Titiou Lecoq – Chroniques de la débrouille

Chroniques légères

Chroniques de la débrouille

Résumé: Comment survivre à une rupture amoureuse, à un déménagement, à des rencontres, à des voisins, à des accidents, à des soirées, à un chef, à des collègues…à un enfant!

Mon avis: En réunissant ses propres expériences et celles des contributeurs de son blog, Titiou Lecoq nous offre les tranches de vie d’une génération. Elle veut nous donner ses impressions et les tendances du monde d’aujourd’hui. Pour ce faire, elle campe une trentenaire confrontée à tous les aléas du quotidien et qui collectionne les galères sentimentales, professionnelles et domestiques.

J’ai quasiment le même âge qu’elle, donc je suis par définition la cible idéale. Je me suis reconnu dans ses questionnements et dans ses préoccupations, moins dans ses aventures. Ma vie n’a aucune similitude avec la sienne. Mais ça n’a pas d’importance car ce livre possède un gros atout : Il m’a fait beaucoup rire. Il n’est qu’une succession de situations rocambolesques et de réflexions drolatiques. Dans chaque scène se cache un effet comique. Sans véritable fil conducteur, il perd un peu de crédibilité au fil des pages tant on ne peut croire que toutes ses situations arrivent à une seule personne, mais c’est tout de même très agréable à lire parce qu’on se marre.

Titiou Lecoq écrit simplement. Elle jouit d’une liberté dans son style et dans son ton qui rend la lecture facile d’accès. Malheureusement, en essayant de paraître naturelle dans ses propos, elle dépasse parfois certaines limites et tombe dans la vulgarité. Certains mots ou expressions m’ont même choqué, surtout venant de la plume d’une femme. Je ne suis du genre à être outré facilement, mais ça n’apporte rien à l’histoire, c’est juste obscène et pour le coup pas drôle du tout.
Outre ces petits écarts de langage (je parle comme un ancien !), j’ai pris beaucoup de plaisir dans ce recueil de chroniques, avec quelques fous rires à la clé.
C’est léger, sans prétentions et ça a assez bien fonctionné sur moi.

Le livre de poche 278 pages

15/20

Ce roman fait partie du prix des lecteurs Livre de poche 2015

Philippe Delerm – Elle marchait sur un fil

Dans l’intime

Elle marchait sur un fil

Résumé: Par le jeu de la vie, Marie a cinquante ans et se retrouve seule. Elle trouve un échappatoire le jour où elle rencontre un groupe de comédiens avec qui elle va monter le spectacle de ses rêves.

Mon avis: Je n’avais jamais eu l’occasion de lire un livre de Philippe Delerm. Je ne connaissais donc pas son style. J’avais simplement entendu parler de ses nouvelles qui racontaient de courts instants de la vie quotidienne, et qu’il magnifiait avec talent, selon les critiques. A la fermeture de ce roman, je comprends ce que les gens aiment chez cet auteur. Il est juste. Il arrive à incarner une situation de manière à nous la faire vivre presque physiquement. Il décrit un moment, une pensée, une sensation en plusieurs pages là où d’autres n’auraient utilisé qu’une ligne. Il crée ainsi une empathie particulièrement forte.

Seulement, les qualités qui font de lui un artiste de la nouvelle, deviennent moins convaincantes lorsqu’il s’attaque au format roman. Plusieurs scènes, même de qualité, mises bout à bout, ne font pas forcément un grand roman. J’ai bien ressenti les émotions du personnage, je suis rentré dans son intimité mais son histoire ne m’a pas passionnée. Je n’ai pas adhérer au scénario, empli de clichés et de raccourcis, et dépourvu de romanesque. Racontant les petites contrariétés de comédiens, je l’ai trouvé un peu trop excluant et malgré sa petite taille, je me suis ennuyé vers la fin.

Je garderai le souvenir d’un grand décrypteur de l’instant et je retenterai ma chance avec Philippe Delerm dans ses petites histoires, qui semblent lui correspondre un peu mieux.

Points 201 pages

13/20

Ce roman fait partie de la sélection du meilleur roman 2015 des éditions Points

Adriana Trigiani – L’italienne

Nostalgie

Ma lecture en cours

Court résumé: En 1905, Enza et Ciro se rencontrent alors qu’ils sont encore des enfants. L’histoire va faire que leurs destins vont être liés.

Mon avis:

Avec la guerre en toile de fond, « L’Italienne » est un roman qui traite de l’amour et du déracinement.
On y découvre les deux vies d’Enza et Ciro qui sont irrémédiablement liées par le destin. L’auteur profite de cette aventure pour nous faire découvrir le sort de ces expatriés italiens partis chercher en Amérique la solution à tous leurs problèmes. Le déséquilibre entre la pauvreté de l’Italie et l’abondance des États Unis est parfaitement représenté.

On connaît le passé des protagonistes, on suit leurs vies pleines de joies, de peines, d’amour, d’amitié mais surtout de nostalgie. Car même si les protagonistes paraissent trouver leur bonheur sur cette terre promise, leur village et leur famille d’origine sont inscrits dans leur mémoire et restent à jamais leurs regrets les plus profonds. Adriana Trigiani a voulu personnifier le destin de ces immigrés, condamnés à quitter leur foyer pour leur survie et celle de leurs proches mais qui gardent toujours au fond d’eux la force de leurs racines.

Enza et Ciro sont des personnages attachants et le désir de les voir ensemble ne m’a pas lâché. Leurs différentes rencontres sont écrites sur leurs lignes de vie et leur amour semble pouvoir franchir tous les obstacles. Les aléas de la vie et les choix qu’ils font, vont les entraîner dans une relation pour le moins chaotique.

Toutes ces tentatives de rapprochement m’ont captivé et c’est lorsque les deux amoureux ont semblé enfin se retrouver pour de bon que le roman perd de sa force. En effet, dans la dernière partie du livre, quand l’amour a gagné et qu’il transpire la sérénité, le récit devient malheureusement sans saveur, sans passion. J’ai eu l’impression que l’auteur n’avait pas d’idée précise sur la fin à donner à cette idylle. Que faire du bonheur lorsqu’enfin, on l’a trouvé ? Le récit traîne en longueur et les événements perdent de leur intérêt. C’est dommage car les trois quarts du roman étaient passionnants.

Points 625 pages

15/20

Ce livre fait partie de la sélection du meilleur roman Points 2015

Hugo Horiot – L'empereur c'est moi

Se souvenir pour oublier

L'empereur c'est moi

Résumé: Creusant dans sa mémoire, Hugo Horiot nous raconte son autobiographie d’enfant atteint du syndrome d’Asperger.

Mon avis: Sur un ton faussement enfantin et avec une écriture ciselée faite de phrases courtes, il nous fait entrer dans sa tête. On revit avec lui ses années de jeunesse, de la maternelle jusqu’au lycée. On entre dans son monde empli de silence, de réflexion et d’exclusion. On vit ses sensations et ses sentiments à travers des scènes brèves, choisies chronologiquement. Il peut alors nous montrer l’évolution de son comportement au fil du temps.

Il nous parle de son handicap sans jamais le nommer. On ne sait donc pas si ses réactions d’introversion découlent exclusivement de son autisme ou si son caractère propre joue aussi un rôle. Il nous laisse juste spectateur des caprices de son cerveau.

Ce que j’ai apprécié dans ce court roman, c’est que l’auteur ne semble pas vouloir se lamenter. Il nous présente les faits comme il les a ressentis. Grâce à ce texte parfois tendre parfois brutal mais toujours humain, il semble plutôt se délester d’un poids. Il veut passer définitivement du Julien emprisonné à Hugo le libéré et ainsi enterrer ce passé si pesant.

La petite taille du livre et l’écriture incisive de Hugo Horiot font de « L’empereur c’est moi » un condensé d’émotions. J’ai aussi beaucoup aimé la postface poignante de sa mère. Elle apporte une vision différente et clôture avec tendresse ces durs moments de vie.

Le livre de poche 168 pages

16/20

Ce roman fait partie du prix des lecteurs Livre de poche 2015

Romain Puertolas – L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea

Insipide

L'extraordinaire voyage du fakir

Ce petit livre nous narre les tribulations d’un fakir aux quatre coins du monde.

Mon avis:

Loufoque vous avez dit loufoque ? Voilà en un seul mot le résumé de ce court roman. L’idée de départ, les personnages, le fil de l’histoire, tout est conditionné dans le sens de l’absurde. Mais ce qui fait son originalité au début, devient très vite lassant et ne tient pas sur la longueur, pourtant réduite du livre.
Avec une écriture très simple, des acteurs peu sympathiques, Romain Pertuolas nous entraîne dans son délire qui n’a ni queue ni tête, et auquel je n’ai pas du tout adhéré. Je suis resté en dehors du coup dès les premières pages.

L’auteur ne semble avoir utilisé aucun plan pour construire le scénario de son aventure. Il donne l’impression d’inventer les nouveaux événements au fil de ses lignes. Et pour que son récit ait une quelconque logique, il utilise à outrance des raccourcis faciles et des péripéties invraisemblables, qui font de son « Fakir » un capharnaüm d’idées saugrenues qui m’a profondément ennuyé.

Pour moi, le véritable point noir de ce livre est qu’il n’a aucun intérêt, à part peut-être de faire sourire (à de très rares instants). A la fermeture de ce livre, je reste sur l’impression d’un travail bâclé. Malgré les promesses de certaines critiques, j’ai passé un moment insipide. Il est des livres qui magnifient le temps, d’autres qui font passer le temps, celui-ci m’a plutôt fait perdre mon temps…

Le livre de poche 307 pages

7/20

Ce roman fait partie du prix des lecteurs Livre de poche 2015

(Devinez si j’ai voté pour lui…)

Bergsveinn Birgisson – La lettre à Helga

Testament d’amour

La lettre a Helga

Bjarni Gislason arrive dans ses vieux jours. De retour dans la maison où il a vécu, il écrit alors une lettre à Helga, la seule femme qu’il a aimé.

Mon avis:

Ce petit roman n’est pas en réalité une lettre d’amour mais plutôt un testament d’amour. Le narrateur veut laisser son témoignage à la postérité, même si tout est terminé. Il retrace avec émotions tous les évènements qui lui ont permis de rencontrer, d’aimer puis de quitter sa bien-aimée.

Ce texte est aussi un prétexte pour nous narrer la campagne islandaise. On y découvre les paysages atypiques de la région et les comportements caractéristiques de ces milieux retirés. Une fois le décor et le contexte posés, on comprend alors les raisons profondes qui ont poussé Bjarni à agir comme il l’a fait. Sa lettre ressemble finalement plus un mot d’excuse qu’à un véritable regret tant les circonstances ne semblaient propices à une concrétisation de cette relation.

La plume de Bergsveinn Birgisson est très belle. Elle est à la fois précise et délicate. Elle fait ressortir toute la passion d’hier et toute la nostalgie d’aujourd’hui. J’ai passé un moment chargé d’émotion et de tendresse. Courte mais efficace, voilà comment je définirais cette belle déclaration d’amour en forme d’épitaphe.

Points 125 pages

16/20

Ce roman fait partie de la sélection du meilleur roman 2015 des éditions Points