Patrick Modiano – Rue des boutiques obscures

Premier modiano

Court résumé: Guy Roland, employé d’une agence de police privée, va partir sur un coup de tête à la recherche d’un inconnu, recherche qui lui permettra peut être de se retrouver lui même après des années d’amnésie.

Mon avis: Mon premier Modiano est une petite déception. La renommée de l’auteur et la quasi inexistence de détracteurs m’ont poussé à lire ce roman.

L’histoire trouve son originalité dans les variations des modes de narration qui permettent de dévoiler de différentes manières les éléments de l’identité du narrateur. Chaque point de vue, chaque pièce d’identité apporte une pièce supplémentaire à Guy Roland pour compléter le puzzle de sa vie.
Seulement ce personnage manque d’un certaine âme et on a du mal à être en empathie avec lui. Sa quête d’identité perd donc de son intérêt et on est guère impatient de connaître le fin mot de l’histoire. Le tableau définitif se dessine au fil des pages mais à la fin il reste une amertume, comme un goût de « tout ça pour ça! ».

Le style est bon sans être transcendant. Un autre roman de ce grand écrivain me sera donc nécessaire pour donner mon verdict personnel final.

Folio (poche) 251 pages

12/20

Deon Meyer – A la trace

Pavé dépaysant

Court résumé: Milla est une mère de famille qui quitte son foyer après 20 ans de mariage et rejoint l’agence de renseignements présidentielle. Lemmer est un garde du corps qui est engagé pour protéger le transport illégal de rhinocéros noirs de grande valeur à la frontière du Zimbabwe. Et enfin Matt Joubert est un détective privé qui est embauché pour enquêter sur la disparition d’un homme apparemment sans histoires. 

Mon avis: Dans mes mains, le nouveau Deon Meyer ressemblait à un pavé, une brique impressionnante et quelque peu décourageante. Mais dès que la couverture fut tournée, ma première impression s’est éclipsée et je me suis laissé comme d’habitude happer par le récit.

Les quatres parties du roman nous font découvrir le pays de l’auteur et on est transporté dans cette afrique du Sud post apartheid. On se déplace aussi bien dans les quartiers résidentiels les plus huppés que dans la brousse la plus sauvage. Dans cette atmosphère géographique, Deon Meyer y mélange le traffic d’armes et d’animaux, le terrorisme et la guerre des gangs, ce qui donne une image plutôt dangereuse de cette partie du globe.
Avec son écriture simplement efficace, l’auteur nous sert une nouvelle fois sa recette si bien maitrisée: Plusieurs histoires à première vue indépendantes, qui vont être liées par un détail. Jusqu’au bout, le lecteur cherche le lien entre les différentes aventures qui laissent des traces, et ça marche à tous les coups.

Le livre est dense, très addictif, mais la révélation de la solution ne m’a pas emballé outre mesure.

Seuil 722 pages

15/20

Mathias Enard – Rue des voleurs

Destin écrit…

Court résumé: Durant le printemps arabe, Lakhdar, jeune marocain de Tanger, se voit jeté à la porte de chez ses parents, après avoir « fauté » avec sa cousine. Le voilà à la rue. Et c’est là que commence l’histoire de ce jeune homme, motivé par l’amour, la lecture et ses projets d’exil.

Mon avis: Mathias Enard est un excellent conteur. Il m’a fait découvrir une partie du monde que je ne connaissais qu’à travers les médias. Cette histoire lui permet de nous montrer la face inconnue de ces pays et surtout de leurs habitants.

Par les yeux d’un enfant du Maroc, il nous raconte le destin de ces jeunes qui n’ont que deux choix dans leurs existences: rester dans leur pays en respectant les règles et surtout les croyances extrêmes ou fuir. Par la force des choses, Lakhdar va prendre la seconde possibilité et décider de partir vers d’autres cieux pour vivre sa liberté. Livré à lui même, il va passer par différentes étapes, prendre des décisions avec le peu de recul de son âge et continuer à avancer dans l’espoir d’un jour meilleur.
Avec en toile de fond le printemps arabe, l’auteur nous entraîne sur les pas de cet enfant pourtant débrouillard, qui s’enfonce irrémédiablement dans la vie sans avenir, qui lui ai destinée.

Grâce à une écriture plaisante, Mathias Enard nous propose un conte sur le mirage de l’exil, bardé de vrais messages, rendant compte de la société actuelle et de l’impact sur la réalité des innocents. Seule la fin, pour moi décevante, altère légèrement la saveur qu’a laissée ce roman dans mon esprit.

Actes Sud 252 pages

17/20

Franck Thilliez – Le syndrôme E

Première approche de la violence

Court résumé: Deux affaires à priori différentes vont réunir le lieutenant Lucie Hennebelle et le commissaire Franck Sharko: la découverte d’un film mystérieux qui rend aveugle et le meurtre de cinq personnes retrouvées atrocement mutilées. Une enquête qui va les mener dans divers coins du globe, comme Le Caire ou le Canada.

Mon avis: Je connaissais Lucie Hennebelle grâce à d’autres aventures et j’ai découvert Franck Sharko et son histoire dans ce roman.

Les deux personnages forment une équipe complémentaire, traînant chacun derrière eux leurs passés et ses séquelles. Ces deux personnes meurtries par les incidents de la vie, vont mettre en œuvre la même détermination pour résoudre l’enquête qui leur est proposée. Cette enquête qui s’avère être une des premières pierres d’un complot de grande envergure, qui passe par le contrôle de la violence.
Franck Thilliez crée une atmosphère de suspicion, où plusieurs évènements sont remis en question, au fil des découvertes des inspecteurs. Le style d’écriture est toujours sobre mais on ne s’ennuie jamais. Sans réels rebondissements, l’auteur arrive à nous faire tourner les pages de ce polar scientifique avec son efficacité habituelle. Le premier opus nous met dans le bain et semble nous poser les bases de cette trilogie sur la violence.

Ce n’est bien sûr pas le meilleur roman de Franck Thilliez, mais la fin appelle à connaître la suite.

Pocket (poche) 510 pages

15/20

Fabrice Humbert – Avant la chute

Désespoir moderne

Court résumé: En colombie, Sonia et Norma tentent de fuir leur pays suite à la mort de leur père. Au Mexique, le sénateur Urribal tente de garder le pouvoir face aux « narcos ». En France, Naadir, jeune surdoué de sa banlieue, assiste impuissant à la gangrénisation de sa famille et de son quartier. Fabrice Humbert nous fait partager ces trois destins liés par le triste sort de l’humanité.

Mon avis: Cette histoire nous conte les conséquences du trafic de drogue international, aux différentes étapes de sa propagation. On voit donc successivement l’impact de la culture de la plante sur les familles colombiennes, la gestion difficile des cartels par la gouvernance mexicaine, et la résonance néfaste sur la vie de nos banlieues françaises.

Durant la lecture, on suit ces trois histoires comme une fiction tragique, jusqu’au moment où l’on s’apercoit que la réalité n’est peut être pas si loin. A partir de là ce récit nous fait réfléchir, nous fait prendre conscience du drame qui est en train de se dérouler loin de nos yeux et des dommages collatéraux qui en résultent. Et finalement, la force de vivre de ces protagonistes reste le seul motif d’espoir avant la chute.
L’écriture de Fabrice Humbert est agréable, très bien documentée, même si elle véhicule un message terriblement sombre.

Le texte partagé en trois parties est un peu déstabilisant et à chaque début de chapitre, il faut du temps pour réintégrer l’aventure en cours. Chacune d’entre elles, trop courte à mon avis, aurait mérité un développement individuel pour plus de profondeur.
Bonne lecture nécessaire d’un réel désespérant.

Le Passage 277 pages 

15/20

Bret Easton Ellis – American Psycho

Psycho, parano, schizo!

Court résumé: Patrick Bateman, un golden boy de Wall Street, passe ses journées avec ses amis beaux, intelligents et riches comme lui. Mais en dehors des restaurants chics, des boites branchées, des lignes de cocaïne, Patrick Bateman est un psychopathe, qui tue, torture ou viole. 

Mon avis: Autant Bret Easton Ellis m’avait profondément ennuyé avec « Moins que zéro », autant il m’a enthousiasmé avec « American Psycho ».

Le style d’écriture qui était le point faible de son premier roman devient le point fort de celui-ci. Ce style lourd et répétitif permet de créer cette atmosphère aseptisée où évolue le narrateur psychopathe. Il n’est qu’un pion qui obéit instinctivement aux règles de vie dictées par le monde de la finance. Plus sa vie s’enfonce dans la monotonie et l’indifférence, plus ses crimes sont cruels et fréquents. Il semble tout simplement prendre dans ses meurtres les libertés que son univers lui a confisquées.

Malgré des descriptions matérielles pesantes, le texte m’a entraîné avec force dans l’esprit malade et confus de Patrick Bateman. Seuls les quelques chapitres décrivant avec moult détails les impressions du narrateur sur les albums d’artistes (Whitney Houston, Génésis…) m’ont paru superflus, mais le tout reste une expérience unique, qui bouleverse les codes et qui m’a marqué au fer rouge!

10/18 (poche) 527 pages

17/20