Caryl Férey – Mapuche

L’argentine et ses fantômes

Court résumé: Jana est sculptrice d’origine mapuche. Ruben est un détective spécialisé dans la recherche de disparus. Le meurtre de Luz, travesti et connaissance de Jana, et la disparition d’une jeune photographe, fille d’un homme d’affaires, vont réunir ces deux personnages. 

Mon avis: Caryl Ferey profite de ce polar pour nous faire découvrir un pays avec ses paysages, ses coutumes et surtout son histoire. Et là en l’occurrence, l’histoire humaine de l’Argentine, hantée de vieux fantômes cachés dans les placards de la mémoire collective et que seules les « Mères de la Place de Mai » permettent de ne pas les enterrer définitivement.

Avec pour seul point commun, un passé douloureux, qui en font des écorchés vifs, affamés de vengeance, deux personnages vont se lancer dans une quête de vérité nécessaire à leur apaisement. Ruben et Jana vont nous entraîner alors dans le monde omniprésent du pouvoir et de la corruption de ce pays d’Amérique du Sud.
J’ai beaucoup apprécié l’atmosphère présentée par Caryl Ferey, qui joue à la fois le rôle de spectateur mais aussi celui de militant.

L’écriture, parfois violente, est agréable et le récit jalonné d’évènements et de scènes d’action, ce qui en fait un roman dynamique et accrocheur. Ceci sera à confirmer avec d’autres livres, mais Caryl Ferey fait une belle entrée dans la liste de mes écrivains de polars français, grâce à son intrigue percutante sur fond de réalité cruelle.

Gallimard 450 pages

17/20

Michael Connelly – La défense Lincoln

Piège judiciaire

Court résumé: Mickey Haller est un avocat spécialisé dans la défense, qui fait son beurre sur le dos de criminels, chauffards ou autres dealers…Jusqu’au jour où l’affaire Louis Roulet, client pactole par excellence, va l’entraîner dans un piège qui pourrait lui coûter la vie.

Mon avis: Mickey Haller est personnage un brin véreux, dont les méthodes parfois douteuses, lui permettent d’obtenir des résultats probants dans son créneau « la défense de l’indéfendable ». Mais ce créneau porteur peut se montrer dangereux et cette affaire va lui démontrer qu’un danger peut toujours se cacher derrière des apparences.

J’ai découvert pour la première fois Mickey Haller, nouveau personnage de Michael Connelly, qui possède la même manie que son compère l’inspecteur Harry Bosh: celle de dépasser la ligne jaune pour arriver à ses fins. Leur caractère est toutefois diamétralement opposé: Là où Bosh utilise la force et l’impulsivité, Haller préfère la réflexion et la manipulation.

La qualité de narration, où tout élément a une vraie importance, est une nouvelle fois au rendez-vous, et m’a apporté beaucoup de plaisir. Michael Connelly manipule le système judiciaire américain avec habileté, pour nous attirer dans ses rouages et ses perversions, pendant qu’on ne peut échapper au piège qui se referme…

Points (poche) 535 pages

17/20

Steve Tesich – Karoo

Odyssée malsaine

Court résumé: Saul Karoo, alcoolique et petit écrivain, est script doctor pour Hollywood: il modifie en bien ou en mal les scénarios de films pour les rendre efficaces. Il est aussi bourréde névroses: son incapacité à se saouler, sa fuite de l’intimité et son inaptitude à faire les choses correctement. Un évènement va tout bouleverser: il croit reconnaître dans un film, la véritable mère de son fils adoptif.

Mon avis: « Karoo » est un roman chaudement recommandé par tous les libraires, mais c’est avant tout une odyssée hors normes.

Saul Karoo est un être détestable dont le destin va dérouter toutes ses croyances et ses convictions. L’homme qui ne porte aucun intérêt à autrui, qui subit quotidiennement les relations et les échanges avec le monde qui l’entoure, va prendre concience de la relative importance des autres dans son existence. Jusque là, rien ne semblait pouvoir l’atteindre, et pourtant des évènements vont foncièrement modifier son rapport à la vie.
Les trois quarts du roman, à la 1ère personne, nous font découvrir Saul Karoo, homme antipathique, de par sa richesse quasi illimitée, son égoisme permanent, son hypocrisie pleine de lâcheté, sa méchanceté gratuite et son royal « jemenfoutisme ». Mais malgré ce portrait chargé de défauts, le suivre dans ses déambulations, a été une expérience réellement jubilatoire. Je me suis vraiment amusé avec un plaisir coupable. La dernière partie, à la 3ème personne, est beaucoup plus philosophique, avec une pincée de bons sentiments qui tranche , peut être un peu trop, avec le personnage Karoo et éteint sur la fin l’attachement malsain que l’on avait jusque là.

Bon moment de lecture immoral un peu terni par les 100 dernières pages.

Monsieur Toussaint Louverture 607 pages

15/20

Philip Kerr – L’été de cristal

Au coeur de l’Histoire

Court résumé: 1936: Dans l’Allemagne du 3ème Reich, où les disparitions de personnes se multiplient, Bernie Gunther, un détective privé ex-inspecteur, est embauché par Hermann Six, un riche industriel, pour retrouver un collier de diamants. Celui-ci a disparu à la suite de l’assassinat de sa fille et et de son gendre. L’enquête va mener Bernie Gunther dans les rouages du nazisme et de la Gestapo, allant même jusqu’à concerner le bras droit d’Hitler.

Mon avis: L’originalité de ce polar repose sur le contexte historique dans lequel se déroule l’enquête. L’intérêt principal est d’observer les mentalités allemandes connaître les prémices d’une mutation et la dictature prendre déjà le pas sur cette Allemagne d’avant guerre. Dans une atmosphère de film noir hollywoodien, Bernie Gunther fait preuve d’une grande habileté pour se frayer un chemin et trouver le fin mot de l’histoire. Tout ceci est rendu compliqué, au milieu des manipulations et des décisions totalitaires d’un pouvoir nazi quasiment en place.

J’ai pris un vrai plaisir à suivre la première aventure de Bernie, qui représente presque une caricature de détective privé, avec son chapeau, son charme et son cynisme. Il m’a enthousiasmé par sa verve, sa répartie détonnante, son humour désinvolte…malgré une utilisation outrancière des métaphores dans le récit afin de préciser ses dires.

Le polar est intéressant. L’ambiance et le personnage sont à suivre…

Le livre de poche 322 pages

15/20

La trilogie berlinoise 16/20

Michel Rostain – Le fils

Au revoir tristesse

Court résumé: Michel Rostain fait parler son fils Lion, mort d’une méningite foudroyante à l’âge de 20 ans, pour raconter son deuil.

Mon avis: Michel Rostain utilise les yeux de son fils décédé pour revenir sur cet évènement et prendre du recul sur ses réactions après le drame. Il semble se servir de cet écrit pour pouvoir tourner la page sur cette triste période de sa vie familiale, tenter d’effacer son sentiment de culpabilité et ainsi continuer à vivre avec.

C’est un roman empli de larmes, qui nous prend aux tripes. Quelques petites touches d’humour sont parsemées dans le récit, mais ne permettent pas de monter le niveau de notre moral à la sortie de cette expérience. En père endeuillé, l’auteur ne retient que les bons souvenirs de son fils et nous tire un portrait peut-être un peu trop idéalisé pour notre oeil extérieur.
L’écriture originale offre une lecture plaisante. Seulement cet ouvrage paraît être finalement plus indispensable à son auteur qu’à ses lecteurs, même si mes soucis quotidiens me sont apparus d’un coup plus insignifiants.

Ce livre a reçu le Prix Goncourt du premier roman en 2011.

Pocket (poche) 151 pages

14/20

Maxime Chattam – La promesse des ténèbres

Noir encore!

Court résumé: Une jeune actrice de porno va trouver la mort dans des circonstances troublantes. Brady O’Donnel, journaliste, va enquêter pour comprendre, et se retrouver malgré lui dans une poursuite à hauts risques qui va l’entraîner au plus près des ténèbres.

Mon avis: A la fermeture du troisième volet de la trilogie du Mal, je ne nourrissais que peu d’espoirs de connaître la suite des aventures de Josh et Annabel. Je me suis donc consolé avec l’histoire parallèle, qu’est le destin du mari disparu d’Annabel.

Maxime Chattam aime le noir et nous le fait savoir. Grâce à sa mécanique habituelle avec des chapitres courts et stressants, il nous embarque dans les profondeurs de la ville et de la nature humaine, nous fait toucher du doigt la déchéance et ses perversités. Avec son style simple et percutant, le récit devient un thriller troublant, toujours à la limite du supportable. Plus que l’enquête de Brady, dont les motivations restent peu convaincantes, c’est l’univers malsain que met en place Chattam qui nous intrigue et nous attire indubitablement à lui.

La fin et surtout l’implication de certains personnages, sont un peu tirées par les cheveux, mais j’ai passé un bon moment avec ce spin-off de la trilogie. Et c’est le principal!

PS: A lire après la trilogie du Mal, sans quoi le livre n’aurait pas de fin.

Pocket (poche) 503 pages

16/20