Dennis Lehane – Un dernier verre avant la guerre

Boston sous tension…

Court résumé: Amis d’enfance, Patrick Kenzie et Angela Gennaro sont aujourd’hui détectives privés. Deux sénateurs les embauchent pour retrouver des documents confidentiels volés par une femme de ménage. Cette enquête à première vue simple, va entraîner les deux accolytes au milieu d’une terrifiante guerre des gangs.

Mon avis: C’était mon premier Dennis Lehane et je n’ai pas été déçu. Cette première enquête  possède toutes les qualités d’un polar noir: un décor intimiste, une ambiance sombre, des scènes de violence, une équipe originale de personnages attachants et un suspense omniprésent.

L’auteur nous plonge dans les quartiers malfamés de Boston où les gangs imposent leurs lois. Suite à une mission à première vue des plus banales, les deux protagonistes se retrouvent au centre d’une guerre de clans baignée de vengeance et de sang. Au fil du roman, la pression monte, surtout lorsque la famille et même les politiques s’en mêlent. Heureusement l’humour et la répartie des deux détectives apportent un brin d’éclaircie dans cet univers où la moindre étincelle menace, à tout instant, d’emflammer la situation instable de la ville.

Une tension palpable règne à toutes les pages et les nombreuses scènes d’action permettent de maintenir un bon rythme à l’intrigue. Cette première approche de l’œuvre de Dennis Lehane m’a conquis, et c’est avec un véritable enthousiasme que j’attends la suite des aventures de Kenzie et Gennaro.

Rivages/Noir (poche) 344 pages

16/20

Régis Jauffret – Claustria

Ignominie romancée

Court résumé: 28 Avril 2008, dans une petite bourgade d’Autriche, une femme sort avec ses trois enfants d’une cave où elle déclare avoir été enfermée et violée pendant 24 ans par son père. Régis Jauffret a enquêté sur ce drame unique.

Mon avis: L’attrait principal de ce type de livre repose sur le fait qu’il raconte une histoire vraie: l’enfermement et le viol d’une femme pendant 24 ans n’auraient aucun intérêt s’ils n’étaient pas réellement arrivés. On est intrigué de connaître les pourquoi et les comment d’un tel drame, on veut savoir dans quelles circonstances cela a pu arriver et quelles sont les failles dont a profitées le bourreau pour réaliser son délire.

Et c’est là, à mon avis, que Régis Jauffret réalise sa plus grosse erreur en faisant le choix délibéré du roman plutôt que du récit (sûrement pour éviter les poursuites judiciaires), ce qui enlève une grande part de curiosité à son sujet. Tout au long du livre, je me suis posé la question de savoir si tel ou tel évènement était réel ou sorti de l’imagination de l’auteur. Le texte perd alors de sa force. Ce qui aurait pu être un récit voyeuriste et envoutant, ne devient qu’un conte malsain dénué de magnétisme.

L’écriture est belle, le thème attractif, mais la forme choisie éteint toute la puissance de la dramaturgie. J’ai bien ressenti la claustration, l’atmosphère et les relations ambigües entre les personnages, seulement le doute sur la véracité des faits a constamment plané sur la lecture de cette aventure souterraine.

Points (poche) 546 pages

14/20

Joël Dicker – La vérité sur l’affaire Harry Québert

Simplement efficace!

Court résumé: Marcus Goldman, jeune écrivain, sort de son premier grand succès et connaît le fameux syndrome de la page blanche. Jusqu’au jour où le grand écrivain Harry Québert, l’homme qui lui a tout appris, est rattrapé par son passé et accusé d’être l’auteur du meurtre d’une jeune fille de 15 ans, Nola Kellerman, qui avait disparue 30 ans auparavant.

Mon avis: Voilà donc une des surprises littéraires de 2012. Le roman de Joël Dicker est basé sur une recette bien maîtrisée du page-turner: -Une écriture très simple qui permet une lecture sans accrocs et donc facilement accessible. – Une histoire passionnante avec des rebondissements où tous les personnages deviennent successivement des suspects potentiels. Tous ces éléments réunis nous emportent dans cette recherche de la vérité qui s’avère de plus en plus intéressante au fur et à mesure que les bribes du secret se mettent en place. Ce roman devient alors captivant grâce à des personnages approfondis autant dans leur caractère que dans leur histoire personnelle.

L’épaisseur du volume est peut-être son talon d’Achille, tant l’impression de remplissage se fait sentir au milieu du roman. A cet instant, Joël Dicker semble faire tourner les évènements en rond, mais se reprend heureusement in extremis avant l’ennui, pour finir la dernière ligne droite en beauté.

Sur le fond, je comprends que ce livre soit un succès en librairie. De là à lui offrir le « Prix de l’Académie Française » et de le placer dans les finalistes du « Prix Goncourt » aux côtés de Patrick Deville et Jérôme Ferrari, sur la forme, c’est un peu exagéré!

Editions de Fallois/ L’Age d’Homme 665 pages

16/20

Toni Morrison – Home

Court roman, belle écriture!

Court résumé: Dans l’Amérique des années 50, Franck, un jeune noir est fraîchement rentré de la guerre de Corée. Traumatisé par ses souvenirs, il va partir sur les routes américaines pour porter secours à sa petite soeur en danger. L’occasion pour l’auteur de nous décrire le « white only » de cette époque. 

Mon avis: Toni Morrison, prix Nobel de littérature, a indéniablement un véritable talent d’écriture, et tout au long de ce roman, elle fait preuve d’une grande virtuosité dans la maîtrise de la langue pour nous entraîner dans cette Amérique des années 50.

Le résultat est vraiment efficace et elle nous brosse un portrait authentique des séquelles de la guerre et de la ségrégation omniprésente de cette époque. Elle arrive en quelques pages, à nous transporter dans l’espace et dans le temps pour revivre cette période de l’histoire du point de vue de différents acteurs. Elle nous bouleverse par petites touches, dans des scènes qui sont aussi bien attachantes qu’elles sont choquantes.

Pour moi ce condensé aurait tout de même mérité un peu plus d’approfondissements afin de marquer plus fortement les esprits. Par sa faible épaisseur, le roman manque de profondeur dans les personnages, qui sont multiples et je risque de rapidement l’oublier. Le temps d’entrer dans l’histoire, c’est déjà la fin. Seule la divine écriture de Mme Morrison va laisser à coup sûr une trace dans mes souvenirs…

Christian Bourgeois éditeur 152 pages

15/20

Ron Rash – Le monde à l’endroit

Une aventure humaine

Court résumé: En allant pêcher, Travis, 17 ans, découvre  un champs de cannabis. Il décide de voler quelques plants pour aller les vendre à Léonard, un prof déchu devenu dealer. Mais lors d’un nouvelle récolte, le propriétaire du champs va le surprendre et lui sectionné le tendon d’Achille avec son couteau. Suite à cet incident, il va trouvé refuge chez Léonard.

Mon avis: Lorsque débute cette aventure, le personnage de Travis est en pleine déroute et semble sombrer dans le néant. Un drame et sa rencontre avec un professeur vont mettre rapidement ses capacités en éveil. D’ailleurs, tous les personnages charismatiques de l’environnement de Travis vont lui permettre, chacun à leur manière, de s’éduquer, souvent de manière brutale. Son père, Toomey et Léonard vont lui ouvrir les portes du passage à l’âge adulte. Il va grandir au contact de chacun d’eux et il va donc essayer de se racheter de ses fautes passées en faisant ressortir le meilleur de lui même. Mais on s’aperçoit que plus l’histoire avance et plus les chances d’une fin heureuse s’amenuisent, tant le passé sombre de la guerre de Sécession et ses secrets pèsent sur toute cette communauté. Le passé hante les lieux et influe sur le comportement des habitants de cette région.

Grâce à une écriture agréable, une certaine poésie pleine d’humanité ressort de cette lecture située dans les paysages sauvages des Appalaches et une certaine forme d’espoir accompagne malgré tout le déroulement du roman de Ron Rash.

J’ai eu grand plaisir à suivre ce roman initiatique au milieu d’une région retirée des États-Unis, avec des personnages aussi attachants que désespérants. Auteur à suivre…

Seuil 281 pages

17/20

Philip Kerr – La pâle figure

La révélation

Court résumé: « La pâle figure » est le deuxième volume de la trilogie berlinoise. 1938, sous le IIIème Reich. Lors d’une banale enquête de chantage, le partenaire de Bernhard Gunther, détective privé, va se faire assassiner. Au même moment, Heidrich, le bras droit de Himmler va demander à Bernie de réintégrer les troupes de la Sécurité de l’Etat, pour enquêter sur un tueur en série qui viole et tue des adolescentes blondes et aryennes.

Mon avis: Dès le départ, ce deuxième opus profite du fait que les personnages et l’environnement ont déjà été présentés dans l’épisode précédent. Ainsi le polar peut démarrer rapidement.

Le contexte historique joue un rôle encore plus important et on se téléporte facilement dans ce passé post-guerre allemand. La tension est omniprésente dans l’ambiance du pays. Bernie est toujours aussi insolant et réactionnaire, mais ne peut que s’adapter devant la toute puissance du pouvoir en présence. Il tente en permanence de garder son indépendance mais doit indirectement et irrémédiablement participer à la montée du parti nazi vers le sombre destin qu’on lui connait. Ses idées vont à l’encontre du déroulement des évènements, son enquête et la découverte du complot portent une légère attaque au système mais ne représentent qu’un petit caillou dans la grande botte du drame qui est en train de se jouer.

Autant le premier volet m’avait intéressé, autant le deuxième m’a passionné grâce à sa petite histoire dans la grande Histoire. Après un ressentiment mitigé, j’ai heureusement trouvé le courage de m’attaquer à cette suite car maintenant je suis impatient de connaître la fin de cette trilogie et même plus car affinités.

Livre de poche 331 pages

17/20

La trilogie berlinoise 16/20