’ambiance, le décor et les personnages sont bien approfondis et j’ai aimé découvrir cette communauté de résistants. J’ai été témoin du quotidien de ses défenseurs qui combattent aux côtés des plus démunis. L’objectif de montrer du doigt les grandes firmes du charbon et leurs dérives capitalistes est parfaitement réussi. Sans rentrer dans des explications trop techniques, John Grisham nous apprend beaucoup de choses sur ce business peu connu et pourtant dévastateur pour la nature.
Ce que je peux peut-être reprocher à ce roman, c’est son manque de tension et de suspense. Car malgré l’attachement aux acteurs de cette histoire qui naît progressivement, leurs aventures sont intéressantes mais pas assez entraînantes. J’ai eu comme l’impression d’assister au premier épisode d’une série basée sur la justice rurale, et qu’une fois le contexte posé, les prochains volumes rentreraient dans le vif du sujet.

C’est un roman instructif avec une forte prise de position, parfois un peu mièvre. C’est bien écrit et j’ai passé un agréable moment même si, vous l’avez compris, je suis un peu resté sur ma faim.

JC Lattès 477 pages

15/20

Donato Carrisi – L’écorchée

Bonne suite

L'ecorchée

Court résumé: Un individu disparu et considéré comme « Une victime potentielle d’homicide » réapparaît et tue…Mila Vasquez, qui fait maintenant partie du département des personnes disparues, semble la mieux placée pour s’occuper de cette affaire et de ses suites.

Mon avis: « Le Chuchoteur » m’avait emballé. J’étais donc impatient quand est venu le temps d’attaquer la suite. Donato Carrisi a une nouvelle fois centré son aventure sur Mila Vasquez, son personnage aussi tourmenté qu’attachant. Dans la continuité de la première enquête, elle a évolué dans sa carrière et dans sa vie personnelle même si ces démons la poursuivent toujours. A ses côtés, on retrouve un nouveau protagoniste, Simon Berish, dont le passé est trouble et qui possède lui aussi sa part d’ombre. Ce duo apparaît tellement abîmé par le destin qu’on se retrouve en empathie avec lui et qu’on le suit les yeux fermés dans toutes ses péripéties. Le lien avec le livre précédent apporte plusieurs nuances supplémentaires, c’est pour cela que je conseillerais de le lire avant.

En ce qui est de l’histoire, l’auteur utilise des mêmes ficelles qui ont fait son succès. Chaque scène de crime sert d’indice pour découvrir un autre crime, comme si tout était lié. A la manière d’un magicien, quand on tire sur un foulard, un nouveau foulard apparaît. Et malgré l’utilisation de procédés identiques, ça marche encore! Grâce à cette mécanique bien huilée, j’ai été entraîné en tournant frénétiquement les pages, dans le but de lever le voile sur l’instigateur de cette machination. Cette suite est toujours aussi mystérieuse et angoissante. Le moins que je puisse dire, c’est que Donato Carrisi a encore réussi son effet sur moi. Il a mis en place un scénario particulièrement efficace. L’écriture est fluide et le récit n’a pas de pause. Je n’ai pas lâché le livre jusqu’à la fin, qui ouvre de nouvelles portes.

Souvent les thrillers se ressemblent un peu et me surprennent de moins en moins. Allez savoir pourquoi ceux de cet écrivain fonctionnent aussi bien sur moi ? Je vous dirai peu importe et je serai de ceux qui se presseront d’acheter le troisième.

Le livre de poche 517 pages

17/20