Maxime Chattam – La promesse des ténèbres

Noir encore!

Court résumé: Une jeune actrice de porno va trouver la mort dans des circonstances troublantes. Brady O’Donnel, journaliste, va enquêter pour comprendre, et se retrouver malgré lui dans une poursuite à hauts risques qui va l’entraîner au plus près des ténèbres.

Mon avis: A la fermeture du troisième volet de la trilogie du Mal, je ne nourrissais que peu d’espoirs de connaître la suite des aventures de Josh et Annabel. Je me suis donc consolé avec l’histoire parallèle, qu’est le destin du mari disparu d’Annabel.

Maxime Chattam aime le noir et nous le fait savoir. Grâce à sa mécanique habituelle avec des chapitres courts et stressants, il nous embarque dans les profondeurs de la ville et de la nature humaine, nous fait toucher du doigt la déchéance et ses perversités. Avec son style simple et percutant, le récit devient un thriller troublant, toujours à la limite du supportable. Plus que l’enquête de Brady, dont les motivations restent peu convaincantes, c’est l’univers malsain que met en place Chattam qui nous intrigue et nous attire indubitablement à lui.

La fin et surtout l’implication de certains personnages, sont un peu tirées par les cheveux, mais j’ai passé un bon moment avec ce spin-off de la trilogie. Et c’est le principal!

PS: A lire après la trilogie du Mal, sans quoi le livre n’aurait pas de fin.

Pocket (poche) 503 pages

16/20

Fedor M. Dostoïevski – Crime et châtiment

Littérature avec un grand L

Court résumé: Raskolnikov, ancien étudiant, assassine un vieille prêteuse sur gage et sa cadette pour les voler. Ce crime va avoir de véritables conséquences mentales et physiques sur le meurtrier.

Mon avis: J’ai découvert ce que le mot « Littérature » voulait dire. Dostoïevski manie des mots exigeants avec une habileté et une maîtrise parfaite qui procure une lecture extrêmement plaisante et j’ai senti rapidement que je touchais peut-être à un des sommets de l’écriture.
L’histoire nous fait vivre les différentes phases de l’esprit de Raskolnikov après son crime. Il passe par le mal-être, la médiocrité, la fuite puis la colère, l’orgueil presque la rédemption, mais jamais par la culpabilité. Se basant sur sa théorie des êtres exceptionnels, qui par leur destin, sont placés au dessus des lois, il gamberge et modifie son comportement tout au long du chemin qui le mène à son châtiment. Mais les maladies réelles ou imaginaires qu’il subit, nous prouve peut-être qu’il n’est pas aussi fort qu’il aurait aimé.

Roman psychologique sur la nature humaine, « Crime et châtiment » se doit d’être lu pour la qualité de sa plume, mais le manque de péripéties et la lenteur des évènements, m’empêche de l’élever au rang de chef d’œuvre.

Flammarion (poche) 626 pages 

15/20

Marc Dugain – Avenue de Géants

Chacun sa route…

Court résumé: Edmund Kemper, né en 1948, a tué ses grands parents à l’age de quatorze ans, le jour de l’assassinat du président Kennedy. Il va ensuite être interné pendant cinq ans dans un hôpital psychiatrique, avant d’être libéré. Marc Dugain remplace Edmund Kemper par Al Kenner, pour romancer l’histoire de cet homme, géant par la taille, avec un QI supérieur à celui d’Einstein, qui va défrayer la chronique dans l’Amérique d’après Vietnam.

Mon avis: Grâce à une écriture sans fioriture mais réellement efficace, Marc Dugain a créé un véritable page-turner. Sans suspense mais avec une fraîcheur affranchie d’émotion, il m’a procuré un très grand plaisir de lecture.

Malgré le thème abordé, je me suis laissé guider dans la tête de Al Kenner: On le suit dans ce raisonnement qui lui est propre, on subit son absence de sentiments, ses nombreux préjugés, mais on se laisse conduire sans se débattre sur la route de sa liberté. Marc Dugain fait le portrait d’un homme hors normes et dangereux, dont la capacité mentale supérieure lui permet de mentir au monde et aussi finalement de se mentir à lui même. Il n’a pas conscience de sa vraie nature, son intelligence le conforte dans ses choix et en définitive lui voile la réalité.

Marc Dugain ne tombe pas dans les travers du sujet et évite donc de nous proposer une version journalistique ou une version glauque de l’affaire, pour nous plonger sans jugement dans la quête d’affranchissement d’un esprit perturbé au milieu de l’Amérique libérée et libertine des années 60.

Gallimard 361 pages

18/20

Alexis Jenni – L’art français de la guerre

Ennui guerrier

Court résumé: Je n’allais pas très bien lorsque j’ai rencontré Victorien Salagnon. Il avait participé à vingt de guerres coloniales (Indochine, Vietnam, Algérie) durant lesquelles il a appris et n’a cessé de peindre. Je me suis donc engagé envers lui: Je lui écrivais son histoire s’il m’apprenait à peindre.

Mon avis: Le prix Goncourt a en général une réputation d’œuvre surestimée, qui ne sert que l’intérêt de certains dans le monde de l’édition. Pour vérifier cette hypothèse, je me suis engagé dans la lecture du millésime 2011.

Ma lecture précédente (Karine Giebel) m’avait laissé l’effet d’une route sinueuse au volant d’un bolide sportif. Tel ne fut pas mon choc, lorsque j’ai enchainé avec « L’art français de la guerre », qui m’a déménagé sur une longue ligne droite en tracteur.
Le fond de l’histoire ne m’a pas intéressé. Le passage d’un personnage à l’autre ne m’a paru d’une grande utilité. La vie du narrateur principal part dans diverses directions, à chaque nouvelle information, ce qui permet à l’auteur d’intégrer ses pensées politiques ou sociales (souvent très intelligentes d’ailleurs) sur les différents sujets abordés. La lecture en devient pesante. Et en ce qui concerne l’histoire de Victorien Salagnon, l’histoire des guerres, elle ne m’est pas vraiment apparu comme passionnante, sans rythme et sans réelle imagination.
J’ai trouvé ce roman extrêmement long car peu accrocheur. De plus il est écrit dans un langage pas très plaisant à la lecture, ce qui rajoute à la lourdeur de l’œuvre.

Je lui mets tout de même la moyenne car j’ai rencontré dernièrement Alexis Jenni et c’est un être véritablement sympathique. Sans rancune!

Gallimard 632 pages

10/20

Karine Giebel – Les morsures de l’ombre

Un captif captivant

Court résumé: Il se réveille seul, enfermé  dans une cave. Il se souvient: elle était belle, attirante et totalement disponible et elle l’a emmené chez elle. Et maintenant elle l’observe à travers les barreaux de sa cage. Elle le torture et veut lui faire payer pour son crime. Les questions qu’il se pose alors: Pourquoi moi? et que me reproche-t-elle?

Mon avis: L’histoire se lit à cent à l’heure et on est balancé comme dans un flipper au rythme du récit et des dialogues brefs et incisifs.

Karine Giebel utilise une écriture simple d’une grande efficacité même si les échanges courts et rapides entre les deux protagonistes vont parfois un tantinet trop vite: on est un peu étourdi.
On se retrouve en totale empathie avec la victime et on ressent toute la détresse, l’incompréhension et les douleurs de cet homme pris au piège et tourmenté par une inconnue. La tension est d’autant plus forte que les raisons de sa détention sont inconnues.

Un dernier bémol que je peux mettre à ce huis clos, c’est d’être trop court car à la fermeture du livre, on en redemande.

17/20

Arnaldur Indridason – Betty

Quelle page!

Court résumé: J’ai rencontré Betty à un colloque pendant une de mes conférences. Elle m’a tout de suite ensorcellé, et je me suis laissé embarqué par son charme et sa personnalité. Et aujourd’hui, je me retrouve injustement en prison pour le meurtre de son mari. Mais que s’est-il passé?

Mon avis: L’idée de lire Indridason dans un autre genre que le polar m’intriguait et m’attirait à la fois. L’histoire est pour le moins banale mais le style est agréable et les pages se laissent tourner sans interruption. Le narrateur nous fait partager son quotidien et les péripéties qui l’ont mené à sa situation. Le déroulement des évènements semble posé dès le départ et on avance tranquillement jusqu’au milieu du livre. On est détendu, sans crainte.

Et là…la chute libre, la déstabilisation complète! On arrive sur une page et on reste scotché à cette page qui remet tout en cause. Il nous prend alors le besoin incontrôlable de relire les pages précédentes pour comprendre par quel moyen Indridason nous a manipulés.

C’est en définitif un roman noir classique, qui prend son apothéose en son centre. L’œuvre serait restée mémorable, si cet effet troublant avait été placé à la fin, car elle perd de son impact dans la deuxième partie.

Mais ne vous inquiétez pas: Même en étant préparé à cette surprise, vous vous laisserez malgré tout piéger!

15/20