Patrick Deville – Peste et Choléra

Sans émotions

Court résumé: Alexandre Yersin, jeune chercheur suisse de l’équipe de Louis Pasteur, a eu une vie mouvementée. Pendant les conflits mondiaux de l’époque, il va successivement être scientifique, explorateur, astronome, météorologue, botaniste et éleveur. Sa soif de curiosité et son génie solitaire vont lui permettre d’être à l’origine de plusieurs découvertes.

Mon avis: Ce roman de Patrick Deville a, dès sa sortie, déclenché une vague de superlatifs, le désignant comme un grande aventure littéraire.

Le récit de la vie de cet inconnu, pourtant si influent en son époque, est extrêmement bien documenté, et nous permet d’apporter des précisions historiques importantes. Alexandre Yersin a vécu plusieurs existences plus mouvementées les unes que les autres. Cependant le style de l’auteur, journalistique et distant, ne m’a pas du tout convaincu. Pendant que les péripéties de Yersin se succèdent, on ne s’attache pas au personnage et on glisse inexorablement sur cette histoire. Ce roman m’a par moments fait penser à du Jules Verne, le spectaculaire en moins et la complexité du langage en plus.

Au final, j’ai presque enduré cette expérience plus scientifique qu’humaine, même si historiquement elle a une utilité justifiée.

Seuil 220 pages

12/20

Philip Roth – La tâche

Chacun porte sa tâche…

Court résumé: Coleman Silk, un professeur de lettres classiques, est accusé de propos racistes, à la veille de sa retraite. Cette accusation, plus sa liaison avec une femme de ménage de 34 ans, va semer le trouble dans son entourage. En entrant dans le passé de cet homme, on va découvrir une vie moins conventionnelle qu’elle n’y paraît, et un secret qui aurait pu changer bien des choses.

Mon avis: Au début de son roman, Philip Roth nous fait apparaître Coleman Silk comme le bouc émissaire de toute la population. Au fil des pages, on comprend que Coleman subit volontairement toutes les critiques portées à son encontre, en respectant scrupuleusement le mensonge qu’il avait créé étant adolescent. Ce mensonge, qui lui paraissait inévitable à un moment de sa vie, va régir toute son existence, et finalement entrainer lui et ses proches dans une spirale dramatique. Cet élément caché va lui coller définitivement à la peau, et il va le porter comme un fardeau.

Philip Roth manie une écriture agréable avec laquelle il va passer par différents points de vue de cette histoire: Nathan Zuckerman, l’observateur extérieur, Coleman Silk, l’acteur principal, Faunia Farley, la femme scandale, Les Farley, son ex détraqué et Delphine Roux, l’anti-Coleman. Chacun de ces acteurs porte en lui une « tache » personnelle, un secret qui va légitimer ses actes. Tous ces actes qui sont en définitive, aiguillés par le puritanisme et le moralisme américain.

C’était mon deuxième Philip Roth et après avoir été un peu décu par « Un Homme », cette fois ci, il m’a convaincu, grâce à un fond que sublime la forme.

Folio (poche) 480 pages

16/20

Jérôme Ferrari – Le sermon sur la chute de Rome

Somptueux!

Court résumé: Dans un village corse, deux enfants du pays reprennent le bar local, après avoir renoncé à leurs prometteuses études de philosophie. Tout se déroule au mieux, mais le bonheur est éphémère, et la chute inévitable.

Mon avis: Pour reprendre l’expression de la 4ème de couverture, c’est « l’écriture somptueuse d’exigence » qu’utilise Jérôme Ferrari qui m’a envoûté de bout en bout. Peut-être le fait d’avoir lu ce livre d’une seule traite, a aussi joué un rôle important dans l’émerveillement que j’ai ressenti à la fermeture de ces pages.

Le récit dont le scénario somme toute ordinaire, est littéralement bercé par cette langue si bien maitrisée par l’auteur, que l’on suit sans interruption la petite épopée des deux amis et de leur bar corse. Cette épopée qui va nous rappeler que tous les choix, que ce soient les nôtres ou ceux de nos aïeux, ont un impact sur notre destin et que toute chose a inévitablement une fin.

Et c’est finalement le lien, pas si évident, avec le sermon sur la chute de Rome de Saint Augustin, qui pourrait être le léger maillon faible de cette oeuvre, tant il apporte peu de valeur ajoutée, à mon goût, à cette démonstration de virtuosité littéraire. Bravo Mr Ferrari!

Actes Sud 202 pages

18/20

Emmanuel Carrère – Limonov

Presque un héros

Court résumé: Limonov est un personnage qui existe, que Emmanuel Carrère a rencontré. Il est passé par l’Ukraine, la Russie, les Etats-Unis, la France, la Bosnie Herzégovine où il a été successivement voyou, poète, clochard, valet de chambre, écrivain, soldat, politicien. Une vie dangereuse et excentrique portée par un caractère hors normes.  

Mon avis: Ce qui m’a grandement intéressé dans cette histoire, c’est qu’elle raconte, pour sa plus grande part, la véritable vie de Limonov.

Si l’auteur avait totalement inventé les faits, je pense que le résultat n’aurait pas été aussi intéressant. Tous les évènements de cette vie n’auraient rien de vraiment passionnants s’ils étaient issus d’une fiction, mais ils le deviennent dès lors qu’ils ont réellement existé. En bref, pour une vraie vie, sa vie est exaltante et pour le moins extraordinaire.
Emmanuel Carrère utilise une écriture facile d’accès, un développement journalistique romancé, pour nous narrer l’épopée de ce « presque héros », qui a successivement été presque truand, presque poète, presque clochard, presque écrivain, presque soldat, presque politicien, et pour finir presque taulard. Et c’est probablement à cause de son ambition débordante, qui ne lui a d’ailleurs jamais fait défaut, que Limonov résume lui même sa vie comme une « vie de merde ».

J’ai dévoré ce livre, qui est peut être légèrement trop long sur la fin. Pour le désépaissir, Emmanuel Carrère aurait dû, à mon goût, s’abstenir d’ajouter des éléments de sa propre vie, ceux de Limonov se suffisant à eux mêmes.

Ce livre a reçu le Prix Renaudot et le Prix des Prix en 2011.

P.O.L 489 pages

16/20

Chuck Palahniuk – Choke

Chocs en stock

Court résumé: Victor est figurant dans un « musée vivant ». Il est un drogué du sexe, obsédé de l’acte sexuel sans sentiment, qui participe à un parcours de désintoxication dans un groupe de soutien. Pour attirer la générosité des gens, il s’étouffe aussi volontairement dans les restaurants. Tout ceci est peut-être lié à son enfance et à sa mère, folle à lier…

Mon avis: Fan absolu du film « Fight Club » de David Fincher, je voulais découvrir le créateur littéraire de cette oeuvre. Par peur de confronter le film au roman, j’ai voulu entrer dans le monde de Palahniuk par une autre production.

Avec une écriture décousue et grâce à des retours dans le passé, l’auteur essaye de développer son personnage dans son intégralité pour que l’on puisse appréhender au mieux son comportement hors normes. Et c’est justement en voulant crédibiliser les actes de son protagoniste que l’histoire perd un peu de sa superbe. Ce roman reste finalement comme une succession de scènes plus loufoques les unes que les autres. Certaines situations sont extrêmement glauques presque choquantes mais ont eu un effet désopilant sur moi. J’ai beaucoup ri en me disant « Mais jusqu’où va-t-il aller? ». Et c’est uniquement cette question qui m’a motivé dans la lecture de ce récit, et pas le personnage, qui devient presque irréel tant les rebondissements de sa vie sont peu plausibles.

C’est un Objet Littéraire Non Identifié, bourré d’excentricité, de sexe, de drogue et de folie, parfois même à outrance, qui surnage plus par sa forme que par son fond. « On ne peut pas prétendre avoir tout lu, si on n’a pas lu ça! »

Folio (poche) 384 pages

13/20

Jim Harrison – Dalva

L’Amérique et ses secrets enfouis

Court résumé: Pour reprendre le contrôle de sa vie, Dalva va retourner dans le ranch familial. En cet endroit, elle va se souvenir: L’amour de Duane, les deuils, la perte de son fils, et surtout le passé de sa famille indéniablement lié au destin du peuple sioux.

Mon avis: Dalva fait partie d’une famille dont l’histoire a été marquée par les évènements de son pays. Issue de deux différentes cultures en conflit dans le passé, elle doit vivre avec les secrets de ses ancêtres. Ceux-ci deviennent parfois des obstacles à la réalisation d’elle-même, et parfois des mobiles légitimes de se battre. Dalva a forgé son caractère par les malheurs et les drames qui se sont succédé dans sa vie.
J’ai tout de suite été pris dans cette fresque familiale sur fond d’extermination d’indiens, même si le rythme est assez  lent et les péripéties un peu lymphatiques. J’ai lu ce roman comme un récit d’Histoire (avec un grand H), et j’ai ressenti autant  d’empathie pour les personnages que s’ils avaient réellement existé. Contrairement à « Cent ans de solitude » de Garcia Marquez qui m’avait assommé, « Dalva » de Jim Harrison a réussi à me passionner pour l’épopée d’une famille sur plusieurs générations.

« Dalva » est une œuvre que l’on n’oublie pas, qui nous transporte dans les grands espaces et qui nous marque au fer rouge. C’est typiquement le genre de récit, avec une très belle écriture, un peu long, qui m’aurait ennuyé à l’âge de 20 ans et qui m’a fasciné aujourd’hui. Je ne devrais pas tarder à entamer la suite.

10/18 (poche) 472 pages

16/20