Francis Scott Fitzgerald – Gatsby le magnifique

Magnifique Gatsby

Court résumé: Nick Carraway, jeune trentenaire du Middle West, va raconter l’histoire de son nouveau voisin et futur ami Jay Gatsby, personnage énigmatique qui organise des fêtes dantesques dans son immense demeure.

Mon avis: Dans ce roman, Francis Scott Fitzgerald nous fait participer à l’esprit de fête et d’insouciance inhérent à cette période après guerre. Les gens sont délurés et profitent au maximum de l’instant présent. Mais dans l’arrière plan de cette profusion d’actes dévergondés, on découvre Gatsby. Jay Gatsby est un protagoniste à la fois arrogant et touchant. Même si l’on regarde les scènes à travers les yeux d’un narrateur neutre, on comprend au fil des pages de cet épisode, toute la détresse et la force de conviction de cet amoureux transi et on s’attache presque malgré nous, à ce personnage d’apparence pourtant si antipathique.

L’atmosphère de cette époque, la profondeur des individus, le rapport à la richesse, tout est parfaitement retranscrit et décrypté dans ce spectacle tragique. Fitzgerald m’a ému et comblé grâce à une écriture et une poésie parfaitement maîtrisées d’où ressort un héros à sa manière…Gatsby!

Un petit chef-d’oeuvre qui continue son chemin après la fermeture du livre.

Folio (poche) 202 pages

18/20

Boris Vian – L’écume des jours

Simple délire…

Court résumé: Colin aime le jazz, les plats de son cuisinier, la patinoire, le pianococktail qu’il a inventé et son ami Chick qui collectionne les livres de Jean Sol Partre. Puis il rencontre Chloé qu’il va aimer follement et qu’il va tenter de guérir avec des fleurs.

Mon avis: Ce roman cultive un paradoxe. Il est composé d’une grande part de fantastique à tendance adolescente pour pouvoir passer des messages réservés plutôt à des adultes. Il peut d’ailleurs être facilement découpé en deux parties qui représentent chacune un univers distinct.

Dans la première partie le burlesque est parfois déstabilisant car il n’apporte rien à l’histoire et semble complètement gratuit. J’ai d’ailleurs dû à plusieurs reprises relire certaines phrases, tant mon cerveau ne voulait pas accepter en l’état, ce qui se passait sous mes yeux. Trop de folie tue la folie! Les personnages sont insipides, l’histoire est déjantée et les scènes sont plus surréalistes les unes que les autres, et il faut alors s’accrocher pour ne pas décrocher.
Dans la seconde partie, la poésie irrationnelle de l’auteur joue un rôle beaucoup plus dominant et vient magnifier l’histoire d’amour et le drame qui se déroulent jusqu’aux dernières lignes de ce conte tragique. La représentation de l’amour, de la maladie et de l’espoir est alors parfaitement exploitée et l’extravagance apporte sa touche de magie.

Boris Vian, qui fait partie des auteurs à grande réputation, ne m’a convaincu qu’à la toute fin du livre, et cette histoire totalement absurde, écrite dans un style plutôt simpliste, ne m’a que moyennement emballé. Mon expérience Boris Vian a de grands risques de s’arrêter là…

Le livre de poche 244 pages

12/20

Jérôme Ferrari – Où j’ai laissé mon âme

Ames en peine

Court résumé: En 1957 à Alger, le capitaine André Degorce retrouve le lieutenant Horace Andreani avec lequel il avait connu les combats et la détention en Indochine durant la guerre. Désormais ils sont chargés, chacun à leur niveau, de torturer des prisonniers. Mais les deux hommes ne vont pas vivre cette nouvelle expérience de la même manière.

Mon avis: Jérôme Ferrari nous propose une nouvelle fois une descente  dans les méandres de l’âme humaine où la lumière de l’espoir n’a que peu de place.

Suite à une expérience commune de souffrance et de solidarité, les deux protagonistes de ce drame vont développer chacun à leur manière, leur propre traumatisme post-guerre. L’écriture hypnotisante de l’auteur nous entraîne avec force dans cette spirale sans fin de la douleur physique et mentale.
Le thème de ce roman paraît totalement adapté au style flamboyant de Jérôme Ferrari, qui retranscrit avec lyrisme la réflexion sur soi même et la remise en cause des personnages. Le contexte est sombre, l’histoire est sous tension, et les êtres sont torturés. A tel point que le récit m’a pris aux tripes et va me laisser à coup sûr un souvenir bouleversant.

Le fait d’avoir déjà lu précédemment « Le sermon sur la chute de Rome » diminue l’effet de surprise et d’émerveillement que crée la magnifique écriture de Jérôme Ferrari au premier contact, mais il n’en reste pas moins que je classe Jérôme Ferrari dans le haut du panier de la littérature française.

Actes Sud 154 pages

17/20

Andreï Kourkov – Le pingouin

Loufoquerie plate…

Court résumé: A Kiev, Viktor est un journaliste au chômage. Il vit avec un pingouin qu’il a adopté suite à la fermeture d’un zoo. Un jour, un patron lui propose d’écrire les nécrologies de personnalités encore vivantes.

Mon avis: En lisant le résumé de ce livre, je partais avec de grands espoirs de loufoquerie et de mystère. Telle ne fut pas ma déception quand je me suis retrouvé à suivre, avec lassitude, le quotidien saugrenu du personnage principal où les jours se suivent et se ressemblent sans surprise et sans suspense. A aucun moment du roman, je n’ai adhéré à l’intrigue tant certains évènements m’ont semblé trop improbables. Les personnages, sans profondeur, arrivent comme un cheveu sur la soupe et leurs relations réciproques se créent sans raisons particulières. L’auteur abuse de raccourcis, parfois à la limite du grotesque (appeler la police pour faire garder son pingouin pour les vacances, payer pour utiliser un pingouin pour les enterrements), pour suivre le plan de marche qu’il s’était fixé.

L’omniprésence assez originale du pingouin dans la vie de Viktor, qui aurait pu servir de décalage intéressant, n’apporte à mon sens aucune plus value à l’atmosphère de l’histoire et n’est en définitif qu’un fantôme qui erre dans la maison. La poésie ou la critique du système qu’a peut-être voulu faire passer Andreï Kourkov dans cette  aventure, ne m’ont pas du tout convaincu.

L’écriture banale ne relève pas le niveau et est aussi plate que l’émotion que m’a procuré cette histoire. Je ne donnerai donc pas suite…

Points (poche) 272 pages

8/20

Philip Kerr – Un requiem allemand

Un Requiem allemand

Court résumé: Après guerre, Bernie Gunther, survivant des camps soviétiques, reprend son métier de détective privé. Une ancienne connaissance va faire appel à lui, pour qu’il prouve son innocence dans l’assassinat d’un officier américain.

Mon avis: Grâce à « un requiem allemand », Philip Kerr entraîne le lecteur dans Berlin et Vienne de l’après guerre. Dès le départ, j’ai mis le pied en 1947, au milieu des manipulations des services de renseignements russes et américains, qui ont pris une place importante dans l’Allemagne et l’Autriche vaincues. Du côté nazi, les anciens hauts gradés, très utiles pour ces services de renseignements, gardent une grande influence et une grande force psychologique, qui leur permettent d’avoir une nouvelle fois le droit de vie ou de mort sur les individus. C’est dans ce contexte que Bernie est entraîné, pour l’argent, dans cette spirale d’espions où il ne peut faire confiance à personne et est utilisé par les deux camps afin d’arriver à leurs fins.

Dans ce troisième volet de la trilogie berlinoise, le personnage de Bernie Gunther se façonne avec ses points forts (force de caractère, honneteté, persévérance, insolance…) et ses points faibles (les femmes, son histoire personnelle…). Et on comprend bien volontiers que ce personnage pourtant si fort, ne peut que subir les lois de son époque et doit vivre avec le passé terrible du peuple auquel il appartient.

Au fil des romans, Bernie devient de plus en plus attachant, et je prends un réel plaisir à le suivre dans ses enquêtes.

Le livre de Poche 360 pages

16/20

La trilogie berlinoise 16/20

Donald Ray Pollock – Le diable, tout le temps

La perversion humaine

Court résumé: De l’Ohio à la Virginie occidentale, les destins de plusieurs personnages vont se rencontrer: Willard Russell, traumatisé de la guerre, qui veut sauver sa femme mourante sans épargner son fils Arvin. Carl et sandy Henderson qui enlèvent et tuent des auto-stoppeurs. Roy et Théodore, des prédicateurs qui fuient leur passé.

Mon avis: Donald Ray Pollock crée pour son roman une atmosphère sombre et dangereuse dans un coin reculé de l’Ohio. Il convoque alors une multitude de personnages, qui s’avèrent être tous aussi tarés les uns que les autres. Cet ensemble engendre une forme de folie, qui va se retrouver présente à tous les coins de rues, au point de menacer d’exploser à tout moment. Chaque personnage porte la croix de ses perversions et est capable de mettre le feu aux poudres.

De la violence, des meurtres, des viols, de l’extrémisme religieux et de la démence, l’auteur semble vouloir faire sortir toutes les dérives malsaines de l’être humain pour les pousser à se confronter.
Toujours sur la brèche, le lecteur est entraîné dans un suspense oppressant, porté par une écriture aussi belle qu’efficace.

L’espoir n’a que peu de place dans cette chronique d’une fin annoncée.
Angoissant mais jouissif!

Albin Michel 370 pages

17/20

Ce livre a reçu le prix du Meilleur Livre de l’année LiRE 2012