Javier Moro – L'empereur aux mille conquêtes

Un pan de l’histoire

L'empereur aux mille conquetes

Petit résumé: Pedro est l’héritier de la dynastie des Bragances, fils du roi du Portugal. Alors que son père retourne s’occuper du Portugal, Pedro va devoir prendre en main le destin du Brésil.

Mon avis: Javier Moro m’a fait voyager dans le temps et dans l’espace. J’ai découvert grâce à lui une bribe de l’histoire que je ne connaissais pas, sur un pays qui m’était totalement étranger. Loin de chez moi et de mon époque, j’ai vécu un vrai dépaysement et j’ai appris beaucoup de choses. Il est vrai que la vie de Pedro est pour le moins romanesque. J’ai été très vite intéressé par ce personnage, plein de caractère et d’ambition. J’ai suivi avec passion son apprentissage des responsabilités et sa découverte de la politique.

On découvre aussi tous ses vices dont le principal est la gent féminine. Sa passion pour le sexe opposé est parfois un obstacle à son objectivité donc à ses prises de décisions, mais elle s’avère jouer un rôle important dans son ascension. « Derrière chaque grand homme se cache une grande femme ». Pedro apparaît comme un exemple flagrant qui vérifie cette phrase. Sans le soutien, la compréhension et la dévotion des différentes femmes de sa vie, il n’aurait sûrement pas eu le même destin glorieux.

Littérairement c’est très agréable à lire et historiquement c’est extrêmement enrichissant. Se basant sur ses recherches et sur les correspondances entre les différents protagonistes, Javier Moro nous propose un roman passionnant sur les origines du Brésil indépendant. Un manque de profondeur des personnages est peut-être à regretter, mais ce n’est pas l’objectif de ce genre de livre. L’Histoire se suffit à elle-même, et « L’empereur aux mille conquêtes » en est la parfaite illustration.

Points 725 pages

17/20

Ce roman fait partie de la sélection du meilleur roman 2015 des éditions Points

Mercedes Helnwein – La ballade d'Hester Day

Road trip décevant

La balade d'Hester Day

Court résumé: Hester ne veut pas aller à son bal de promo. Elle rencontre un poète. Il va l’épouser pour nourrir son inspiration. Ils vont partir en camping-car sur les routes, accompagnés du petit cousin d’Hester.

Mon avis: En lisant le résumé de ce livre, je me réjouissais à l’idée de partir sur les routes des Etats Unis dans un road trip décalé. Le concept de créer des personnages marginaux, avec des pensées farfelues plein la tête et de les réunir pour affronter le monde trop calibré, était une bonne amorce. Mais si Mercedes Helnwein a excellé en imaginant ses protagonistes, elle a bâclé leur aventure.

D’entrée, j’ai accroché sur la rencontre des différents acteurs qui est assez loufoque, ça m’a intrigué et j’ai donc continué avec optimisme. Mais assez rapidement le scénario ne bouge plus. Ce manque d’animation a pour effet que les personnalités et les scènes caricaturales, bonnes idées du départ, deviennent très vite lassantes et de moins en moins crédibles. J’ai tout de même persévéré jusqu’au bout mais je n’ai plus trouvé la moindre source de satisfaction.

Outre le début prometteur, je suis donc passé totalement à côté de cette expérience. J’ai eu l’impression que l’auteure avait voulu être tellement originale qu’elle en avait oublié l’essentiel : une bonne histoire. C’est finalement un road trip sans suspense, sans passion, sans message et même sans but. Seuls les personnages atypiques ont un semblant d’intérêt mais ils pâtissent du manque de profondeur et de mouvement de l’histoire à laquelle ils participent.
La plume de Mercedes Helnwein est agréable et les dialogues sont parfois croustillants. Néanmoins ce n’est pas suffisant pour sortir ce roman insipide de l’oubli où il est déjà tombé.

Le livre de poche 324 pages

11/20

Ce roman fait partie du prix des lecteurs Livre de poche 2015

Joann Sfar – L'éternel

Immoral

Ma lecture en cours

Résumé: Ionas, violoniste juif, meurt au combat en 1917. Il ressuscite en vampire et n’a qu’une seule obsession: retrouver Hiéléna sa bien aimée. Mais c’est sans compter sur ses nouveaux besoins.

Mon avis: Par expérience, je sais que je déteste les contes fantastiques. L’histoire et les personnages irréels m’empêchent de d’entrer en empathie et de m’identifier. Et surtout, ces histoires ont généralement pour objectif de passer un message ou nous faire la morale. C’est souvent pompeux, grotesque et un peu trop sentimental pour moi.

Joann Sfar utilise donc cette base pour créer son conte. Mais là où il fait la différence, c’est qu’il ne respecte rien. Contrairement aux autres, sa fable n’est pas politiquement correcte, elle est même irrévérencieuse. Il laisse son imagination prendre les commandes et s’éclate à démonter toutes les valeurs et à froisser toutes les susceptibilités. La religion, les vampires, l’amour, le sexe, tous les thèmes sont persécutés à outrance. Les protagonistes volontairement caricaturaux, font juste ressortir les côtés les plus sombres de l’Homme, qui placé dans des situations inconfortables, va automatiquement faire appel à ses instincts les plus primaires. Et c’est assez jouissif de sortir des sentiers battus avec autant de désinvolture.

Joann Sfar nous propose une aventure haute en couleurs, très imagée (on imagine d’ailleurs facilement une BD ou un dessin animé) avec une écriture esthétique. Même si ça manque parfois un peu de rythme, il a réussi à me faire entrer dans son univers et à me faire aimer pour une fois ce genre littéraire, grâce à un esprit délirant et beaucoup d’humour.

Le livre de poche 448 pages

16/20

Ce roman fait partie du prix des lecteurs Livre de poche 2015

Nicolas Barreau – Le sourire des femmes

Romantisme affligeant

Le sourire des femmes

Résumé: A la suite d’une rupture, Aurélie, propriétaire d’un restaurant, va tomber par hasard sur un roman dont elle est l’héroïne. Elle va alors tout faire pour rencontrer l’auteur de ce livre.

Mon avis: Comme le laissaient présager le titre et la couverture du livre, on a affaire à une comédie romantique. Et comme en général, je n’accroche pas à ce genre de romance, on peut dire que je n’ai pas été déçu.

Avant même d’ouvrir les premières pages, je pensais trouver un scénario assez mièvre avec des situations et des quiproquos improbables mais qui finissent toujours bien. J’imaginais aussi des personnages sans profondeur et caricaturaux, qui font évoluer leur caractère et leurs sentiments au besoin de l’histoire, qui se doit d’être belle. Je me serais douté que l’auteur n’aurait fait aucune distinction entre la psychologie féminine et masculine. Et finalement j’aurais parié sur une écriture simple pour accrocher le lecteur mais sans fantaisie…et bien je peux confirmer que Nicolas a parfaitement rempli sa mission! Même le milieu de l’édition, dans lequel se déroulent les faits et qui faisait l’originalité du roman, n’est pas approfondi et n’apporte donc aucune plus-value.

Autant vous dire que je vais très vite oublier cette parenthèse « enchantée ». Les scènes sont tellement invraisemblables, les dialogues tellement irréels que je n’y ai jamais cru. N’ayant plus 14 ans et ma naïveté d’enfant, je n’ai pas du tout adhéré à cette pseudo histoire d’amour édulcorée et bourrée de guimauve.

Le livre de poche 330 pages

7/20

Ce roman fait partie du prix des lecteurs Livre de poche 2015

Pauline Chen – Dans le pavillon rouge

Tradition déréglée

image

Résumé: « Rêve du pavillon rouge » de Cao Xueqin est un grand roman chinois du 18ème siècle. Pauline Chen se réapproprie cette histoire: Sous la dynastie Qing, la jeune Daiyu va rejoindre la famille de sa mère après la mort de celle-ci. Elle va alors découvrir la culture aristocratique chinoise et ses règles rigoureuses.

Mon avis: Pauline Chen m’a transporté dans un pays et une époque que je connaissais très peu. Le voyage a été d’autant plus dépaysant. Je suis entré derrière les portes de ce grand palais de Pékin au cœur de cette illustre famille. Ce qui m’a d’abord intéressé, c’est cette culture asiatique du 18ème siècle, très stricte et ordonnée. Chaque personne a un statut propre selon sa naissance ou son mariage et chacun doit rester dans son rôle quoi qu’il arrive. Les destins semblent déjà tout tracés et toute improvisation n’a pas sa place dans ce système bien huilé.

Mais au cœur de ces traditions, ce sont des hommes et surtout des femmes qui interagissent. Et là, le roman devient véritablement passionnant. Dans les appartements de femmes, les ambitions et les désirs des protagonistes vont déchaîner les passions. De la femme de ménage omniprésente à la grand-mère impératrice en passant par la bru dévouée ou la petite fille débrouillarde, Pauline Chen nous dépeint le portrait de ces dames du siècle. De manigances en trahisons, elles vont déterrer des secrets les plus enfouis et dérégler cette aristocratie jusque-là immaculée.

Les différentes intrigues pleines de manipulations, m’ont enthousiasmé du début à la fin. Les personnages ne sont pas vraiment approfondis mais le fait de les suivre alternativement permet de connaître les tenants et les aboutissants de chaque épisode. Les événements historiques qui vont intervenir au cours du récit, vont eux aussi permettre de découvrir le véritable visage de ces femmes devant leur destinée.

Pauline Chen a une belle écriture qu’elle met au service de cette réinterprétation d’un classique chinois. Je me suis délecté de cette fresque familiale dans laquelle les sentiments prennent le dessus sur les convenances et les femmes le dessus sur la fatalité.

Points 571 pages

17/20

Ce roman fait partie de la sélection du meilleur roman 2015 des éditions Points

Fiona McFarlane – L'invité du soir

Dérive attachante

Ma lecture en cours...

Résumé: Ruth est une veuve australienne de 75 ans. Depuis peu, elle entend la nuit un tigre qui arpente dans son salon. Jusqu’au jour où Frida, une femme de ménage, lui est envoyée par les services sociaux.

Mon avis: Le thème de départ du livre n’est pas vraiment accrocheur. Les « aventures » d’une personne âgée, cloîtrée dans sa maison après la mort de son mari. Les premières pages confirment mes appréhensions. Mais au fil de l’histoire, l’atmosphère devient de plus en plus angoissante. Plus j’avance, plus j’entre dans la tête de Ruth. Et autant dire que dans la tête de cette brave dame, au départ c’était déjà bien dérangé mais avec l’arrivée de la femme de ménage, rien ne de va plus. Dès lors, chaque petit événement nous balance entre réalité, paranoïa et délire. On ne sait plus très bien comment interpréter tout ce qui lui arrive. Est-ce que c’est réel, est-ce qu’elle divague ou est-ce qu’on la manipule ? Et c’est là toute la force de ce roman.

Sans être romanesque, il nous plonge en introspection. On n’est jamais réellement dans un état stationnaire et constamment déstabilisé. J’ai été témoin de scènes rocambolesques et improbables, j’ai essayé de comprendre, de trouver des explications mais finalement je me suis laisser entraîner sans opposition dans cet univers sombre et dérangeant.

Sous ses airs de roman gentillet sur la vieillesse et ses dérives, Fiona Mc Farlane nous propose un véritable voyage dans les tréfonds d’un esprit fragile. Grâce à des ficelles efficaces, elle m’a enfumé le cerveau, et je me suis régalé dans cette folie.

Points 305 pages

16/20

Ce roman fait partie de la sélection du meilleur roman 2015 des éditions Points