Jack London – Croc Blanc

Double lecture

Croc Blanc

Court résumé: L’histoire d’un louveteau qui, né au milieu des animaux sauvages, va rencontrer l’Homme et la civilisation, pour se rapprocher d’une partie des ses origines et se faire chien.

Mon avis: Jack London nous emmène suivre l’existence d’un jeune loup dans la région du grand Nord, qui va passer par les différents états de la nature animale: De l’état sauvage, par l’état d’esclave, jusqu’à l’état domestique. Dans les grands espaces recouverts de neige, décors magnifiquement représentés par l’auteur, il nous entraîne dans le destin vraiment original et surprenant de Croc-Blanc.

Après avoir été scotché par la scène d’introduction d’une grande intensité, j’ai pris beaucoup de plaisir dans le style et la forme de ce roman, qui fait partie des livres qui peuvent être appréciés à différents âges et pour différentes raisons. En effet, ce texte est parfaitement accessible aux plus jeunes et ils y voient les pérégrinations d’un jeune loup qui cherche à s’intégrer dans le dur monde des humains. Mais il plaît aussi aux plus âgés comme moi, car derrière les scènes d’aventure et de bons sentiments, Jack London dépeint les réactions des êtres humains et condamne ses comportements qui mènent à la violence. Il veut nous alerter sur le fait que l’on crée par nos actes les menaces qui vont peser sur nous plus tard et que nous sommes souvent responsables des malheurs qui nous arrivent. Mais grâce au regard extérieur et dépourvu de raison de Croc-Blanc, Jack London peut décrire et pointer du doigt les failles de l’Homme sans jamais être ni moralisateur ni donneur de leçon.

« Croc-Blanc » est une histoire universelle et intemporelle, qui regorge de plus de profondeur qu’il n’y paraît à la première lecture de jeunesse.

Le livre de poche 283 pages

16/20

Delphine Bertholon – Grâce

Secret familial

Grace

Court résumé: En 1981, Grâce vit avec ses enfants dans la campagne beaujolaise, où ils attendent ensemble les retours fréquents du père représentant de commerce. Cette vie plus ou moins stable va être bouleversée par l’arrivée d’une jeune fille au pair polonaise. En 2010, Nathan son fils, vient la rejoindre pour le repas de Noël familial.

Mon avis: Delphine Bertholon nous enferme dès les premières pages dans l’atmosphère sombre d’une maison retirée du Beaujolais, où tous les membres d’une famille se retrouvent chaque année pour Noël, plus par habitude que par véritable envie. Tous ces personnages interagissent machinalement et il règne tout au long de ces échanges comme un malaise inexplicable.

Le récit navigue alors entre le présent, marqué par le deuil du fils Nathan et le passé de la mère Grâce, qui semble chargé d’un très lourd secret. Le retour du père, jusque là absent et l’apparition de phénomènes étranges, vont faire ressortir les vieux démons et les souvenirs d’un drame enfoui entre les murs de cette bâtisse familiale.
L’auteur utilise une belle écriture pleine de finesse pour nous cerner et nous lier malgré nous, aux dissimulations et au destin de cette triste lignée.

J’ai été séduit par ce conte de Noël plutôt noir et dérangeant, d’autant plus que l’action se déroule dans ma région d’origine. La lecture d’un autre « Delphine Bertholon » est donc fortement envisagée, voire programmée.

Le livre de poche 305 pages

16/20

R.J. Ellory – Les anges de New York

Polar noir

Ma lecture actuelle

Court résumé: Suite à la mort de son coéquipier, Frank Parish, inspecteur au NYPD est contraint de consulter une psychothérapeute, qui le conduira à raconter l’histoire de son père. Parallèlement il conteste la décision de sa hiérarchie, pour continuer à enquêter sur le meurtre d’une jeune fille, qu’il croit victime d’un tueur en série.

Mon avis: Après avoir lu « Seul le silence » qui se rapproche plus du style roman noir, RJ Ellory nous livre avec « Les Anges de New York » un véritable polar, mais toujours noir bien sûr.

Le récit de la traque visant à identifier un serial killer, est entrecoupé d’entretiens entre l’inspecteur en charge de l’affaire et la psychologue de la police. Ces parties m’ont un peu moins intéressé, car elles n’apportent aucune plus-value à l’histoire si ce n’est les explications sur le passé et donc le caractère de Frank Parish.
Éclipsé par le passé glorieux d’un père qu’il considère comme un imposteur, Parish va construire son personnage tourmenté et auto-destructeur toujours sur le fil du rasoir, dans son métier comme dans sa vie privée. Et d’ailleurs dans cette enquête, poussé par ses intuitions, il va très souvent et délibérément dépasser les limites de l’acceptable pour pouvoir confirmer ses convictions et son besoin de justice. Il va donc enchaîner les interrogatoires et les fouilles plus ou moins légales pour conforter ses propres certitudes, au détriment de la neutralité nécessaire pour ce genre d’investigations.

L’écriture de RJ Ellory est toujours juste, et même si cette fiction ne dépeint pas vraiment une fresque sur la police corrompue de New York, comme le titre et une bonne partie du roman nous le laissaient présager, elle s’avère être un polar pour le moins efficace.

Le livre de poche 666 pages

16/20

Jaume Cabré – Confiteor

Grandiose chaos

Confiteor

Court résumé: Arrivé à la fin de ses jours, Adrià Ardèvol décide d’écrire son histoire et de la dédier à la femme de sa vie: Sa jeunesse avec des parents exigeants, son amitié avec Bernart, son talent pour la musique, l’écriture et ses histoires de cœur.

Mon avis: Parce qu’il est très épais, parce qu’il utilise une écriture exigeante, parce qu’il comporte une multitudes de personnages, parce qu’il nous balade dans le temps et dans l’espace, parce qu’il possède une structure assez déconcertante au premier contact et parce qu’il est le fruit du long travail d’un érudit, « Confiteor » fait indiscutablement partie des romans que l’on est fier d’avoir lu. Et je l’ai fait!

D’abord entamé comme un défi personnel, quelques pages m’ont seulement été nécessaires pour m’habituer à la construction de la narration qui passe constamment d’une histoire à une autre et d’un narrateur à un autre, en plein milieu d’un paragraphe ou même d’une phrase! Mais une fois cette gymnastique maîtrisée, je suis entré complètement dans le récit de cet homme surdoué qui se remémore sa vie. Tous les événements sont marqués par la présence d’un violon, objet angulaire de l’histoire, que l’on suit de sa création à aujourd’hui, qui passe à travers les siècles et bouleverse de nombreuses destinées.
Cette confession de fin de vie permet d’aborder différents thèmes omniprésents à toutes les époques, comme la musique, la peinture, l’écriture, les langues, la guerre, la religion, la maladie, l’amitié, la famille et bien sûr l’amour, le tout réuni dans un capharnaüm magistral.

J’ai lu ce roman pendant une période où j’avais le temps de lire et je conseille aux futurs courageux qui veulent s’attaquer à ce monument de suivre mon exemple, pour véritablement apprécier la profondeur et la grandeur du sujet. Le travail de recherche et d’écriture de Jaume Cabré accouche d’un roman dense et bouleversant de sentiments, qui nous transporte à travers l’Histoire et ses lieux et nous rend plus fort à la fermeture de ses pages et certainement plus… humain!

Actes Sud 772 pages

18/20

Arthur Conan Doyle – Le chien des Baskerville

Ce cher Sherlock

Le chien des Baskerville

Court résumé: Le docteur Mortimer vient voir Sherlock Holmes et son ami le Dr Watson pour leur faire part de l’histoire d’un de ses patients qui est décédé  dans d’étranges circonstances. En effet la famille du défunt semble être victime d’une malédiction, qui tue ses membres depuis plusieurs générations. Sherlock va alors envoyer son ami enquêter sur place.

Mon avis: Une partie du « Chien des Baskerville » se déroule dans la ville de Londres et l’autre partie dans une campagne retirée, ce qui permet à Arthur Conan Doyle de nous décrire les atmosphères différentes de l’Angleterre de l’époque. L’enquête n’a rien d’exceptionnelle ni dans sa construction ni dans son déroulement mais elle place les bases du roman policier qui font légion encore aujourd’hui. Le texte date de plus d’un siècle et il est extrêmement agréable à lire et pas du tout démodé.

Mais « Le chien des Baskerville », c’est avant tout la découverte d’un personnage, repris dans de multiples adaptations variées et qui prend toute sa grandeur dans sa version originale. Sherlock Holmes nous apparaît comme un enquêteur réellement atypique qui navigue entre mystère et obsession. C’est grâce à son sens aigu de l’observation et de la déduction, qu’il est considéré comme un génie dans son métier et c’est à cause de son originalité hermétique au monde, qu’il reste en marge et inadapté aux relations humaines.

Malgré l’ancienneté de sa création, Sherlock Holmes reste un personnage unique qui nous intrigue, nous fascine et marque les esprits.
Ma première approche des histoires d’Arthur Conan Doyle m’a donné envie de participer à d’autres aventures menées par le détective et son acolyte les plus célèbres du monde.

Pocket (poche) 191 pages

15/20

Véronique Ovaldé – La grâce des brigands

Portrait de femme

Ma lecture actuelle

Court résumé: Maria Cristina Väätonen quitte sa ville d’enfance à l’âge de seize ans, et laisse derrière elle une mère folle, une sœur jalouse et un père inexistant. Elle va alors quitter aussi le grand Nord pour Santa Monica, et débuter sa nouvelle vie d’écrivain et de femme libre, jusqu’à…

Mon avis: Véronique Ovaldé signe un joli portrait de femme, ayant fui ses origines pour vivre sa propre existence. Construisant son parcours en totale opposition avec les règles strictes et puritaines imposées par sa mère, elle va se créer une vie autonome et maîtrisée avec son métier, ses amis, ses amours. Jusqu’au jour où son passé refait surface et se rappelle alors à elle, toute la route déjà parcourue de sa jeunesse à  aujourd’hui, des marais du Grand Nord aux terrasses de Santa Monica. On suit alors la naissance et le développement d’une nouvelle femme, qui grâce à son caractère a su se débarrasser de son moule d’origine pour se réinventer aux contacts des autres. Mais dans le nouveau monde d’apparence plus libre qu’elle découvre, sa naïveté va la confronter aux pièges de la nature humaine qu’elle va apprendre à reconnaître pour pouvoir vivre dans cette toile d’individualistes.

Sur la forme, Véronique Ovaldé possède un véritable talent de raconteuse d’histoires et j’ai beaucoup apprécié son écriture qui m’a transporté jusqu’au bout. Le petit bémol intervient sur le fond, tant les thèmes abordés me sont souvent étrangers et sont plutôt destinés à séduire la sensibilité féminine. En résumé, j’ai passé un très bon moment ce roman entre les mains, mais il m’aurait sans doute plus touché si j’avais été une femme.

Editions de l’Olivier 284 pages

15/20