M.L. Stedman – Une vie entre deux océans

Découverte bouleversante

Une vie entre deux oceans

Rescapé de la grande guerre, Tom Sherbourne revient en Australie où il devient gardien de phare. Avec sa femme, il coule des jours heureux lorsqu’un événement va venir contrarié leur tranquillité.

La question que je me suis posée à la fermeture d’ « Une vie entre deux océans » est : Est-ce que les éditeurs ont lu cet ouvrage avant de le mettre sur le marché ? Car lorsque je l’ai eu pour la première fois entre les mains, j’ai levé les yeux au ciel et le dépit s’est emparé de moi. Visuellement, ce livre dégoulinait de niaiserie. Le titre et le dessin de la couverture choisi pour l’illustrer n’augurait rien de bon : une bonne vieille histoire d’amour à l’eau de rose…tout ce que je déteste.
Dès les premières pages tournées timidement, ma grande inquiétude a volé en éclats. J’ai été absorbé par l’histoire au point de littéralement dévorer les chapitres. L’auteur a su créer une fresque autour de l’attachement du couple et de l’amour maternel. Elle a mis en exergue qu’en amour, la vie peut devenir insupportable lorsque les intérêts de chacun s’opposent. Le déchirement des relations m’a pris au cœur et j’ai été bouleversé par les personnages, emplis de sentiments véritables. Le déroulement des événements, la succession de déceptions, la complexité des décisions et la dureté des conséquences ont déclenché une grande vague d’émois sur ma lecture. Les protagonistes sont dévastés par leurs émotions exacerbées et plus le livre avançait, plus le drame semblait s’épaissir. Jusqu’au bout le dénouement de l’histoire est resté incertain, et ce suspense m’a vraiment tenu en haleine.
Les lecteurs qui s’attendaient à un roman «qui fait du bien » comme la couverture le laissait présager, ont dû être déçus. Cet effet de surprise a eu un effet contraire sur moi et je me suis délecté de cette histoire sombre et terriblement captivante. J’ai émergé de cette aventure entre deux océans avec une boule au creux de l’estomac qui me laissera un souvenir profond à la fois d’amour et de désolation. A l’instar de « Les Hauts de Hurlevent », l’amour semble plus fort quand il est cruel.

Le livre de poche 521 pages

17/20

Ce roman fait partie du prix des lecteurs Livre de poche 2015

Joyce Carol Oates – Mudwoman

Malaise déroutant

Mudwoman

Mudgirl a été abandonnée par sa mère dans des marécages. Sauvée in extremis, elle est recueillie par une famille d’adoption. Devenue adulte, Mudwoman est devenue Meredith Neukirchen, la première femme présidente d’université.

Lorsque je me suis renseigné sur Joyce Carol Oates, je me suis vite aperçu qu’elle faisait partie du clan des auteurs prolifiques. Mais contrairement à certains d’entre eux qui écrivent un roman de 100 pages par an, elle semble plutôt habituée à offrir de gros livres de type pavés. Et comme le veut le vieil adage « Mieux vaut la qualité que la quantité », j’ai craint à l’ouverture de « Mudwoman »entrer dans une nouvelle histoire superficielle.
Tels ne fut pas ma surprise et mon bonheur de découvrir qu’il n’en était rien. L’auteur nous narre le destin de Meredith avec une écriture exigeante et hypnotisante. Ce personnage principal et ses émotions sont parfaitement bien approfondis et j’ai voyagé sans résistance à l’intérieur du cerveau de cette fille miraculée devenue femme traumatisée. Faute d’une trame narrative passionnante, l’auteur s’amuse à nous dérouter à chaque scène créant ainsi une atmosphère déconcertante où le malaise est omniprésent. J’ai été balloté entre les rêves, les délires et les dépressions de cette héroïne de la vie. Cette plongée dans les bas-fonds d’un esprit torturé m’a secoué. Je suis ressorti ébranlé par la plume de Madame Oates qui a su renverser le poids de mes préjugés pour me compter parmi ses futurs adeptes.

Points (565 pages)

17/20

Ce roman fait partie de la sélection 2015 Prix du meilleur roman Points

Anton Disclafani – Le pensionnat des jeunes filles sages

Bonne surprise…

Le pensionnat des jeunes filles sages

Années 30, en Caroline du Nord, Thea entre dans un internat de jeunes filles de la haute société sudiste. La tragédie familiale à l’origine de son admission reste un secret bien caché.

En découvrant le titre et la couverture du livre puis en lisant le résumé à l’arrière de celui-ci, je me suis senti légèrement dérouté. Plus de 500 pages sur le récit d’une gamine dans un pensionnat de jeunes filles avec des chevaux, je peux dire que je me suis lancé dans la lecture avec un enthousiasme plutôt mesuré. J’ai donc commencé à suivre les journées de Théa qui a atterri dans cet établissement pour des raisons inconnues. Même si certains passages m’ont paru un peu longuets, je me suis surpris à être intéressé au quotidien de ces jeunes femmes. Grâce à une approche approfondie des personnages et des relations entre les filles de cet âge-là, l’auteur m’a donné l’impression d’être un témoin de ce lieu et de cette époque. Les décors et l’ambiance générale sont parfaitement retranscrits. Outre les événements somme toute quelconques, Anton Disclafani a su inclure un suspense lié aux raisons mystérieuses de l’arrivée de Théa au pensionnat et des scènes de sexe assez sensuelles. Ainsi le texte évite de tomber dans la niaiserie inhérente au thème de l’histoire et à la jeunesse des protagonistes. Les péripéties restent enfantines, mais je me suis senti à l’aise dans cet univers. Un lectorat de femmes saura sans doute mieux apprécier cet ouvrage grâce à une meilleure compréhension de la psychologie féminine, qui comme chacun sait, est plutôt difficile à concevoir pour nous les hommes…

Le livre de poche 523 pages

14/20

Ce livre fait partie de la sélection du Prix des lecteurs Le livre de poche 2015

Metin Arditi – La confrérie des moines volants

Pas assez approfondi

La confrérie des moines volants

Nikodime va regrouper tous les rescapés des massacres religieux de la Russie d’avant guerre, afin d’organiser le vol et la sauvegarde des plus beaux trésors de l’église orthodoxe.

Voilà un roman qui ne restera pas dans mes annales. Il est découpé en deux parties, une située en 1937 en Russie et une autre qui se déroule de nos jours à Paris. On suit tout d’abord le destin d’un moine fanatique, qui va créer une confrérie avec des religieux survivants des attaques de Staline. Les évènements m’ont semblé répétitifs et lassants. En effet, on assiste au fur et à mesure au recrutement des nouveaux membres de cette communauté, au résumé de leurs passés respectifs puis finalement aux vols des différents trésors, et dès l’instant où on commence à s’attacher aux personnages, le récit se termine. Dans un second temps, on se retrouve deux générations plus tard, quand Matthias, photographe de mode, va trouver un document qui va lui dévoiler ses origines douloureuses. Et là le roman devient superficiel, trop expéditif. Metin Arditi survole le sujet et on arrive au bout du livre sans grande conviction en passant sans doute à côté du message pas assez approfondi. Une nouvelle fois, et c’est récurrent dans les romans contemporains, la concision du roman et sa construction ne permettent pas à l’auteur de traiter pleinement le propos et ne m’ont pas donné assez de temps et de détails pour apprécier cette quête de vérité pourtant pleine de promesses. L’étendue de l’histoire aurait mérité un contenu plus creusé. Le point positif de cette lecture est que j’aurais au moins appris des éléments de l’Histoire russe qui m’étaient complètement inconnus. Ce n’est peut-être pas le bon choix pour une première approche de l’œuvre de Metin Arditi, cet auteur reconnu.

Points 260 pages

12/20

Ce roman fait partie de la sélection 2015 Prix du meilleur roman Points

Florence Seyvos – Le garçon incassable

Trop court

Le garcon incassable

Henri est un garçon handicapé qui va se battre constamment contre son corps. Buster Keaton, génie du cinéma, a débuté comme assistant auprès de son père qui se servait de sa résistance corporelle pour ses numéros de cirque.

C’est extrêmement difficile d’avoir un avis tranché sur ce livre. Effectivement l’écriture est belle et les thèmes abordés sont particulièrement attendrissants. La manière dont est traitée chaque histoire, sur un ton neutre, réussit à dégager de ces récits une grande humanité. Le comportement et la destinée de ces deux personnages m’ont évoqué autant de compassion que d’admiration. Devant leurs malheurs respectifs, ils font preuve d’une persévérance et d’une résistance hors normes.
Seulement le livre est très court et le lien entre les deux histoires est infime. Ainsi bien lancé dans une des aventures, je me retrouvais brusquement frustré à chaque changement. Le fait que les histoires se succèdent par alternance, casse le rythme mais aussi l’empathie qui commençait à se créer avec les protagonistes. Chaque récit m’a réellement intéressé. La vie de Henri m’a bouleversé et impressionné. Le destin de Buster Keaton est passionnant et surprenant. Mais globalement, je ne garderai surement aucun souvenir de cette lecture dans l’avenir tant le nombre de pages est restreint et l’approfondissement des personnages quasiment illusoire. Deux livres distincts et plus étoffés auraient peut-être été nécessaires pour rendre justice à ces deux héros de leur temps.

Points 189 pages

14/20

Ce roman fait partie de la sélection 2015 Prix du meilleur roman Points

Sorj Chalandon – Le quatrième mur

Magnifique!

Ma lecture actuelle...

Court résumé: Samuel avait un rêve fou: Monter la pièce « Antigone » de Jean Anouilh dans Beyrouth en guerre. Et cela en prenant comme acteurs, des fils et des filles de chaque camp.

Mon avis: Sorj Chalandon reprend comme à son habitude le thème du mentor et du parcours initiatique. Le narrateur a croisé le chemin de Samuel et depuis ce jour, il est devenu pour lui un genre de maître à penser. Admiratif devant son passé révolté, il va lier son destin aux convictions de cet homme. Toutes ses actions et ses décisions vont alors passer par la validation de Samuel.

Sous prétexte de théâtre, on est transporté au Liban, melting-pot de toutes les cultures. On découvre dans des paysages de désolation, des personnages de religions différentes qui vont s’illustrer par une bonté et une générosité à toutes épreuves. Une fois sur place, la puissance du roman nous explose au visage lorsque l’insouciance candide des occidentaux rencontre la déchirante réalité de ce pays. Sorj Chalandon nous emporte au cœur d’une guerre civile au milieu des balles et des bombes. La dureté et la soudaineté des assauts nous prennent à la gorge et on passe certaines scènes comme asphyxié. On reste en apnée, en manque d’air en espérant que ça passe. Sorj Chalandon est au sommet de son art avec une plume magnifique.

Témoin privilégié des conflits de par son ancien métier, il a su retranscrire le réalisme de ces guerres et je suis ressorti groggy de cette expérience qui navigue entre poésie et carnage avec dextérité.

Le livre de poche 327 pages

18/20

Ce livre fait partie de la sélection Prix des lecteurs littérature du Livre de Poche